Cet été je me suis rendu ridicule et en Vendée, les deux simultanément, en partant acheter le pain et en coinçant ma jupe dans les rayons du vélo. Résultat, je me suis retrouvée avec deux possibilités aussi aguichantes l'une que l'autre: ôter ma jupe et tenter de l'arracher aux rayons du vélo, accroupie en string au beau milieu d'une résidence pavillonnaire, ou retourner à la maison à tout petits pas, attachée à mon vélo par le bas du jupon, en maintenant une allure naturelle et stoïque.
J'ai opté pour la deuxième solution (le naturel et le stoïcisme en moins), dans les deux cas de toute façon ma dignité était foutue. Déjà que c'est pas une denrée pléthorique. Mais finalement on vit très bien sans.
Je viens de lire dans El Pais qu'un machiniste avait arrêté son train qui faisait chaipluoù-Madrid dans une petite gare en chemin, parce que c'était l'heure d'arrêter de bosser et qu'il n'avait pas l'intention de faire des heures sups. Les passagers sont restés coincés deux heures dans le train aux portes verrouillées. Au début on leur a dit problème technique gnagnagna, et puis la guardia civil a fini par arriver et on les a mis dans des cars pour qu'ils terminent leur voyage, avec des heures et des heures de retard évidemment.
Alors c'est cocasse pour tout le monde cette histoire (sauf pour les passagers, ok), de penser que le gars il a fini, hop il saute de son train et il rentre chez lui. Sauf qu'on peut facilement imaginer qu'il y a dû y avoir un sacré ras-le-bol pour en arriver là, que son vase devait être foutrement plein avant que cette goutte ne tombe dedans. D'un autre côté, si tout le monde faisait comme lui, yaurait le plein emploi, parce que qui ne connaît pas des gens qui bossent environ deux, trois, ou mille fois plus que ce qu'implique leur contrat de travail? Amis burnoutés, bonjour!
(Il faudra essuyer un peu les plâtres évidemment. Que quelques femmes se sacrifient et acceptent de voir partir la sage-femme au milieu de leur accouchement (désolée, il est dix-huit heures!). Que quelques malades acceptent de mourir sur la table d'opération. Que quelques macchabées ne soient pas enterrés, ou brûlés à moitié. Qu'on se serve tout seuls au troquet après une certaine heure--s'il reste des trucs à boire, vu que les camionneurs pourront abandonner leur chargement après huit heures de route. J'aime bien l'idée, ça remettrait un peu de rythme, on s'endort un peu vous ne trouvez pas?) (Je réalise que c'est l'exact opposé de ce que permet la nouvelle loi travail. Je jure monsieur le juge que c'est une coïncidence).
Le machiniste j'espère qu'il est quelque part au bord de l'eau, une bière et une canne à pêche à la main, avec un bon pote et des sandwichs au chorizo, et qu'il profite tranquilou. Et que le facteur ne viendra pas lui filer le recommandé qui le vire, parce que lui aussi, il aura fini sa journée.
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mercredi 14 septembre 2016
lundi 28 septembre 2015
Mots dits
Tiens, un article.
Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois, et donc c'est l'heure de vous raconter une histoire.
Il était une fois un type, appelons-le Leduc, qui ne pensait qu'à tirer des coups, partout, tout le temps. (Avec des filles. Peut-être aussi des brebis ou des laies, mais l'histoire ne le dit pas. Je laisse votre imagination faire le reste). Femmes mariées, pucelles en fleur, tout ça, hop, à la casserole.
Leduc était non seulement blindé mais en plus il devait dégager des phéromones de la muerte vu que TOUTES les femmes tombaient dans son slip à peine il les avait regardées. Et pourtant, il ne se donnait même pas la peine de faire semblant d'être fidèle (il était marié) et passait son temps à confier à son meilleur pote qu'elles se valaient toutes (confidence familiale: mon papa me disait ça aussi).
Donc le gars il est jeune, riche, beau, pas de MST déclarée (et ça c'est bien un miracle), il a une COUR (parce qu'il est noble), et de vils lèche-cul qui le suivent partout en ricanant quand il arrive à se taper une vierge par surprise.
Un jour le type, il est en train de faire une mégateuf avec ses potes, ses lèche-cul de service et son bouffon personnel (car il ne se refuse rien) quand ya un vieux monsieur tout ronchon qui débarque en mode "espèce de crapaud verruqueux t'as déshonoré ma fille, à qui je vais pouvoirla vendre la marier moi maintenant".
Là les lèche-cul ricanent, Leduc s'en tamponne (il pense à sa prochaine prise) et le bouffon en profite pour se foutre abondamment de sa gueule. "T'es gentil, on tolère que ta fille se fasse déshonorer par le boss, tu viens pas nous la jouer Trierveiler, tu remercies pour ce moment et tu t'en vas, hein".
Tout le monde se marre bien mais le vieux daron prend vapeur et là, horreur, il jette une MALÉDICTION sur le bouffon.
Or la malédiction, c'est un peu comme la peste bubonique: tu sais pas trop comment ça s'attrape mais tu sais que si tu fréquentes de trop près un gars qui a des pustules, ça va pas tarder à te gratter sous les bras.
Là les lèche-cul ils rigolent plus du tout. Le type non plus, et il fait carrément arrêter le vieux gars (non c'est pas Poutine, non). Et le bouffon flippe, mais vraiment.
Mais qu'est-ce que va-t-il donc se passer après? (Roulement de tambours, grincements de dents, passage de brebis paniquée).
Vous le saurez quand j'aurai cinq minutes pour raconter la suite.
En attendant vous pouvez voir la version officielle le 5 octobre au théâtre de la porte Saint Martin à 20h (je fais de la pub si je veux, je participe à cet opéra, ya MILLE places dans ce théâtre, autant dire que vous pouvez inviter vos potes tout le monde est bienvenu, yaura des cacahouètes et des boissons fraîches).
Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois, et donc c'est l'heure de vous raconter une histoire.
Il était une fois un type, appelons-le Leduc, qui ne pensait qu'à tirer des coups, partout, tout le temps. (Avec des filles. Peut-être aussi des brebis ou des laies, mais l'histoire ne le dit pas. Je laisse votre imagination faire le reste). Femmes mariées, pucelles en fleur, tout ça, hop, à la casserole.
Leduc était non seulement blindé mais en plus il devait dégager des phéromones de la muerte vu que TOUTES les femmes tombaient dans son slip à peine il les avait regardées. Et pourtant, il ne se donnait même pas la peine de faire semblant d'être fidèle (il était marié) et passait son temps à confier à son meilleur pote qu'elles se valaient toutes (confidence familiale: mon papa me disait ça aussi).
Donc le gars il est jeune, riche, beau, pas de MST déclarée (et ça c'est bien un miracle), il a une COUR (parce qu'il est noble), et de vils lèche-cul qui le suivent partout en ricanant quand il arrive à se taper une vierge par surprise.
Un jour le type, il est en train de faire une mégateuf avec ses potes, ses lèche-cul de service et son bouffon personnel (car il ne se refuse rien) quand ya un vieux monsieur tout ronchon qui débarque en mode "espèce de crapaud verruqueux t'as déshonoré ma fille, à qui je vais pouvoir
Là les lèche-cul ricanent, Leduc s'en tamponne (il pense à sa prochaine prise) et le bouffon en profite pour se foutre abondamment de sa gueule. "T'es gentil, on tolère que ta fille se fasse déshonorer par le boss, tu viens pas nous la jouer Trierveiler, tu remercies pour ce moment et tu t'en vas, hein".
Tout le monde se marre bien mais le vieux daron prend vapeur et là, horreur, il jette une MALÉDICTION sur le bouffon.
Or la malédiction, c'est un peu comme la peste bubonique: tu sais pas trop comment ça s'attrape mais tu sais que si tu fréquentes de trop près un gars qui a des pustules, ça va pas tarder à te gratter sous les bras.
Là les lèche-cul ils rigolent plus du tout. Le type non plus, et il fait carrément arrêter le vieux gars (non c'est pas Poutine, non). Et le bouffon flippe, mais vraiment.
Mais qu'est-ce que va-t-il donc se passer après? (Roulement de tambours, grincements de dents, passage de brebis paniquée).
Vous le saurez quand j'aurai cinq minutes pour raconter la suite.
En attendant vous pouvez voir la version officielle le 5 octobre au théâtre de la porte Saint Martin à 20h (je fais de la pub si je veux, je participe à cet opéra, ya MILLE places dans ce théâtre, autant dire que vous pouvez inviter vos potes tout le monde est bienvenu, yaura des cacahouètes et des boissons fraîches).
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lundi 26 janvier 2015
Comme plein de gens ont écrit de belles choses, et des moins belles, sur Charlie.
Ça notamment, c'est bien.
Je n'ose pas apporter ma pierre vaine à l'édifice.
Je pourrais tenter de raconter, de décrire par le menu l'indignation, la tristesse, la rage, la haine, tout ce qui me traverse depuis le mercredi de Charlie, et qui traverse tellement de gens. Mettre de jolis mots dessus, filer des métaphores, tout ça. Mais bof. Je n'arrive pas à me dire que ces mots auront un sens puisque cet événement n'en a pas, au fond.
(NB: le mois d'avant au Pakistan, les talibans sont entrés dans une école et ont tué à l'arme lourde, aussi, au moins 130 enfants. Et des profs. Vous vous en souveniez? Moi j'avais oublié.)
Voilà plutôt de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
J'avais sept ans. Nous étions en voiture avec papa, maman et ma grande soeur. Personne n'était attaché, puisque c'était les années 1970 (oui je suis si vieille que ça). Ou alors 1980, allez, en tout cas Mitterrand n'était pas encore passé par nous, les téléphones avaient des fils et on fumait dans les bagnoles. Bref. La route des vacances. Mon père était médecin, alors il s'est arrêté. Il y avait une camionnette blanche, accidentée. Nous on est restées dans la voiture, maman, ma soeur et moi. J'ai vu, au milieu de la route, par terre, une couverture marron. Sur la couverture, un enfant totalement mort. Il y en avait trois autres, morts aussi, enfin deux morts et un qui mourrait le lendemain, mais ceux-là, je ne les ai pas vus.
Chaque fois que je revois ce garçon mort sur sa couverture, je retrouve le goût de la terreur dans ma bouche. C'est un mélange de terre et de sang, et d'égoïsme forcené. Comme s'il fallait s'avaler soi-même pour ne pas se vomir. Ce jour-là j'ai su que je mourrais aussi. Ca m'a fait peur.
Mais ce ne fut pas ça, le pire. Ce cadavre me fascinait, et la fascination est une expérience positive, quelque part. Je n'étais pas au fond du gouffre de l'horreur, il restait une marge. La curiosité m'empêchait de me faire happer.
J'y suis tombée de tout mon long quand en levant les yeux j'ai vu, assise au bord de la route, la mère, la tête entre les mains.
(35 ans plus tard je n'arrive toujours pas à conduire une voiture).
A ce moment-là j'ai vu du bout des yeux le visage du vrai désespoir, si profondément intolérable qu'il en est indicible. Les mains de cette mère ne pouvaient pas le dissimuler du tout.
Mais j'avais 7 ans et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures (en ce qui me concerne vers une colonie de vacances où des monitrices sadiques nous battirent et nous humilièrent pendant trois semaines. Mais je ne vais pas le raconter tout de suite, ce serait trop de bonheur d'un coup).
Il y a des moments comme ça dans la vie, qui sont juste moches.
Voilà de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
Ça notamment, c'est bien.
Je n'ose pas apporter ma pierre vaine à l'édifice.
Je pourrais tenter de raconter, de décrire par le menu l'indignation, la tristesse, la rage, la haine, tout ce qui me traverse depuis le mercredi de Charlie, et qui traverse tellement de gens. Mettre de jolis mots dessus, filer des métaphores, tout ça. Mais bof. Je n'arrive pas à me dire que ces mots auront un sens puisque cet événement n'en a pas, au fond.
(NB: le mois d'avant au Pakistan, les talibans sont entrés dans une école et ont tué à l'arme lourde, aussi, au moins 130 enfants. Et des profs. Vous vous en souveniez? Moi j'avais oublié.)
Voilà plutôt de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
J'avais sept ans. Nous étions en voiture avec papa, maman et ma grande soeur. Personne n'était attaché, puisque c'était les années 1970 (oui je suis si vieille que ça). Ou alors 1980, allez, en tout cas Mitterrand n'était pas encore passé par nous, les téléphones avaient des fils et on fumait dans les bagnoles. Bref. La route des vacances. Mon père était médecin, alors il s'est arrêté. Il y avait une camionnette blanche, accidentée. Nous on est restées dans la voiture, maman, ma soeur et moi. J'ai vu, au milieu de la route, par terre, une couverture marron. Sur la couverture, un enfant totalement mort. Il y en avait trois autres, morts aussi, enfin deux morts et un qui mourrait le lendemain, mais ceux-là, je ne les ai pas vus.
Chaque fois que je revois ce garçon mort sur sa couverture, je retrouve le goût de la terreur dans ma bouche. C'est un mélange de terre et de sang, et d'égoïsme forcené. Comme s'il fallait s'avaler soi-même pour ne pas se vomir. Ce jour-là j'ai su que je mourrais aussi. Ca m'a fait peur.
Mais ce ne fut pas ça, le pire. Ce cadavre me fascinait, et la fascination est une expérience positive, quelque part. Je n'étais pas au fond du gouffre de l'horreur, il restait une marge. La curiosité m'empêchait de me faire happer.
J'y suis tombée de tout mon long quand en levant les yeux j'ai vu, assise au bord de la route, la mère, la tête entre les mains.
(35 ans plus tard je n'arrive toujours pas à conduire une voiture).
A ce moment-là j'ai vu du bout des yeux le visage du vrai désespoir, si profondément intolérable qu'il en est indicible. Les mains de cette mère ne pouvaient pas le dissimuler du tout.
Mais j'avais 7 ans et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures (en ce qui me concerne vers une colonie de vacances où des monitrices sadiques nous battirent et nous humilièrent pendant trois semaines. Mais je ne vais pas le raconter tout de suite, ce serait trop de bonheur d'un coup).
Il y a des moments comme ça dans la vie, qui sont juste moches.
Voilà de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
dimanche 14 décembre 2014
Pause poésie
Je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout le temps de bloguer.
C'est ballot parce que j'avais l'intention d'écrire une longue tirade existentielle sur la digestion du confit de canard chez les loutres gersoises en préménopause, j'avais toute la doc sous la main après des mois de recherches, mon plan était fait, la conclusion toute construite dans ma tête mais j'ai pas le temps de l'écrire, j'ai trop de clients sur le feu.
À la place je vous livre une des premières fables qui berça mon enfance. C'est mon père qui me l'avait apprise je pense. C'est à lire à haute voix. Sinon ça marche pas. (Éloignez les enfants, les coincés du cul et du second degré).
Attention ça va aller très vite.
Un hanneton volage près d'une pie passa.
Mais la pie était sage, et ne le happa pas.
Moralité:
Ah! Quel bel appât que la pie n'happa pas!
(Oui c'est écrit plus gros que d'habitude, c'est pour que ça prenne plus de place, ya pas de raison, au lycée ça marchait sur les copies de français et de philo).
C'est ballot parce que j'avais l'intention d'écrire une longue tirade existentielle sur la digestion du confit de canard chez les loutres gersoises en préménopause, j'avais toute la doc sous la main après des mois de recherches, mon plan était fait, la conclusion toute construite dans ma tête mais j'ai pas le temps de l'écrire, j'ai trop de clients sur le feu.
À la place je vous livre une des premières fables qui berça mon enfance. C'est mon père qui me l'avait apprise je pense. C'est à lire à haute voix. Sinon ça marche pas. (Éloignez les enfants, les coincés du cul et du second degré).
Attention ça va aller très vite.
Un hanneton volage près d'une pie passa.
Mais la pie était sage, et ne le happa pas.
Moralité:
Ah! Quel bel appât que la pie n'happa pas!
(Oui c'est écrit plus gros que d'habitude, c'est pour que ça prenne plus de place, ya pas de raison, au lycée ça marchait sur les copies de français et de philo).
mercredi 3 décembre 2014
ZZZZ.
On passe quoi, un tiers de notre vie à dormir? (la flemme de faire des recherches pour vérifier. A vue de nez un peu plus qu'à faire caca, un peu moins qu'à faire à bouffer? J'ai bon? L'inverse alors? Non? Bon).
En ce moment je dors comme un plomb et je rêve comme un plomb aussi (c'est-à-dire c'est lourd). Je fais des rêves baroques, souvent à la Hitchcock, avec un premier rôle (ah ben oui, moi, vous croyez quoi?) des seconds rôles (ça change), et cette fille.
Parfois elle fait juste de la figuration, par exemple je rêve que je galope dans la pampa à cheval sur une girafe radioactive, poursuivie par un troupeau de ténors alopéciques, et hop, au détour d'un sarcophage égyptien je la vois en train d'attaquer un sandwich au cassoulet par la face nord.
Ou bien je prends tranquillement mon accélérateur de particules pour partir soigner sur le front les blessés de la guerre de Cent ans en leur faisant manger des pages de livres, et qui c'est qui poinçonne les billets, des cacahouètes dans les oreilles et une scie à métaux entre les dents? Elle.
Elle ne dit jamais rien, mais elle est là. Elle ne me dit pas comment elle s'appelle, le générique ne dit pas où je peux trouver la clé pour m'en débarrasser ou pour la convaincre de me parler. Toutes les nuits elle est là. Parfois elle se contente de passer, au fond de la scène, comme si elle allait quelque part. Et tu vas où comme ça ma belle, dans les circonvolutions de mes névroses nocturnes? Tu cherches quoi, quel fil tirer pour dérouler la pelote de mes pensées? Est-ce que tu cherches par où tu vas instiller le poison de l'oubli, la noirceur de la maladie, le crabe qui va ronger ma comprenette et me faire oublier qui je suis alors que je ne suis même pas à la moitié du chemin qui doit me conduire à moi-même?
Pourquoi cette sensation, mademoiselle, que tu ne peux absolument pas me vouloir du bien, que tu es forcément là pour me nuire? Alors qu'en fait, ce que tu cherches, c'est peut-être simplement la sortie...égarée là par hasard, tu t'es trompée de rêve, tu allais chez une autre, et tu as atterri chez moi. Pas de bol...c'est peut-être toi la plus désorientée des deux. Oui mais c'est ma vie nocturne que tu squattes ma jolie.
Arrête de chercher, pose-toi, il faut qu'on cause.
Au matin, parfois, un cheveu incongru, ni à moi, ni au chat, ni aux visiteurs de passage, posé sur l'oreiller, me nargue de toute sa kératine.
(Souvent je me demande ce que ça fait de vivre toute sa vie en prison. Pas juste derrière les barreaux d'une geôle occidentale, mais par exemple dans un corps de femme en Afghanistan ou manœuvre sur un chantier de Dubaï, ou ouvrière dans une usine géante en Chine. D'avoir ces destins inébranlables, zéro espoir, ceux dont on sait qu'il ne changeront jamais. Savoir qu'on est toute sa vie prisonnière d'une maison, d'un mari crado, d'enfants non-voulus, d'une belle-mère salope, d'un contremaître tyrannique. Et vivre quand même. Choisir de ne pas mourir. Comment mesurer ça à l'aune de nos petites tristesses, chagrins d'amour, maux de dents, peines de boulot, problèmes de fric d'Occidentaux gâtés? On se dit qu'on ne le supporterait pas une journée, pas une heure.
Alors qu'en fait, si, probablement. La seule chose que l'on ne peut vraiment pas supporter, c'est d'y penser trop longtemps finalement.)
mardi 23 septembre 2014
Lila
Il m'arrive tout le temps tout un tas de trucs que je ne peux pas raconter ici, c'est agaçant.
A la limite je peux raconter des trucs qui arrivent aux autres?
Oui?
Oui.
(De l'intérêt du monologue quand même. Je ne me contredis pas souvent. En revanche je m'invective assez régulièrement).
Appelons-la Lila, puisqu'elle sentait bon.
Lila avait décidé de ne rien faire de sa vie car c'était le meilleur moyen de ne pas se planter.
Convaincue qu'elle n'était de toute façon bonne à rien, elle laissa les événements s'emparer d'elle et se laissa porter par les vagues des circonstances, sans jamais chercher à changer le cours du destin.
Cette stratégie de l'autruche passive lui rapporta un gentil mari qui n'insistait pas trop souvent sur la sodomie et deux non moins gentils enfants d'une transparence à pleurer. Un métier rasoir et des amis insipides. Tout allait bien.
Un seul hoquet dans cette vie bien rangée: un prénom peut-être un tantinet trop original.
Le gentil mari de Lila était un expert-courtier en banque de consulting. (Si ça existe. Dans ma tête ça existe). Il rapportait tous les sous nécessaires pour payer les traites de la maison, les cartables des petits et les vacances d'été.
Lila, son gentil mari et ses enfants transparents vivotaient tranquillement en attendant de devenir vieux, ridés et moches. Le travail, la famille, les vacances et la télé leur assuraient une occupation permanente et donc, le bonheur.
Un soir en rentrant du travail, Lila dans la rue fut abordée par un jeune homme très beau et très brun, aux yeux luisants. Vous êtes vraiment très belle madame, lui asséna-t-il en plongeant ses yeux de braises dans la lavasse de ses yeux à elle, avant de continuer son chemin comme si de rien n'était.
Lila qui n'avait jamais connu le moindre trouble (sauf peut-être un jour de soldes en 2003, lorsqu'elle s'était rendu compte que le manteau qu'elle avait acheté 250 euros--une folie--était désormais en vente à 95 euros), sentit sa gorge se serrer, sa poitrine s'opprimer, sa culotte s'humidifier.
Lila arrêta de manger, Lila se mit à fumer. Lila tourna le dos à son mari la nuit, et se cacha dans les toilettes pour ne pas que ses enfants la voient pleurer. Lila dépérit.
Et Lila mourut.
Et comme Lila n'était pas la Dame aux camélias, elle ne fut pas exhumée par un amoureux transi prêt à revoir son corps en décomposition, pourvu qu'il puisse la contempler encore. Elle fut incinérée et ses cendres remises par erreur à une famille ravie qui venait de perdre enfin une ancêtre à héritage, et qui la disposa sur une cheminée de marbre dans une résidence secondaire avec piscine, entre deux bougies et une photo de l'odieuse ancêtre décrépite.
Et le bel inconnu me demanderez-vous?
Il se fit payer une bière par ses potes qui l'avaient mis au défi d'aborder une inconnue fadasse et de la faire rougir.
Cette micro-nouvelle sans queue ni tête ni intérêt aucun ne vous est certainement pas offerte par Alexandre Dumas fils.
NdE: attention, trop de premier degré nuit à la santé intellectuelle. Je ne suis pas Lila. La preuve: j'ai pas la télé.
A la limite je peux raconter des trucs qui arrivent aux autres?
Oui?
Oui.
(De l'intérêt du monologue quand même. Je ne me contredis pas souvent. En revanche je m'invective assez régulièrement).
Appelons-la Lila, puisqu'elle sentait bon.
Lila avait décidé de ne rien faire de sa vie car c'était le meilleur moyen de ne pas se planter.
Convaincue qu'elle n'était de toute façon bonne à rien, elle laissa les événements s'emparer d'elle et se laissa porter par les vagues des circonstances, sans jamais chercher à changer le cours du destin.
Cette stratégie de l'autruche passive lui rapporta un gentil mari qui n'insistait pas trop souvent sur la sodomie et deux non moins gentils enfants d'une transparence à pleurer. Un métier rasoir et des amis insipides. Tout allait bien.
Un seul hoquet dans cette vie bien rangée: un prénom peut-être un tantinet trop original.
Le gentil mari de Lila était un expert-courtier en banque de consulting. (Si ça existe. Dans ma tête ça existe). Il rapportait tous les sous nécessaires pour payer les traites de la maison, les cartables des petits et les vacances d'été.
Lila, son gentil mari et ses enfants transparents vivotaient tranquillement en attendant de devenir vieux, ridés et moches. Le travail, la famille, les vacances et la télé leur assuraient une occupation permanente et donc, le bonheur.
Un soir en rentrant du travail, Lila dans la rue fut abordée par un jeune homme très beau et très brun, aux yeux luisants. Vous êtes vraiment très belle madame, lui asséna-t-il en plongeant ses yeux de braises dans la lavasse de ses yeux à elle, avant de continuer son chemin comme si de rien n'était.
Lila qui n'avait jamais connu le moindre trouble (sauf peut-être un jour de soldes en 2003, lorsqu'elle s'était rendu compte que le manteau qu'elle avait acheté 250 euros--une folie--était désormais en vente à 95 euros), sentit sa gorge se serrer, sa poitrine s'opprimer, sa culotte s'humidifier.
Lila arrêta de manger, Lila se mit à fumer. Lila tourna le dos à son mari la nuit, et se cacha dans les toilettes pour ne pas que ses enfants la voient pleurer. Lila dépérit.
Et Lila mourut.
Et comme Lila n'était pas la Dame aux camélias, elle ne fut pas exhumée par un amoureux transi prêt à revoir son corps en décomposition, pourvu qu'il puisse la contempler encore. Elle fut incinérée et ses cendres remises par erreur à une famille ravie qui venait de perdre enfin une ancêtre à héritage, et qui la disposa sur une cheminée de marbre dans une résidence secondaire avec piscine, entre deux bougies et une photo de l'odieuse ancêtre décrépite.
Et le bel inconnu me demanderez-vous?
Il se fit payer une bière par ses potes qui l'avaient mis au défi d'aborder une inconnue fadasse et de la faire rougir.
Cette micro-nouvelle sans queue ni tête ni intérêt aucun ne vous est certainement pas offerte par Alexandre Dumas fils.
NdE: attention, trop de premier degré nuit à la santé intellectuelle. Je ne suis pas Lila. La preuve: j'ai pas la télé.
vendredi 3 janvier 2014
Des mots pour pas le dire
À la base, avant d'être blogueuse étaleuse de déboires perso-logistico-materno-immobiliers, je suis quand même, vaguement, linguiste. Passée par la case histoire anglo-saxonne, littérature, merveilles médiévales (le savais-tu? Au Moyen-Âge pour savoir si la Grosse rousse était une sorcière, il suffisait de la jeter à l'eau, ligotée dans un sac. Si elle s'en sortait, alors là oui vraiment, c'était une sorcière, yavait plus qu'à la brûler (éventuellement la sécher avant, sinon ça prend pas bien et ça fait de la fumée). Si malencontreusement elle mourait noyée, alors ce n'était pas une sorcière du tout, et yavait plus qu'à s'excuser platement avant de l'enterrer. C'est pas beau, les études médiévales?), découvertes du Nouveau Monde (le savais-tu? Les Aztèques parfois, non contents de zigouiller leurs ennemis perchés sur des pyramides en leur arrachant le coeur et en leur mettant sous le nez, revêtaient leur peau pour prendre leur force. D'où l'expression je t'ai dans la peau. C'est pas beau, les études mésoaméricaines?)
En gros les mots sont mon gagne-pain et si j'en ai beaucoup sur la planche, il est souvent bien sec et le blanc est derrière moi (le pain blanc. Pas le blanc sec. Suivez un peu vous serez mignons).
Si les petits mots de ma vie sont parfois doux, les gros sont durs à avaler, forcément. Et puis souvent, ils me manquent, les mots. Alors que les maux, eux, me manquent rarement. Ils se jettent à ma tête et me crient aux oreilles. Et les maux dits, c'est l'enfer.
Comme les dernières péripéties de ma vie privée vont servir de scénario au prochain épisode de Candy joue avec son caca dans la salle de shoot des Bisounours, et que j'ai juré de ne rien divulguer avant sa sortie sur les écrans du cinéma X de Rungis-sur-Marouflette en novembre 2018, j'inaugure une rubrique néologismes et dictons à la con en attendant de revenir dans notre galaxie.
Le mot du jour: Coprotéliste. De copro: caca, et téliste: qui fait des collections à la con (des collections de listes, par exemple. Je me demande si Titiou fait pas ça, tiens). Qui collectionne les emmerdes.
Exemple: En coprotéliste convaincue, Berthe, après avoir confondu un clou rouillé avec son suppositoire contre les hémorroïdes, se rendit compte que son vaccin contre le tétanos n'était pas à jour.
En gros les mots sont mon gagne-pain et si j'en ai beaucoup sur la planche, il est souvent bien sec et le blanc est derrière moi (le pain blanc. Pas le blanc sec. Suivez un peu vous serez mignons).
Si les petits mots de ma vie sont parfois doux, les gros sont durs à avaler, forcément. Et puis souvent, ils me manquent, les mots. Alors que les maux, eux, me manquent rarement. Ils se jettent à ma tête et me crient aux oreilles. Et les maux dits, c'est l'enfer.
Comme les dernières péripéties de ma vie privée vont servir de scénario au prochain épisode de Candy joue avec son caca dans la salle de shoot des Bisounours, et que j'ai juré de ne rien divulguer avant sa sortie sur les écrans du cinéma X de Rungis-sur-Marouflette en novembre 2018, j'inaugure une rubrique néologismes et dictons à la con en attendant de revenir dans notre galaxie.
Le mot du jour: Coprotéliste. De copro: caca, et téliste: qui fait des collections à la con (des collections de listes, par exemple. Je me demande si Titiou fait pas ça, tiens). Qui collectionne les emmerdes.
Exemple: En coprotéliste convaincue, Berthe, après avoir confondu un clou rouillé avec son suppositoire contre les hémorroïdes, se rendit compte que son vaccin contre le tétanos n'était pas à jour.
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