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lundi 3 août 2015

Pfff.

J'ai beaucoup de boulot. C'est bien. Mais du coup j'ai pas de vacances, et c'est pas bien. Mais si j'avais pas de boulot j'aurais pas de vacances non plus vu que j'aurais pas de thunes pour prendre des vacances. Donc au final je sais pas si ça vaut vraiment le coup que je bosse douze mois sur douze et 6,99 jours sur 7.

Ah ben si, ça vaut le coup puisqu'il faut que je trouve 1200 euros pour payer mon bailleur. Tous les mois. (Pour les non-Parisiens, une note en passant: social, le bailleur. Certes j'ai 150 mètres carrés avec terrasse sur le toit et piscine commune. Meuh noooon je déconne. J'ai 65m2 au premier étage plein nord. Je me plains si je veux, je sais qu'il y a pire. Ils ont qu'à ouvrir un blog et se plaindre aussi, ils verront ça défoule).

Donc je bosse pour payer un appart que je suis condamnée à ne quasi-pas quitter puisque je dois bosser pour le payer (moi aussi je m'y perds).

J'en étais là de mes réflexions au bord de la désillusion épuisée et transpirante (je chialais en marchant dans la rue, quoi), quand tout à coup je vis au bord du trottoir des livres abandonnés, de toute évidence offerts à l'avidité littéraire des passants (et ça fait deux fois en deux jours, comme quoi ya pas que les chiens, les vieux et les traductrices qui se font abandonner l'été, ya aussi les bouquins).

Je me suis dit c'est chouette, voilà un signe qu'il faut que j'arrête de chouigner, si ça se trouve ya des bouquins géniaux, de ceux qui te changent la vie ou juste te distraient quelques heures, hein, on va pas chipoter, c'est toujours ça de pris, prends le cadeau que t'offre la vie ma fille.

Je me suis approchée, et voilà donc le message moralo-remontant que m'envoyait ma bonne étoile (avant de partir se bronzer le cul sur une plage des tropiques, sûrement, la salope):


Donc là je bouffe du Crunch en sanglotant, merci la vie.


samedi 18 juillet 2015

Bricolages

Je ne suis pas en vacances, les vacances c'est totalement petit bourgeois.

(Si vous changez deux ou trois lettres à cette phrase, ça fait "je suis tellement dans la dèche que je vais partir en vacances de 17h à 18h30 le 15 août, probablement dans l'Intermarché climatisé du boulevard Ornano".)

En ce moment je traduis un livre (et j'arrose des plantes et je nourris des chats -- je m'entraîne à être vieille et seule, quoi) sur un film de de Palma. Du coup j'ai dû regarder ce film qui a tout un tas de mérites et un bon paquet de ressorts comiques parfaitement involontaires. Je l'ai visionné juste avant de finir de bricoler dans la chambre de Gavroche avant son retour de vacances (= poser des étagères. Avec une perceuse. A percussion. Alors que ça devrait être interdit de me mettre ce genre d'outil entre les mains, déjà quand on me donne une cuillère je me coupe).

Dans ce film il y a une jeune femme très très belle qui se fait suivre par un bon paquet de vicelards (bon ils sont deux. Mais comme disait Brassens le pluriel ne vaut rien à l'homme, et comme disait moi il vaut pas grand chose à la femme surtout si elle n'est pas consentante). Yen a un des deux qui veut sa peau. Et pour lui prouver, il essaie de la tuer avec ça:


Oui, voilà, donc une perceuse GÉANTE avec une GROSSE mèche (pas du tout phallique non non) et il lui met des ptits coups, hop un ptit coup dans le ventre, et hop un ptit coup dans le dos, jusqu'à ce que finalement il la fasse tomber par terre et là

(Ma fille lit ce blog. Ma chérie s'il te plaît arrête de lire et regarde plutôt ça.)

(Oui je sais, ma fille a 14 ans et c'est peut-être un peu tôt pour lui faire découvrir ces histoires de lapins mais un jour il faut se colleter avec la réalité).


il lui transperce le ventre et emporté par son enthousiasme il transperce aussi le plancher, à la grande joie du deuxième vicelard occupé à se faire bouffer par un chien à l'étage du dessous qui voit la mèche de la perceuse traverser le plafond et une douche de sang tomber à deux mètres de sa tronche (évidemment il était amoureux de la fille au trou, ce qui ne fait que rendre la situation plus cruelle) (d'un autre côté c'est un peu le plus grand looseur de l'année donc on a du mal à s'apitoyer).

Bref ça aurait été un film pioché au hasard j'aurais arrêté dès le premier chatouillis à coup de perceuse mais là je DEVAIS regarder, j'ai donc tout vu, un coussin serré sur le ventre, en hurlant encore plus fort que la fille trucidée (et les filles trucidées des années 80 elles criaient fort).

Ensuite c'était fini, le héros-looseur avait un sursaut de lucidité et comprenait qu'on s'était foutu de sa gueule, et trois ou quatre incohérences plus tard (le méchant tue une autre fille qui se réveille au bord de sa tombe puis se rendort dans sa tombe puis se réveille quand le gentil lui tombe dessus et croit que c'est lui le méchant mais heureusement le chien du méchant saute sur le méchant alors que c'est son maître et qu'il y a un quart d'heure il voulait bouffer le gentil et tout finit par des chansons) (bon ça a l'air nul comme ça mais c'est pas mal dans l'ensemble, notamment parce que ça parle aussi beaucoup de sexe et de masturbation féminine ce qui est extrêmement rare dans le cinéma américain de l'époque--même si évidemment c'est vu uniquement sous l'angle du voyeurisme par un spectateur masculin, faut pas déconner avec ça), trois ou quatre incohérences plus tard donc (cette phrase est beaucoup trop longue) il se tape enfin la blonde.

Et moi je peux finir de bricoler dans la chambre de Gavroche. À la perceuse.


Et incidemment, tant qu'à baigner dans une marre de sang et puisqu'on ne se lasse pas de parler de règles, j'ai l'habitude de regretter que les pubs pour protections féminines soient connes et utilisent du liquide bleu, tout ça.


Et puis j'ai vu cette pub, et je me suis dit que finalement, c'était ptête mieux qu'on reste un peu sur le liquide bleu et les nénettes à qui le dérèglement hormonal donne des envies incoercibles de danser en justaucorps blancs sur la plage et de caresser des chats, plutôt que d'utiliser les règles pour humilier encore un peu plus les femmes et leur montrer à quel point leur corps est dégueulasse:


Ce post parfaitement aléatoire vous est offert par  Intermarché et l'association des amis des parenthèses.

dimanche 28 juin 2015

Agenda

Cette semaine j'ai vécu de grandes choses.

D'abord suite à une trad j'ai eu drôlement envie d'essayer une coupe menstruelle. C'était à la fois comique et terrifiant. Comique parce que une espèce de soucoupe volante en silicone c'est un truc que j'avais encore pas songé à me mettre dans le vagin. L'idée était plaisante en soi. Mais surtout, la chose a en fait une réelle autonomie (désolée si vous n'avez pas de vagin ça ne va pas vous chauffer la nouille mon histoire, allez lire un article sur les torsions testiculaires en milieu imposé et revenez dans trois paragraphes) et dès qu'elle est introduite dans son milieu naturel elle se tire vers l'inconnu et au-delà.

Ce qui fait que le soir, pour l'enlever, faut enfoncer le bras jusqu'au coude façon vétérinaire vérifiant la position du veau avant la poussée (je sais de quoi je parle, j'en ai vu en vrai). Et la première fois je me suis dit bon sang, elle s'est barrée dans les trompes je vais être siliconnée du follicule mais en fait non, car le col de l'utérus étant une divine invention, il fait barrage.

Invention divine, mais lointaine quand même. Du coup pour choper la coupelle faut quand même être assez souple et ne pas avoir les ongles trop longs (mais aïe). Et une fois qu'on l'atteint non non non, c'est pas fini, faut faire un APPEL D'AIR sinon ça fait ventouse.

(Je vous laisse une minute pour réfléchir aux conséquences d'une traction sur ventouse posée sur le col de l'utérus. Tirez un grand coup, et tout le paquet est livré en une fois. Stérilet? Check. Trompes? Check. Et le bout là c'est quoi? Ovaire gauche à vue de nez.)

Bon en vrai le prolapsus est peu probable (attention dernier appel pour les âmes sensibles, il est encore temps d'aller regarder un épisode de Candy plutôt), mais si on peut pas faire appel d'air parce que ça GLISSE bordel, alors ça sort en explosant.



Oui, voilà, Stephen King dans tes chiottes.

Donc que du bonheur.
Comme j'ai vachement aimé l'expérience, j'ai recommencé tous les jours (et investi dans un karcher).

Au final c'est quand même économique/logique et pratique et bref, j'ai décidé que je gardais le machin jusqu'à la fin de ma vie utérine active.

A la fin de mon cycle j'ai bien fait comme ils disent sur la boîte, je l'ai fait bouillir pour le stériliser.

Et comme je l'ai oubliée dans la casserole, la chose a totalement fondu.

Donc ça, c'est réglé.

Ensuite, je suis allée travailler pendant deux jours dans les locaux de Libé et pour une fois j'aurais pu avoir le journal gratuit mais c'est con, chuis abonnée, ça sert à rien. J'ai traduit des trucs top-secrets, j'avais l'impression d'être une James Bond girl mais pas en maillot de bain, avec vingt kilos de plus et une coupe menstruelle dans la chatte.

Ensuite je suis allée interviewer une dame trans qui en l'espace d'une heure de discussion a réussi à me montrer une fois son soutif et environ douze fois sa petite culotte (quand je dis petite c'est une façon de parler). Elle était charmante, hyper serviable et absolument exhibitionniste. Pour une première interview de ma vie j'étais pas du tout mal à l'aise.

Enfin j'ai failli me faire arnaquer par un potentiel client qui veut me payer une trad de plus de 200 pages en feuillets mais sans les espaces.
(NB: un feuillet c'est 1500 signes espaces comprises. (NNB: oui espace c'est féminin en typo. Ne me remerciez pas c'est cadeau).)
Donc j'hésite entre l'envoyer bouler et faire la trad en lui rendant 200 pages sans le moindre espace. Un seul mot, de 200 pages. Ça ferait un truc dans ce genre-là mais fois des millions:
bonjourjenaimarrequ'onmeprennepourunepoireessaieencoredemarnaqueretjeviensvidermacoupemenstruelledanstonpotàcrayons.

Jmetâte.

mardi 3 février 2015

Soyons pros

Cher client,

Toi qui m'as commandé une traduction urgente, très longue, très complexe, très pamacame, à faire en un temps record juste avant noël;

Et toi, qui m'as commandé une traduction vachement intéressante mais absolument pour ce soir, demain dernier carat (9 000 mots. Pour les non-initiés, en boulangerie ça représente 14 567 croissants à enfourner, en boucherie 47 veaux trop mignons à abattre, en musique 24 opéras à composer, en proxénétisme 8 987 putes à racketer),

Et toi là-bas dans le fond qui m'as filé un communiqué de presse à traduire en 24 heures top chrono,

Vous avez vu? I made it.

Par la présente je tiens à vous informer tous les trois que suite à votre non-paiement des diverses factures que je vous ai envoyées en décembre, j'ai tué 56 chatons, vendu deux reins (pas les miens, j'ai fait des mômes c'est pas pour rien) et couché avec la charcutière.

Là je dois aller chez le dentiste et j'ai peur qu'il ne soit pas preneur de ce que j'ai à lui proposer. Ce serait sympa de me donner des sous, il paraît que ça se fait. Ou des coupons alimentaires. Un ticket restaurant? Du savon, pour rester propre et digne?

Oui je sais, j'ai l'audace de demander à être payée pour mon travail, je suis une rebelle.

Une rebelle fatiguée, quand même.


jeudi 17 avril 2014

Les yeux rouges des traducteurs

Je dois battre ma coulpe à l'endroit du café Lomi à qui j'ai fait une vilaine pub dans mon post précédent (non que cela ait pu influer en rien sur sa clientèle, mais bon il me reste un vieux fond d'honnêteté intellectuelle dont je n'arrive pas à me débarrasser). Faute de pouvoir y travailler sur un projet duraille, j'y avais écrit un article pour Slate qui m'a valu les félicitations unanimes de ma fille (12 ans), d'un vague ex indécis et de deux ou trois traducteurs. La gloire. Il ne me restait plus que l'amour et la beauté et j'étais prête à aller pointer chez TF1. Forte de ces louanges je suis allée fêter ça dignement en achetant de quoi faire ripailles en famille, et j'ai été fort étonnée de constater que non seulement ma charcutière ne me demandait pas d'autographe, mais qu'en plus elle me faisait quand même payer les rillettes.

Il s'agissait de traduction, et du triste (non) statut social de ceux qui s'y adonnent de façon professionnelle. Le jour même de sa parution, j'ai reçu un mail du service traduction d'Amnesty International, m'expliquant qu'ils avaient bien reçu mon CV mais qu'il ne travaillaient "que sur la base du bénévolat". Ben  voyons. Le lendemain, la même dame m'a réécrit qu'au fait, elle avait lu mon article et que comme j'écrivais bien! C'est chouette, je vais pouvoir mourir de faim auréolée de gloire bénévole, et comme je vis même pas dans un pays en guerre, j'aurai même pas droit dans mon agonie à un regard de la part des bénévoles d'Amnesty International. Passons.

Dans la même veine je suis allée voir "Les yeux jaunes des crocodiles" qui est un film tiré d'un livre à succès que je n'avais pas lu. C'est un joyeux mélange de vraie réflexion sur les relations soeur qui phagocyte/soeur cruche qui se fait avoir et de niaiseries sentimentalo-familales. Dans cette histoire, l'héroïne (la cruche) est une chercheuse au CNRS, spécialiste du XIIe siècle. Elle a aussi un diplôme (maîtrise ou DESS je sais plus) en anglais-russe-italien (ou anglais-ouzbèke-haut latin, à ce niveau de diplôme Bisounours c'est même plus important). Donc son beau-frère (Patrick Bruel) lui propose comme ça, entre la poire et le fromage, de faire des traductions pour son cabinet d'avocat. Car parler anglais et maîtriser les arcanes de la chevalerie périgourdine au haut-Moyen-âge c'est juste ce qu'il faut pour traduire un dossier juridique un peu pointu en 2014. Alors soit.
La cruche s'exécute et vient remettre sa traduction sous forme de FEUILLES DE PAPIER dans un gros dossier sur le bureau de Patrick Bruel.

Alors là deux solutions possibles: soit Julie Depardieu est comme moi, c'est-à-dire amoureuse de Patrick Bruel, et elle a par contrat exigé de tourner le plus de scènes possibles avec lui en se disant qu'à force il allait la remarquer (et je peux la comprendre), soit la réalisatrice habite en 1978 dans sa tête et ne connaît pas Internet.

Après ya aussi l'excuse que la Julie-médiéviste-cruche-traductrice n'a pas d'ordinateur, et que donc, elle a sûrement dû tout taper à la machine. (Attendez, je vais boire un grand verre de cigüe et je reviens).

Allez c'est pas grave. Ce qui était vraiment sympa c'est que du coup, la cruche elle se voit proposer la traduction d'un bouquin ("ça ne vous fait pas peur de traduire un livre?"), qu'elle expédie en deux coups de cuillère à pot et hop, à peine le chèque touché (évidemment elle touche le chèque en une fois genre le jour de remise du tapuscrit, qu'elle a sûrement écrit en hiéroglyphe à l'encre de Chine) elle court dévaliser Fauchon (vous reprendrez bien un petit verre de Destop?)
(À titre de comparaison, j'attends toujours le micro-chèque  d'une maison d'édition pour qui j'ai traduit un livre pour enfants en -- restez assis -- février, maison dont je ne divulguerai pas le nom mais ça commence par Galli et ça finit par mard, mais peut-être que j'aurais dû aller leur porter en main propre le livre relié à la main en peau de chèvre et enluminé par de chastes nonnes du XIIe siècle au lieu d'envoyer le boulot par mail?)

Mais je ne suis pas si rancunière puisque le simple fait que Patriiiiick dise en gros plan "Tiens elle est pas venue finalement Bérengère?" m'a réconciliée avec toutes les approximations du film. (Devinez comment je m'appelle). Je suis futile.