mercredi 22 septembre 2010

La bête immonde

Avant j'aimais la nuit. La sensation de solitude peuplée que seule peut procurer la ville, le retour sur soi après une journée de côte-à-côte, la sensation de préparer doucement son corps et son esprit au repos qui permettra, demain, de recommencer une journée comme on recommence sa vie. J'aimais me blottir dans un livre et avoir la liberté silencieuse de choisir de m'en extirper, le temps d'une parenthèse tilleul-menthe (un sucre). J'aimais, dans le noir, parcourir le couloir et aller sentir les cheveux des enfants qui dorment et qui transpirent cette odeur si particulière de rêve. J'aimais sortir, arpenter la ville en veille aux allures de décor de cinoche, entendre mon pas résonner ou sentir le trottoir sous mon pied souvent nu, et rentrer digérer mes songeries au fond d'un lit protecteur.
J'aimais décider, à deux heures du matin, que l'heure était venue de sortir la cire et la pince, et m'épiler à l'orientale parce que bon, là, maintenant, j'ai envie.
J'aimais m'allonger par terre et regarder le dessin des ombres projetées par la flamme trémoussante d'une bougie. J'aimais prendre un papier et un crayon et écrire des conneries géniales qui paraîtraient d'une déconcertante puérilité le lendemain matin.

Et aujourd'hui, avec ces saloperies de bestioles, qui sont là, qui me guettent, qui se jettent entre mes pieds si je me lève trop tôt, et dont j'entends le chant de victoire à présent que les nuits rallongent et que mes jours raccourcissent, qui savent que l'appartement, l'immeuble, la cité sont à elles, la nuit, j'ai une boule qui me serre la gorge à mesure que l'obscurité gagne, j'allume frénétiquement toutes les lumières de la maison, et j'ai envie de me barricader hors de chez moi. Je lis en croyant voir passer, du coin de l'oeil, des cafards sur la table de nuit. Je me réveille en sursaut, persuadée qu'ils courent sur ma joue. Et je n'ose plus sortir, de peur de ne pas avoir le courage de rentrer.

Et sur l'écran noir de mes nuits blanches, comme disait Claude, c'est ce genre de cinéma que je me fais:




(Oui, je crains qu'une bête ait été blessée pendant le tournage, et précisons qu'il a fallu une bonne trentaine de pulvérisations de spray "Kapo" (ce nom est rigoureusement authentique, et comment peut-on appeler un insecticide comme ça sans avoir mille procès sur le dos je sais pas) avant de parvenir à neutraliser ce cloporte qui semble le produit d'un croisement entre un cafard et un mammouth).

Je tiens aussi à souligner qu'une fois la créature totalement décédée, il m'a fallu sniffer du kapo pour avoir le courage de la balancer par la fenêtre. Car elle était trop grosse pour passer par le trou de l'évier.

dimanche 5 septembre 2010

Comment reconnaître un cafard

Comment reconnaître un cafard?

S'il marche sur ses pattes de derrière, s'il vous regarde avec de grands yeux vides et vous envoie six mois après le passage des peintres et du dernier coup de rouleau une lettre d'une grande dignité expliquant que Madame, si vous ne laissez pas les ouvriers avoir accès à votre appartement, les travaux ne seront jamais effectués, ce n'est pas un cafard. C'est le gérant.

S'il se déplace les yeux aux sols et vous ouvre la porte de l'ascenseur avec flagornerie et l'air gêné, et vous répond "pas parle français" quand vous lui dites que son tuyau dégouline depuis huit mois dans votre cuisine, ce n'est pas un cafard. C'est le voisin du dessus.

Si elle vous regarde avec un grand sourire et vous félicite sur la beauté de vos mômes dans l'ascenseur, en ajoutant "ils sont bien blonds et ils ont les yeux bien bleus, ça fait du bien de voir ça," ce n'est pas un cafard, c'est pire. Même l'insecticide n'y pourra rien. Mais dans le doute, on peut taper. Pour qu'elle s'écrase.

S'il vous dit d'un air innocent, affairé et enjoué "ah bon? Vous n'avez toujours pas de trappe chez vous?/les désinsectiseurs ne sont pas passés?/ya plus de lumière dans votre couloir?/ils ont dit qu'ils allaient réparer l'ascenseur/je suis aux poubelles" ce n'est pas un cafard, c'est le gardien.

Si elle est assise dans une chaise roulante, maquillée comme une voiture volée, qu'elle vous traite de morue parce que vous n'avez pas de clopes à lui donner, et qu'elle vous salue comme sa meilleure amie cinq minutes après, ce n'est pas un cafard, c'est Ginette. Ginette est un rayon de soleil (un jour je la prendrai en photo, promis).

S'il a quatre pattes, des poils, vomit sur le tapis, chie sur le lino, réclame à manger toute la journée, défèque des étrons décorés au bolduc et mange vos cheveux à 6heures du matin, ce n'est pas un cafard, c'est le chat.

S'il est tout froid, tout raide, tout vert, tout mort et les pattes en l'air, ce n'est pas un cafard, c'est un iguane dans mon ascenseur.

S'il répond à toutes vos lettres, quel qu'en soit le contenu, par une lettre-type impersonnelle et à côté de la plaque, avec le scan de la signature de Monsieur le responsable/le maire/l'adjoint/le pape, ce n'est pas un cafard, c'est l'employé de mairie qui a ouvert/jeté mon courrier.

Si elle a les nerfs en pelote, les cheveux en pétard, le palpitant à rude épreuve, le moral dans les chaussettes et une tablette de chocolat dans le tiroir, ce n'est pas un cafard, c'est moi.

Alors bon comment reconnaître un cafard?

A suivre...

dimanche 29 août 2010

N'en jetez plus.

C'était bien les congés payés?
Bon.
(J'aime bien demander ça parce que moi je n'ai que des congés pas payés, alors les vacances rémunérées ça a toujours un petit côté Bisounours pour moi. Eh oui, le front populaire n'est pas passé partout).

Il a bien fallu rentrer donc, pour gagner la pitance, financer les taille-crayons et combler le trou de la banque.

Heureusement que devant ma fenêtre ya du vert (des bouleaux? Platanes? Peut-être des sapins en fait. Je ne sais pas mais déjà j'ai reconnu que c'était des arbres) et quatre étages plus bas il y a du lierre, des orties, de la verdure, bref, un vrai petit coin de bonheur champêtre absolument verbotten à la circulation des pouilleux qui résident dans le HLM.

D'un autre côté, étant donné que mes co-pouilleux passent leur temps à confondre la fenêtre et le vide-ordure, c'est moyen dommage, et pour la sécurité de tout le monde, c'est mieux. Moi-même, j'avoue, il m'est arrivé de défenestrer des cafards chopés en flagrant délit de pérégrination sur le lino en me disant, que, quand même, même s'il survivait au choc, il allait quand même pas REMONTER la façade sur quatre étage et revenir pile dans mon appart à MOI?

Bref, tout ça pour dire que quand on prend le risque de pencher la tête par la fenêtre, quitte à se prendre un sac poubelle, un cafard en vol plané ou une vieille serviette hygiénique usagée (j'invente rien, HÉLAS) sur le coin du bonnet, on voit des trucs assez originaux parfois, dégueulasses toujours.

Mais alors là, vu l'actualité des derniers jours et la propension limite décente de certaines mamans à immoler leur progéniture par vol plané ou congélation rapide, j'ai failli trouver le panorama de mauvais goût:



Bon, c'est vrai, d'un autre côté, deux mois de vacances avec les enfants ça peut parfois donner envie de les coller par la fenêtre. Ca me rassurerait quand même de savoir que la gamine qui a fait ça sait que jeter bébé avec l'eau du bain, c'est une expression.

J'attends le moment où ils vont pousser Mémé dans les orties.

mardi 24 août 2010

Arsenic et vieilles antennes

En fait j'étais pas vraiment en vacances ces derniers temps, je faisais juste semblant. Telle l'autruche poursuivie par le dromadaire en chaleur, je mettais ma tête dans le sable, bien profond. Les esgourdes bouchées à l'émeri, je faisais comme si aucun ploc ne venait de la cuisine (chez France Gall le désert avance, sur le plafond de ma cuisine c'est l'humidité qui gagne du terrain. L'été n'a pas été sec, mais le melon est quand même mort - pourriture. Je ne l'insulte pas, je crois juste qu'il a été trop arrosé par les voisins- du dessus).

Et puis un vilain cafard poilu (oui parfois ils sont poilus, je dis ce que je veux, et si je veux boire du Baygon personne ne m'en empêchera) s'est chargé de me remettre les pieds sur terre en se jetant à mon cou à l'ouverture du lave-vaisselle (je reprendrai bien un peu de Fly-Tox avec ma compote).

Donc après mon imprimante, c'est ma machine à laver la vaisselle qui est désormais blindée d'insecticide. Je ne sais pas à quel point l'électroménager est prévu pour résister au poison, et je me demande si je ne vais pas inviter mes voisins à manger dans mes assiettes toutes propres sorties de la machine.

Bref, les affaire reprennent. Fuites, cafards, odeurs de poiscaille et hurlements, pas de doute, c'est déjà la rentrée...

mardi 20 juillet 2010

Sous les pavés, heu...les cafards?

Je suis en vacances.

Au bout d'une semaine à la mer, je suis repassée, l'espace d'une nuit, dans mon antre maudite. Ben c'était la fête du slip. Le melon melonnait, les cafards cafardaient, c'était à la fois repoussant, sale et ridicule de grouillitude. Chaque pas dans la cuisine provoquait la fuite paniquée d'un cancrelat dérangé, et la vaporisation de mon pote Baygon vers la plinthe a fait jaillir des cafards paniqués qui ont poussé leur dernier soupir au milieu du lino.

Mais comment font-ils pour, en cinq minute, anéantir totalement mes provisions de zénitude et d'énergie laborieusement accumulées pendant sept jours d'avalage de chocolat, teurgoule, et autres rocher suchard?

Du coup, dégoûtée, je suis repartie pour trois semaines. J'imagine qu'à mon retour nous glisserons joyeusement sur un tapis de blattes qui auront enfin pris le pouvoir, et je prie pour que le plafond de la cuisine, qui ne demande qu'à s'écrouler au bout de sept mois de dégoulinade non-stop, ait profité de mon absence pour faire descendre les voisins au niveau de mon bac d'évier.

Et sinon, ben, on continuera la lutte.

vendredi 9 juillet 2010

J'irai cracher sur vos baux

Voilà.
Alors j'avais trouvé un super-plan dans le privé. Dix mètres carrés de moins qu'ici, et 800 euros de plus (DE PLUS!) par mois. Mais dans ma desespérance d'épargner le (double) kilomètre quotidien à mon Gavroche aux petites pattes, dans mon fol espoir de ne pas tomber sur un cafard en allumant la lumière de la salle de bain le matin, dans mon illusion naïve de fille qui croit qu'elle peut faire grandir ses mômes ailleurs que dans l'amiante et l'odeur de sardine grillée au petit-déjeuner, j'étais PRÊTE à ne plus bouffer que des pâtes à rien et à donner des cours de gouache sur boîte de conserve aux bobos montmartrois, et j'avais dit banco. Je prends.

Et puis la réalité m'est tombée sur la gueule.

"Madame, vous n'êtes pas salariée."

Autrement dit, "Vous puez de la gueule, Morue, et auriez-vous les revenus de Bill Gates lui-même, si ya pas la signature de votre seigneurémaître, aka le PATRON, au coin de la feuille de paie, vous pouvez vous la carrer dans l'échalote et faire la danse du cerfeuil mou, on vous louera point, c'est niet."

Ô rage, ô désespoir.

Un jour je serai riche, célèbre et propriétaire foncière, et j'irai pisser dans vos boîtes aux lettres de gestionnaires de patrimoines de mes deux.

mardi 6 juillet 2010

prends-en, de la graine

Plic, ploc.
Ca ne s'arrête jamais.
Je me ploquifie. Je ploquoie. Je plocationne. Ploc. Ploc. C'est la ploquitude absolue dans la cuisine. Ploc. Le soir je me couche, je m'emploque, je rêve en ploquivision. Le matin le réveil ploque et je plic une crise. Je mange du plic, je bois du ploc, les enfants me font ploquiser trois fois par jour.
ploc.
Ploc.
PLoc.
PLOc.
PLOC.

Problème
Latent
Orrible (oui, je sais, c'est mon blog, je fume mes H si je veux).
Cannibalistique.

Ploc.

Et puis un jour....
Pour moins entendre le plic, le ploc, j'ai mis un genre d'éponge carrée au fond de l'évier.
Ploc. Pluc. Pluc. Pluc.

Et puis, un jour.....
Nous avons mangé du melon.
Et un pépin s'est fait la malle, ni vu ni connu, sous l'éponge.
Pluc.
Pluc.

Et puis, un jour....



Rapprochez-vous un peu, pour voir.



Donc voilà. c'est officiel, il pousse des melons dans ma cuisine. Et moi qui chouignais de ne pas pouvoir mettre de fleurs aux fenêtres.
A un iguane dans mon ascenseur, un cafard dans mon lave-vaisselle, un rat dans la sandale de Cosette, et un vélo dans la tête de mon gérant je vais pouvoir rajouter un melon dans mon évier.

Je sens les goulus, les gourmands, me dire que quoi, j'ose me plaindre, alors que je vais bientôt (?) pouvoir manger du melon aux frais de la princesse, tout ça.

A ces envieux je rappellerai que la belle plante est nourrie à l'eau sale des voisins non moins crados du dessus. Qu'ils viennent y goûter, s'ils l'osent.

En attendant je n'y touche pas, les cafards aussi ont droit à leur Paris-Plage.