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jeudi 3 mars 2016

Rien à ajouter.





Sinon que mon stérilet est une tomate.


dimanche 29 novembre 2015

Triste.

Deux semaines après le massacre, on peut peut-être arrêter d'avoir peur.

On peut arrêter d'avoir peur en passant à l'action; en bombardant Raqqa, en retournant à des concerts, en buvant des coups en terrasse et en y constatant que personne ne nous tire dessus. En laissant sortir les enfants et en voyant qu'ils rentrent vivants. On peut arrêter d'avoir peur en faisant l'amour et en réalisant que c'est toujours aussi bon. En respirant des têtes de bébé. En refaisant le monde avec les potes, en agitant des drapeaux aux fenêtres, en écoutant des chansons d'amour et d'espoir. En allant voir des présidents du monde entier pour se mettre d'accord avec eux que le terrorisme c'est mal et qu'il passera pas par nous (soupir).

On peut arrêter d'avoir peur en pensant enfin à autre chose, en reprenant le cours de sa vie quand on a la chance d'en avoir encore une, et de n'avoir perdu personne. On peut arrêter d'avoir peur en voyant les dispositifs sécuritaires, les portiques et les fouilles se multiplier comme des petits pains. On peut arrêter d'avoir peur en organisant ses prochaines vacances avec ceux qu'on aime puisqu'ils sont là et qu'ils veulent bien nous supporter encore un peu. En engueulant ces connards de voisins qui écoutent la musique trop fort, en recommençant à faire la gueule dans le métro (vous avez remarqué comme à Paris, ces derniers jours, les gens levaient--un peu--le nez de leurs portables pour regarder autour d'eux?)

On peut arrêter d'avoir peur en cessant de se dire, dès qu'on croise une personne blessée dans la rue, que mon Dieu, peut-être qu'il y était. En mangeant des bonnes choses, en faisant des courses de Noël. en se disant qu'on est tellement nombreux à trouver ce massacre indigne de notre humanité, que forcément, on va gagner ce combat-là.

On peut arrêter d'avoir peur en se disant que la peur n'évite pas le danger, et que peur ou pas, ça va se reproduire, ici ou un peu plus loin, pareil ou un peu différemment, mais ça recommencera, et que se scléroser en attendant la balle, c'est juste renoncer à ce qu'il nous reste avant qu'elle ne nous touche.

On peut arrêter d'avoir peur, je crois.

Mais arrêter d'être triste, quand est-ce qu'on va y arriver...


vendredi 30 octobre 2015

Vacance

Pour la première fois depuis un an et demi, j'ai pris des congés (non payés. Je vis avant 1936). Je suis allée dans la Méditerranée, là où il fait encore beau et chaud, où les volcans le disputent aux cactus, et les tomates bien mûres à la bresaola qui fait frémir les papilles. Et je vous parle même pas des cannoli, ce serait péché.

J'ai été raillée par la nature qui a refusé de faire naviguer les bateaux que je voulais prendre, et qui m'a réduite à ma juste taille en me montrant qu'elle pouvait pisser plus loin que moi des gerbes de lave et des pluies de cendre. C'était beau.

Et un matin je suis allée me baigner dans la mer. Fin octobre, le luxe absolu. Elle était presque chaude, et parfaitement transparente. Je n'ai mis que dix minutes à rentrer dedans (je suis très mal thermorégulée. Tout est froid dans la vie, je trouve. Mais là j'ai fait un effort, demain je rentrais à Paris et c'est pas dans la Seine que je vais faire des brasses. Pis surtout j'allais pouvoir frimer en rentrant sur le mode hier à cette heure-ci je barbotais dans la mer nananère).

Donc au bout de dix minutes de trépignements et petits cris mouillés, je suis partie dans de grandes brasses ravies, dans une eau tellement cristalline que j'aurais pu compter les cailloux du fond si j'étais pas aussi miro (je me suis fait opérer des yeux au laser et je suis redevenue miro illico, car apparemment Dieu m'en veut énormément. Faudra qu'il m'explique ce que je lui ai fait, on peut éventuellement s'arranger, je suis prête à m'excuser même, mais s'il pouvait arrêter de rigoler avec ma santé et pourquoi pas cesser de jouer de la contrebasse avec mon nerf sciatique? Mais je m'égare).

Et là, devant moi, flottant à la surface j'ai vu un truc. Un gros bidon blanc, inerte, qui flottait. Qui m'a heurtée. J'ai pas crié tout de suite, même si j'étais vaguement dégoutée. j'ai regardé de plus près. C'était pas un bidon. C'était quelqu'un. De parfaitement mort et noyé, sur le ventre, et gonflé, et vêtu d'une chemise blanche trempée, évidemment. Là j'ai hurlé. Et j'ai voulu faire demi-tour. Et j'en ai vu d'autres. Plein. Des hommes, des femmes et des enfants qui flottaient TOUS sur le ventre, tous noyés morts. J'ai bu beaucoup d'eau au goût de mort en hurlant et en repartant à la nage vers là où j'avais pied. Combien ils étaient? Huit, dix, douze peut-être. Morts morts morts morts.

Evidemment je me suis réveillée avant d'atteindre le rivage.

J'ai ouvert les yeux dans ma chambre sicilienne, dans le lit à côté de mes enfants, vivants, vivants, vivants.

Et on est allés se baigner dans la Méditerranée. Tellement transparente qu'on peut voir les cailloux au fond de l'eau, si on est pas trop miro.





vendredi 1 mai 2015

Sous tifs

Il y a des gens qui voient profondément en vous, tout de suite, et qui comprennent un tas de choses sans que vous ayez besoin de les leur dire.

Mon toubib il est comme ça.

Quand je suis arrivée dans son cabinet, j'ai à peine eu le temps de lui serrer la main qu'il me disait déjà "il y quelque chose qui a changé chez vous. Quelque chose de positif."

Il n'a pas mis très longtemps à me tirer les vers du nez--moi je ne demande que ça, j'aime bien ça fait son ptit effet quand je laisse tomber le voile. Vu que je traite le plus souvent avec des gens assez évolués, ils ne sont pas choqués, non, mais surpris, oui. J'ai levé les yeux vers lui.

Je lui ai expliqué.
Je me suis découverte.

Et déshabillée (c'est un toubib je vous rappelle, je suis là pour ça). (Et puis il n'est pas mal ça gâche rien...)
Ca n'a pas raté, il a écarquillé les yeux un millième de seconde, et hop il s'est repris, et il a soupiré "moi aussi j'y pense j'aimerais bien, je me dis que tout serait plus simple. Mais je ne me vois pas du tout le faire."

Ces mots-là étaient dans ma bouche il n'y a pas un an, et aujourd'hui je suis une autre. Je suis passée de l'autre côté non pas parce que je le voulais, mais parce que j'y étais déjà et je ne le savais pas. Simplement je ne pouvais pas y arriver toute seule. Il fallait que quelqu'un vienne me chercher, me montre que j'avais ça en moi, me pousse à le faire. J'avais besoin de lire dans les yeux d'une autre que j'étais, aussi, faite pour ça.

Et ce n'est pas le bouleversement qu'on croit. Ca ne remet pas tout en question. Ce n'est pas compliqué. On n'en sort pas différente: on découvre et on montre simplement une autre facette de soi. Celle qui attendait tranquille en se disant "un jour mon tour viendra et je m'avancerai sur la scène pour jouer mon rôle, moi aussi."

Et si c'est encore rare, si souvent on le cache avec perruques, foulards et maquillage de théâtre, si l'assumer n'est pas une mince affaire même devant ceux qu'on aime ou qu'on croit aimer, c'est là, c'est possible de vivre aussi comme ça. Même si c'est trop loin de la norme pour être vraiment confortable. Puisqu'évidemment, il y a un bon paquet de gens qui ne comprendront pas.

Et ça ouvre des horizons tellement plus vastes. On ne regarde pas les autres filles pareil dans la rue. On a l'impression (mais est-ce que ce n'est pas une réalité?) que les hommes nous regardent différemment. A la fois curieux, vaguement mal à l'aise, mais très intéressés.  Ca se remarque tant que ça?

Et on peut choisir de ne pas y penser. De le mettre en latence. De ne pas en faire une obsession, de se le garder pour plus tard, ou de se dire qu'un jour on se lancera, et peut-être que ça n'arrivera jamais, mais de ne pas se l'interdire. De ne pas le vivre comme quelque chose de subi, mais comme un cadeau qui nous permet une seconde naissance--l'expérience et l'âge en plus. Supporter le regard curieux des autres c'est tellement plus facile à 40 ans qu'à 15.

Bref, je me suis rasé la tête.

mardi 10 mars 2015

Brèves

Je ne fais que passer.

Ca fait 330 jours que les 270+++ lycéennes nigérianes ont été enlevées (Bring back our girls? Bon visiblement c'est plus tellement swag, c'et même pas un argument électoral sur place).

La France entière est en deuil, il paraît, suite à un crash hélicopto-téléréalito-sportif (pas moi. Allez-y préparez les cailloux, mais alors je m'en tape en fait. Hou c'est mal).

Cosette, en 4e déjà, a eu deux heures "d'éducation sexuelle" au collège, par une association extérieure à l'éducation nationale qui en fait sa spécialité. Le type qui a pris en charge le groupe de filles de sa classe a confié à la prof d'anglais qui lui disait "Si il y en a qui perturbent le cours, vous n'aurez qu'à me les envoyer en salle des profs":
"C'est pas grave, au pire je pourrai toujours les violer".
Ce qui a déclenché l'hilarité (quasi)générale (sauf de la part de Cosette qui bouffe du steak de sufragette à chaque repas depuis 13 ans). Maintenant les gamines qui se font déjà violer par un oncle ou un père indélicat savent que d'une part c'est drôlement rigolo, et que d'autre part ya vraiment pas de quoi fouetter un chat et que si elles l'ouvrent on leur rira au nez.

Cabu est toujours mort.

Alors que Marine le Pen est toujours vivante.

Mais.... en Finlande ils ont inventé le championnat de lancer de téléphones portables, et ça c'est quand même un truc qui vous réconcilie (un peu) avec la race humaine. (Dommage qu'ils aient aussi inventé le championnat de porté d'épouse, qui consiste à porter sa gonzesse en courant vite et loin, donc, comme son nom l'indique. Là on a envie de les attacher tous à des poteaux et de leur lancer très fort des téléphones portables sur la tronche).

Allez soyez pas sages.









mardi 27 janvier 2015

Sing sing

Ce jeudi venez à l'église Saint-paul Saint-Louis, rue de Rivoli, écouter ceci:


D'abord parce que ça va être très beau, ensuite parce que j'y serai et que j'aurai les poches pleines de chocolat, et enfin parce qu'il paraît que monsieur le curé a prévu un petit strip-tease pour clore le concert et que ce serait dommage de rater une si belle démonstration d'ouverture d'esprit.

(Achetez les places sur billetreduc, c'est moins cher qu'à la Fnac).

Des bises.



lundi 26 janvier 2015

Comme plein de gens ont écrit de belles choses, et des moins belles, sur Charlie.
Ça notamment, c'est bien.

Je n'ose pas apporter ma pierre vaine à l'édifice.
Je pourrais tenter de raconter, de décrire par le menu l'indignation, la tristesse, la rage, la haine, tout ce qui me traverse depuis le mercredi de Charlie, et qui traverse tellement de gens. Mettre de jolis mots dessus, filer des métaphores, tout ça. Mais bof. Je n'arrive pas à me dire que ces mots auront un sens puisque cet événement n'en a pas, au fond.

(NB: le mois d'avant au Pakistan, les talibans sont entrés dans une école et ont tué à l'arme lourde, aussi, au moins 130 enfants. Et des profs. Vous vous en souveniez? Moi j'avais oublié.)

Voilà plutôt de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.

J'avais sept ans. Nous étions en voiture avec papa, maman et ma grande soeur. Personne n'était attaché, puisque c'était les années 1970 (oui je suis si vieille que ça). Ou alors 1980, allez, en tout cas Mitterrand n'était pas encore passé par nous, les téléphones avaient des fils et on fumait dans les bagnoles. Bref. La route des vacances. Mon père était médecin, alors il s'est arrêté. Il y avait une camionnette blanche, accidentée. Nous on est restées dans la voiture, maman, ma soeur et moi. J'ai vu, au milieu de la route, par terre, une couverture marron. Sur la couverture, un enfant totalement mort. Il y en avait trois autres, morts aussi, enfin deux morts et un qui mourrait le lendemain, mais ceux-là, je ne les ai pas vus.

Chaque fois que je revois ce garçon mort sur sa couverture, je retrouve le goût de la terreur dans ma bouche. C'est un mélange de terre et de sang, et d'égoïsme forcené. Comme s'il fallait s'avaler soi-même pour ne pas se vomir. Ce jour-là j'ai su que je mourrais aussi. Ca m'a fait peur.

Mais ce ne fut pas ça, le pire. Ce cadavre me fascinait, et la fascination est une expérience positive, quelque part. Je n'étais pas au fond du gouffre de l'horreur, il restait une marge. La curiosité m'empêchait de me faire happer.

J'y suis tombée de tout mon long quand en levant les yeux j'ai vu, assise au bord de la route, la mère, la tête entre les mains.

(35 ans plus tard je n'arrive toujours pas à conduire une voiture).

A ce moment-là j'ai vu du bout des yeux le visage du vrai désespoir, si profondément intolérable qu'il en est indicible. Les mains de cette mère ne pouvaient pas le dissimuler du tout.

Mais j'avais 7 ans et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures (en ce qui me concerne vers une colonie de vacances où des monitrices sadiques nous battirent et nous humilièrent pendant trois semaines. Mais je ne vais pas le raconter tout de suite, ce serait trop de bonheur d'un coup).

Il y a des moments comme ça dans la vie, qui sont juste moches.

Voilà de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.

mardi 13 janvier 2015

lundi 12 janvier 2015

dimanche 11 janvier 2015

Charlie par le Cinéma des cinéastes

Sur l'écran, avant la projection du film.





Charlie par le fleuriste


Paris 18e.




samedi 10 janvier 2015

Charlie par Quibe


Mon cousin Quibe est dessinateur.



Toujours pas de mots.

jeudi 8 janvier 2015

Charlie par JeanNo, 2












Charlie par JeanNo

Mon Beauf d'adoption, qui n'est pas un beauf à la Cabu, a dessiné ça.









mercredi 7 janvier 2015

Charlie par Clara

Ma filleule a de l'or dans les doigts et une sensibilité hors du commun.




Elle a douze ans. (Et demi).

Message aux imbéciles.



Et Gavroche est du même avis (et dessine mieux que moi):



(Je suis Charlie)

dimanche 14 décembre 2014

Pause poésie

Je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout le temps de bloguer.

C'est ballot parce que j'avais l'intention d'écrire une longue tirade existentielle sur la digestion du confit de canard chez les loutres gersoises en préménopause, j'avais toute la doc sous la main après des mois de recherches, mon plan était fait, la conclusion toute construite dans ma tête mais j'ai pas le temps de l'écrire, j'ai trop de clients sur le feu.

À la place je vous livre une des premières fables qui berça mon enfance. C'est mon père qui me l'avait apprise je pense. C'est à lire à haute voix. Sinon ça marche pas. (Éloignez les enfants, les coincés du cul et du second degré).

Attention ça va aller très vite.


Un hanneton volage près d'une pie passa.
Mais la pie était sage, et ne le happa pas.

Moralité:
Ah! Quel bel appât que la pie n'happa pas!

(Oui c'est écrit plus gros que d'habitude, c'est pour que ça prenne plus de place, ya pas de raison, au lycée ça marchait sur les copies de français et de philo).



vendredi 24 octobre 2014

Holà....

Je viens d'entrer brutalement dans le XXIe siècle (sachant que j'étais fermement ancrée dans le XIXe duquel je refusais obstinément de sortir, séduite par les corsets, les cocotes et la syphilis créatrice sans oublier les enfants qui travaillent à la mine au lieu de faire chier à vouloir faire des ateliers théâtre à 500 euros l'année). Donc, j'ai acquis un smartphone. Et ce juste avant de partir en Andalousie, afin de m'assurer que je resterais connectée à la civilisation (=mes mails) dans cette contrée à peine effleurée par la modernité (j'étais à Marbella, longue plage de béton et de millionnaires allemandes à chienchiens, où les enseignes des banques et des agences immobilières sont en russe tant l'Espagnol s'y fait rare.)

Evidemment, l'engin a absolument refusé de fonctionner pendant tout mon séjour, m'obligeant à l'exil dans un cybercafé pour consulter mes mails.

Au bout de 3 jours de vains efforts, l'oeil convulsé, la bave aux lèvres et le coeur en tachycardie (Mon Dieu et si j'avais reçu un mail d'un prince gabonais qui m'adjurait de transférer 5000 euros sur mon compte et qu'il était trop tard pour répondre?) j'ai dégoté sur l'équivalent andalou de la Place du Tertre ("Ménou Tapas récommandé par lé guidé dé lé Routardo") un cybercafé (olé). Une fois connectada, il ne me resta plus que mes ojos pour pleurer car gmail (qu'il soit maudit jusqu'à la 7e génération) trouva hautement suspect que je tente de me connecter depuis Grenade, me soupçonna d'être un vil pirate et me demanda de confirmer mon identité en lui introduisant dans la fente le code qu'il allait envoyer à mon smartphone.

Celui-là même qui refusait de fonctionner, donc, et m'avait conduite dans le cybercafé susmentionné et subséquemment tout droit dans le mur de parpaings du désespoir.

Je cassai une ou deux chaises ("sillas" en espagnol, ne me remerciez pas) et allai visiter l'Alhambra, la mort dans l'âme et sur le trottoir:




(oui c'est pittoresque Grenade et pas du tout touristique)

À l'Alhambra, malgré mon air hagard et ma petite mine de traductrice déconnectée, j'ai fait mon premier selfie, autant que mon smartphone serve à quelque chose:



Admettez que j'étais pas fraîche.

Ça va mieux merci.

Ceci dit, après m'être cassé le cul à chercher vainement une connexion en Espagne, je suis pas passée loin de me rompre autre chose en Vendée, comme quoi ma réputation d'(a)mante religieuse n'est pas totalement sans, heu, fondement:





PS: j'ai trouvé ma tombe idéale. Je prie les rescapés de mon futur cancer de m'offrir ça quand j'aurai trépassé:


Bonne journée.




dimanche 5 octobre 2014

Du recul, toujours du recul

Je reçois en ce moment des messages venus de très très loin.

Moi qui ne crois en rien, athée convaincue, à peine passée par la case agnostique (et ce très très brièvement, du 10 au 12 janvier 1987 environ), je vois toutes mes certitudes se faire violemment ébranler.

Non, quand on meurt, réduite à l'état de sculpture façon César dans une Mercos ou à la suite d'une bruyante agonie, on ne devient pas juste un petit tas de cendres ou un morceau de chair putréfié enrobant de justesse un tas d'os jaunissant. Nous avons une âme, qui prend son envol à cheval sur notre dernier souffle, part dans un nirvana quelconque badiner avec des chérubins, et surtout, surtout, trouve un spot WiFi pour REVENIR discuter avec les heureux utilisateurs de gmail.

et je le prouve:



Eh oui, vous avez bien lu. Staline ET Lady Di m'ont écrit, à MOI, personnellement.

Staline, qui est donc âgé de 136 printemps (c'est vraiment con qu'il ne m'ait pas envoyé un selfie, je voudrais bien voir sa tête), est non seulement vivant mais il habite en France. Alors on peut dire tout ce qu'on veut sur la politique de gauche, critiquer Hollande, Valls tout ça, faut reconnaître que le fait qu'un dictateur russe de si belle prestance ait choisi notre hexagone pour profiter de sa villégiature post-mortem (alors que mon petit doigt me dit que Poutine l'aurait accueilli à bras ouverts), ça a de la gueule hein.

Quand à son altesse Lady D. , bon, elle est quand même vachement plus prévisible puisque même morte elle continue à vouloir tout déminer, ce qui tend à prouver que les morts sont monomaniaques (je dis ça mais Staline ne m'a pas confirmé dans son mail qu'il avait l'intention de massacrer des opposants par millions, alors sait-on jamais, peut-être est-il passé à autre chose).




C'est cela, oui.


Sinon j'ai lu le livre que Cosette désormais en 4e (elle chausse du 41. Ca n'a rien à voir mais j'aime bien le dire) doit étudier en cours de français. Je suis restée sur le cul d'une part parce que c'est un livre époustouflant (une toute petite nouvelle épistolaire, simple et efficace), parce que je ne l'avais jamais lu (si l'abîme culturel avait un fond j'y serais, comme il n'en a pas je continue de m'y enfoncer)  et à cause de son année d'écriture. Je vous résume (SPOILER à mort):

Ça se passe en 1933. Max Eisenstein, célibataire juif, et Martin Schulse, pas juif, marié, plein d'enfants, sont galeristes en Californie. Martin retourne vivre en Allemagne, et reste en contact avec son ami et collègue, par lettre. Outre leur amitié, ils sont liés par le secret d'une ancienne relation amoureuse entre Martin et Griselle, la soeur de Max, juive donc, qui vit en Allemagne.

Au fil de leurs échanges épistolaires, on sent rapidement la situation se tendre, Martin céder aux sirènes nazies, avant d'interdire à Max de lui écrire, pour ne pas nuire à sa situation mais aussi par conviction antisémite. Max demande tout de même à Martin de protéger sa soeur Griselle, dont il n'a plus de nouvelles: la dernière lettre qu'il lui a adressée lui est revenue arborant la mention: inconnu à cette adresse. Quand Griselle, aux abois, se présente au domicile de Martin, ce dernier lui ferme la porte au nez, la livrant de ce fait aux nazis qui l'exécutent sur le champ.

Martin relate à Max ce lynchage dans un récit lapidaire et hautain.  C'est alors que Max commence à envoyer à Martin des lettres visiblement codées, dont le contenu laisse entendre que Martin aide des juifs à s'échapper d'Allemagne afin de les soustraire à la répression nazie. Le code est grossier, sous couvert de "livraison" de peintures, pinceaux et autres matériels en relation avec la galerie, il apparaît évident que leur destinataire se livre à un trafic pour sauver des juifs, ce que viennent confirmer les quelques mots d'encouragement à la fin de chaque missive.

Martin écrit alors une lettre désespérée à Max en lui demandant d'arrêter de lui adresser ce genre de lettres, qui lui ont valu de perdre sa place, professionnellement et socialement, et d'avoir été interrogé par les autorités nazies.

Max continuera d'écrire. Sa dernière lettre lui reviendra, portant la mention: "inconnu à cette adresse." On ne saura pas, mais on se doute de ce qu'il est advenu de son ancien ami. La vengeance est consommée.

Cette nouvelle est magistralement écrite (et traduite), brève, simple, efficace, sans fioritures, et en elle-même c'est une belle œuvre littéraire. Avec le recul c'est une illustration effrayante de ce qu'allaient subir l'Europe et le reste du monde pendant les 6 années de guerre, de cette mise à nu de l'âme humaine qui allait en sublimer certains et en plonger d'autres, irrémédiablement, dans les bas-fonds de l'humanité.

Avec le recul, oui. Mais cette nouvelle date de 1938. Vous savez, à l'époque où on ne pouvait pas savoir....on ne savait pas...enfin pas grand-chose....enfin peut-être un peu mais....

Elle s'appelle (tadaaa) "Inconnu à cette adresse" et a été écrite (en mille neuf-cent trente-huit, donc, oui j'insiste, oui) par l'américaine Kressmann Taylor.

Comme disait Desproges, étonnisch, nein?

mardi 23 septembre 2014

Lila

Il m'arrive tout le temps tout un tas de trucs que je ne peux pas raconter ici, c'est agaçant.


A la limite je peux raconter des trucs qui arrivent aux autres?

Oui?
Oui.

(De l'intérêt du monologue quand même. Je ne me contredis pas souvent. En revanche je m'invective assez régulièrement).

Appelons-la Lila, puisqu'elle sentait bon.

Lila avait décidé de ne rien faire de sa vie car c'était le meilleur moyen de ne pas se planter.
Convaincue qu'elle n'était de toute façon bonne à rien, elle laissa les événements s'emparer d'elle et se laissa porter par les vagues des circonstances, sans jamais chercher à changer le cours du destin.

Cette stratégie de l'autruche passive lui rapporta un gentil mari qui n'insistait pas trop souvent sur la sodomie et deux non moins gentils enfants d'une transparence à pleurer. Un métier rasoir et des amis insipides. Tout allait bien.

Un seul hoquet dans cette vie bien rangée: un prénom peut-être un tantinet trop original.

Le gentil mari de Lila était un expert-courtier en banque de consulting. (Si ça existe. Dans ma tête ça existe). Il rapportait tous les sous nécessaires pour payer les traites de la maison, les cartables des petits et les vacances d'été.

Lila, son gentil mari et ses enfants transparents vivotaient tranquillement en attendant de devenir vieux, ridés et moches. Le travail, la famille, les vacances et la télé leur assuraient une occupation permanente et donc, le bonheur.


Un soir en rentrant du travail, Lila dans la rue fut abordée par un jeune homme très beau et très brun, aux yeux luisants. Vous êtes vraiment très belle madame, lui asséna-t-il en plongeant ses yeux de braises dans la lavasse de ses yeux à elle, avant de continuer son chemin comme si de rien n'était.

Lila qui n'avait jamais connu le moindre trouble (sauf peut-être un jour de soldes en 2003, lorsqu'elle s'était rendu compte que le manteau qu'elle avait acheté 250 euros--une folie--était désormais en vente à 95 euros), sentit sa gorge se serrer, sa poitrine s'opprimer, sa culotte s'humidifier.

Lila arrêta de manger, Lila se mit à fumer. Lila tourna le dos à son mari la nuit, et se cacha dans les toilettes pour ne pas que ses enfants la voient pleurer. Lila dépérit.

Et Lila mourut.

Et comme Lila n'était pas la Dame aux camélias, elle ne fut pas exhumée par un amoureux transi prêt à revoir son corps en décomposition, pourvu qu'il puisse la contempler encore. Elle fut incinérée et ses cendres remises par erreur à une famille ravie qui venait de perdre enfin une ancêtre à héritage, et qui la disposa sur une cheminée de marbre dans une résidence secondaire avec piscine, entre deux bougies et une photo de l'odieuse ancêtre décrépite.

Et le bel inconnu me demanderez-vous?

Il se fit payer une bière par ses potes qui l'avaient mis au défi d'aborder une inconnue fadasse et de la faire rougir.




Cette micro-nouvelle sans queue ni tête ni intérêt aucun ne vous est certainement pas offerte par Alexandre Dumas fils.






NdE: attention, trop de premier degré nuit à la santé intellectuelle. Je ne suis pas Lila. La preuve: j'ai pas la télé.