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dimanche 22 janvier 2017

Et surtout la santé

Désolée pour cette interruption de l'image et du son, mais je crois que le 7 novembre 2016 au soir, date de mon denier post ici, je me suis endormie très fort et je viens juste de me réveiller.

Dans mon rêve Trump était élu président de l'univers des États-Unis, Fillon (le gars qui a voté contre la dépénalisation de l'homosexualité en 1982) devenait le poulain de la droite et c'était tout à fait acceptable, personne ne m'offrait de chocolat à noël et je prenais quand même deux kilos en une semaine, mon compte en banque devenait tellement rouge que mon banquier se demandait si j'avais pris ma carte au PC, personne ne venait en aide aux Syriens bombardés à Alep, il faisait hyper froid et les clodos crevaient dans la rue, un uber refusait de me prendre parce que je lui demandais d'attendre trois minutes que ma fille arrive dans la nuit et le froid ("j'ai pas que ça à faire"), la dame à côté de moi au concert de Cosette ronflait comme un sonneur en plein Te Deum en dégageant des odeurs suspectes  et je devais corriger des Harlequin jusque tard dans la nuit pour joindre les deux bouts (mais assise).


Heureusement je viens de me réveiller...






mercredi 8 juin 2016

L'homme arc-en-ciel


Hervé mettait des couleurs dans la vie du quartier et dans les chouettes dessins qu’il réalisait pour tout un tas de médias. Bonbon quinqua acidulé, il était souvent planté sur le pas de sa porte le cigare au bec, toujours partant pour offrir un sourire et tailler une bavette, sa chérie à ses côté et ses gamins jamais bien loin.

C’est aussi là qu’il est mort, et il laisse un sacré putain de trou dans la butte.

Les plus gentils partent en premier, c'est parce que c’est avec eux que Dieu a envie de passer le plus de temps?

En fait non. Juste la vie est une crevarde qui frappe au hasard et en en ce moment, elle a une sacrée dent contre les crayons.

©Baudry

dimanche 3 avril 2016

Blues

Après la jupe trop courte ou trop longue, voici un nouveau moyen de reprocher leur apparence aux collégiennes: la couleur des cheveux.

Tina, élève de 3e d’un collège du Var, a été exclue de son établissement parce qu’elle avait teint ses cheveux en bleu. Elle n’a eu le droit de retourner en classe... qu’avec une perruque.

«Si nous acceptions une telle originalité, nous ouvririons la porte à un effet boule de neige que nous ne pourrions plus maîtriser» a justifié la proviseure. Et comment la blâmer? Imaginez le cataclysme, si tous les collégiens décidaient de se teindre les cheveux en bleu (ou en rose)! Les conséquences seraient catastrophiques: ils auraient tous... euh, eh bien, les cheveux bleus ou roses (ce qui ne serait plus du tout original, pour le coup.)

Pour cette cheffe d’établissement, arborer à 15 ans une tignasse d’une couleur improbable est donc une bien plus grande originalité que d’obliger une adolescente non alopécique à se coller des cheveux qui ne lui appartiennent pas par-dessus les siens pour avoir le droit d’étudier.

On cherche le rapport. Tout comme dans le cas de cette proviseure–adjointe d’un collège du 18e arrondissement qui estime, elle aussi, que les cheveux teints (en vert) «ce n’est pas une tenue pour travailler», on doit donc en conclure que la couleur de la chevelure a une incidence directe sur les facultés cognitives. Ça doit être écrit en tout petit sur les boîtes de teinture: «Effets secondaires: troubles des apprentissages, originalité, effet boule de neige, risque de ratage du brevet des collège.»

Ou alors, on peut déduire qu’encore une fois, on refuse à une femme le droit de décider à quoi doit ressembler son corps sous prétexte de ne pas perturber les convenances et l’ordre social. Qu’il convient de cacher l’expression de la liberté féminine qui n’a pas à se manifester hors des sentiers battus. Ce message sexiste vous est gracieusement délivré par les représentants de l’éducation nationale.

L’incident rappelle le film Diabolo Menthe, de Diane Kurys, où une collégienne est débarbouillée de force par sa professeure parce qu’elle a osé porter du rouge à lèvres. La scène se déroule en 1963. Un demi-siècle plus tard, quelle réponse apporter au même genre de censure?


Yaurait bien ça, par exemple....




lundi 8 février 2016

Bloody childhood

Mon fils, à chaque prise de sang, il fait un malaise.

Mais pas juste un malaise vagal, non, ce serait presque simple. Une attaque de panique aussi. Et un genre de crise de tétanie: il devient tout raide.

Il faut lui faire une prise de sang par an, c'est obligé, c'est à cause de ce qu'il a dans lui qui fonctionne pas bien, on vérifie que ce qu'on lui injecte tous les jours ça le dérègle pas, et qu'on met la bonne dose. Bref, ya pas moyen de passer à côté, faut la faire.
Le malaise de mon fils, ça commence pas quand apparaît l'aiguille. Ca commence quand on lui dit que "demain, ya prise de sang". (Note pour plus tard: peut-être ne pas lui dire avant que ce soit inévitable...)

Il commence à pouffer nerveusement. Il tombe par terre dans la cuisine, en gloussant. Il rigole, mais déjà il a pâli. Pris de faiblesse, comme quand on est en hypoglycémie ou qu'on a donné son sang. Et il glousse, bêtement, sans pouvoir s'arrêter. Blanc clair.

Le jour J il ne glousse plus. Il a l'air de penser à autre chose et puis d'un seul coup, il en parle. "C'est obligé?" "Et si on la faisait la prochaine fois plutôt?" Et il marche silencieusement vers le métro, et parfois ça sort "J'ai vraiment pas envie".

Dans le métro, on met les patchs, un à chaque bras, au cas où. Je sens bien que s'il pouvait, il en avalerait, de la crème anesthésiante, pour arrêter d'avoir peur, il s'en tapisserait bien l'intérieur de la tête. Quand je pose le patch, déjà, il tremble.

Ensuite c'est le trajet jusqu'à l'hôpital pour la consultation biannuelle, et la légèreté superficielle qui cache les vrais drames de la vie. Oui, pour moi, une prise de sang c'est rien, mais pour lui c'est un drame. C'est réel, c'est douloureux, c'est un arrachement, un vrai trou creusé dans son être, peut-être un bout de lui qu'on enlève, je sais pas. Et surtout le rappel de cette nuit d'horreur où une infirmière folle et incompétente lui avait mis un cathéter de travers et l'avait laissé pleurer de douleur une nuit entière, avec prise de sang toutes les trente minutes (salope).

La prise de sang c'est un des drames de sa vie. La consultation à l'hôpital, c'est toujours banal. Ya les dames en rose qui essaient de le prendre pour ce qu'il est (en endocrino à Necker, ya des gamins nains qui ont 14 ans et des géants qui en ont 5. Bonne chance pour s'adapter en dix minutes, et pas proposer un coloriage Hello Kitty à une bécasse de 15 piges qui mesure 1m10), et la médecin expédie avec douceur et efficacité la consulte de contrôle. Là, il essaie de négocier, toujours. C'est obligé la prise de sang?
Oui, c'est obligé, mais tu verras ça va aller vite.

A ce moment-là je vois qu'il tente de ne pas me décevoir, et qu'il fait le fier qui pense à autre chose. Peut-être même qu'il pense à autre chose, tellement il voudrait être ailleurs. On prend nos ptites étiquettes de l'APHP et on attend. Parfois, on attend plus d'une heure, parce que c'est l'hôpital et qu'il n'y a pas assez de sous pour qu'il y ait assez de personnel.

Et c'est son tour. Et il se raidit. Et on est pas arrivé au fauteuil, que déjà il tremble. Et il perd le contrôle. Il se débat, il tremble, il pâlit, il fait un malaise vagal tout en criant non non non, il est tout raide et il tremble par secousses. Et moi je dois le tenir, et l'infirmière doit le piquer. Et pendant les spasmes, pendant que ses yeux deviennent blanc de malaise, il pleure.

Moi, à chaque prise de sang de mon fils, je fais un malaise à l'intérieur.

mercredi 13 janvier 2016

racolage

Après l'agression d'un enseignant juif à Marseille, les députés Meyer Habib (UDI) et Claude Goasguen (LR) ont porté une kippa à l'assemblée (pas dans l'hémicycle quand même). Non non ce n'est pas du tout un coup de com, faut pas croire.


«Si demain, c’est un musulman, je porterai un croissant», renchérit Goasguen. «Et une croix, si c’est un chrétien», liste Habib.


Espérons que la prochaine victime ne sera pas nudiste alors.
(Et si c'est un boulanger musulman, est-ce qu'il portera un croissant ET un pain au chocolat?)

J'ai l'air énervée comme ça mais c'est juste que les politiques me les brisent à s'afficher partout telle la putain qui cherche désespérément le client (et encore j'ai vraiment  mais alors vraiment RIEN contre les putains).

La religion c'est comme la masturbation; ça se fait tout seul à la maison ou alors entre gens consentants. Mais pas devant le monde, merci, j'ai pas fini de manger.

dimanche 10 janvier 2016

Bi nerfs.


Alors nous voilà partis pour l'année des bis, apparemment. Ben oui, 2016 est bissextile il paraît (oui les combinaisons de jeux de mot grivois sont infinies, c'en est décourageant, et je me laisse décourager. Mais allez-y, vous).
Et puis il y a cette histoire de déchéance de (bi)nationalité.
Laissez-moi vous dire que je suis très déchue justement.

Evidemment je trouve ça crétin d'un point de vue strictement judiciaire, mais on l'a bien assez répété, que ça ne servait à rien dans la lutte contre le terrorisme, je ne vais pas vous faire l'affront d'en rajouter une couche (comme disait van Gogh).

Mais alors qu'un gouvernement de gauche (si, le PS c'est la gauche) tombe dans le retour de l'ordre moral à ce point, ça me dépite (comme disait Angelina).

Car qui déchoit d'habitude? Devinez qui? Les humains (soyons lucides, bien souvent les femmes hein, relisez Hugo, Sue et les autres) qui tombent dans la fange MORALE. Soit qu'elles deviennent putes ou qu'elles ne s'occupent pas de leurs marmots, ou si c'est des hommes qu'ils deviennent poivrots et du coup manquent à leurs devoirs d'époux-et-de-pères (et de soutiens de famille). Ou encore qu'ils manquent à leurs devoirs de chrétiens (parce qu'avec la religion la fête est plus folle, comme disait Charlie).

Et paf. Le ban de la société. L'excommunication. La mise à l'index. La déchéance.

C'est vrai quoi, on ne déchoit pas les animaux. On ne déchoit pas les objets. On ne déchoit pas les associations, les entreprises, les organisations, les écoles, les préfectures, les arbres, les omelettes. Non, pour déchoir il faut avoir une âme. Ou une nationalité, donc (enfin deux. Ou bien une? Nos édiles se tâtent.)

Donc voilà l'État qui décide qu'il est en droit de juger de la valeur de l'âme d'un citoyen (oui ce citoyen est dans le cas qui nous occupe un terroriste abject qu'on a très envie de pendre par les couilles. Mais justement, on ne le fait pas, parce que lui aussi a le même genre d'envie et regardez le résultat quand tout le monde laisse libre cours à ses fantasmes de vengeance? On avait dit je crois avec le contrat social et tout le bazar qu'on inventait la justice, impartiale (hum), pour régler les problèmes. Donc on ne pend personne par les couilles, et on ne laisse pas non plus des gens en massacrer d'autres impunément à la mitraillette), donc voilà l'État disais-je avant de me coller moi-même des bâtons dans la phrase, qui décide que tel citoyen est indigne est qu'il faut le déchoir.

Bon je suis linguiste, donc je manque d’objectivité, mais n’y a-t-il vraiment qu'à moi qu'il fait mal, ce verbe-là?

Dans le sens théologique, déchoir veut dire perdre l'état de grâce originel. Là ce serait l'état de français qu'on perdrait en tuant des gens de cette façon (en revanche quand on en tue parce qu'on est fou de jalousie, ou détraqué sexuel, mu par l’appât du gain ou pour voir l'effet que ça fait, ça passe. On est éventuellement condamné, mais on ne perd pas l'état de grâce originel. Ouf).

Déchoir ça veut aussi dire «tomber dans un état inférieur à celui où on était auparavant.» Donc imaginons qu'un Franco-belge commette un attentat, bim, il est déchu, il devient uniquement belge. Inférieur, donc. (Nos amis belges apprécieront).

Et alors attention, quand il est question de coller la déchéance au rencart, on la remplace par...l'indignité nationale. Là je développe où vous avez compris l'idée?

Bref, voilà le grand retour de l'ordre moral destiné à remplacer la réflexion, les remises en question du fonctionnement de notre société (parce qu'après tout, pour ceux qui décident de ce genre de connerie, elle fonctionne plutôt bien, non?)

Certes, on m’opposera que déchéance de nationalité et indignité nationale sont des expressions gravées dans le marbre de l’histoire de France, qu’il ne faut pas s’attacher aux mots, que c’est le symbole qui prime. Sauf que si on s’attache au symbole, alors force est reconnaître que c’est un symbole auquel ce sont plutôt les partis de droite, conservateurs et moralisateurs (suivez mon regard) qui sont attachés.

Outre le fait qu’un autre pays est censé récupérer un terroriste dont il n’aura que faire (on a hâte que la mesure soit votée partout, pour qu’on puisse jouer à «tu me files deux terroristes déchus je t’en rends trois»), d’un point de vue symbolique justement, c’est lourd. Je n’ai rien contre les symboles, bien au contraire. Ils sont nécessaires à nos esprits émotifs et assoiffés de jolies images unificatrices. Mais ils ne soignent pas les maux, ils ne résolvent pas les problèmes, et c’est moche de les présenter comme des solutions alors que ce ne sont que des cache-misère.
  

dimanche 6 décembre 2015

Tiens, ça sent la merde.

Régionales. Le FN à 30%?


Bon ben en attendant le retour de la peine de mort, l'interdiction de l'avortement et celle d'être noir, juif ou gouine, je vais vomir un coup moi.


lundi 3 août 2015

Pfff.

J'ai beaucoup de boulot. C'est bien. Mais du coup j'ai pas de vacances, et c'est pas bien. Mais si j'avais pas de boulot j'aurais pas de vacances non plus vu que j'aurais pas de thunes pour prendre des vacances. Donc au final je sais pas si ça vaut vraiment le coup que je bosse douze mois sur douze et 6,99 jours sur 7.

Ah ben si, ça vaut le coup puisqu'il faut que je trouve 1200 euros pour payer mon bailleur. Tous les mois. (Pour les non-Parisiens, une note en passant: social, le bailleur. Certes j'ai 150 mètres carrés avec terrasse sur le toit et piscine commune. Meuh noooon je déconne. J'ai 65m2 au premier étage plein nord. Je me plains si je veux, je sais qu'il y a pire. Ils ont qu'à ouvrir un blog et se plaindre aussi, ils verront ça défoule).

Donc je bosse pour payer un appart que je suis condamnée à ne quasi-pas quitter puisque je dois bosser pour le payer (moi aussi je m'y perds).

J'en étais là de mes réflexions au bord de la désillusion épuisée et transpirante (je chialais en marchant dans la rue, quoi), quand tout à coup je vis au bord du trottoir des livres abandonnés, de toute évidence offerts à l'avidité littéraire des passants (et ça fait deux fois en deux jours, comme quoi ya pas que les chiens, les vieux et les traductrices qui se font abandonner l'été, ya aussi les bouquins).

Je me suis dit c'est chouette, voilà un signe qu'il faut que j'arrête de chouigner, si ça se trouve ya des bouquins géniaux, de ceux qui te changent la vie ou juste te distraient quelques heures, hein, on va pas chipoter, c'est toujours ça de pris, prends le cadeau que t'offre la vie ma fille.

Je me suis approchée, et voilà donc le message moralo-remontant que m'envoyait ma bonne étoile (avant de partir se bronzer le cul sur une plage des tropiques, sûrement, la salope):


Donc là je bouffe du Crunch en sanglotant, merci la vie.


mercredi 8 juillet 2015

oh les filles

Hier soir, à 22h30, entre le Red Castle district et Montmartre sur Boboland, je me suis fait accoster par un charmant quasi-jeune homme qui, après m'avoir expliqué en quelques mots l'effet que j'exerçais sur ses sens (hémadame zêtes charmante j'adore les femmes comme vous) (notez que j'ai passé le cap de Mademoiselle vous êtes charmante, ça fiche un coup), est allé droit au but et m'a demandé avec beaucoup de politesse et une subtilité de bison est-ce que je voudrais bien monter avec lui, là, tout de suite?

Je me suis détaillée avec étonnement, car il ne me semblait pas être accoutrée d'atours indiquant la putitude (et d'ailleurs pour une fois j'avais même pas de décolleté, comme quoi la beauté--ahem--est intérieure) (et j'ai vraiment rien contre la putitude, mais bon en général ya une vitrine, et là je l'avais pas) et j'ai répondu que non ça va, pas tellement envie d'aller me faire sauter à Château Rouge en milieu de soirée dans un appartement inconnu par un type qui ne l'était pas moins.

Vous allez dire que je suis difficile, et que si ça se trouve j'aurais passé un super moment, et quand on essaie pas on peut pas savoir si on aime (ou comment les platitudes d'une banalité affligeante qu'on sert à table à nos moutards nous reviennent dans la tronche façon boomerang).

Certes.
Mais j'ai le droit de pas avoir envie?

Là j'ai eu du bol, le gars n'a pas tellement insisté. Il m'est arrivé après avoir ainsi refusé de galantes avances du même tonneau de me faire copieusement insulter, ou culpabiliser (ouais tu me connais même pas, chuis pas assez bien pour toi, etc etc).

Et c'est curieux parce que parfois, ça marche. Je veux pas dire que je suis ce genre de type (sérieux ya des filles qui les suivent gratuitement?)  Mais dans la mesure où je ne trouve rien à répondre sur le champ au type qui m'ENGUEULE parce que je ne veux pas le suivre/le sucer/prendre un café, juste après je me trouve vaguement conne, bizarrement mal à l'aise, d'avoir dû envoyer chier un type que je ne connaissais pas.

Un peu comme le jour où je me suis retrouvée nez à nez avec un mec qui me voulait vraiment beaucoup de mal, et que je me suis dit Vas-y, frappe-le, maintenant, sinon tu y passes, et qu'une petite voix dans ma tête a dit hopopopo, hé, il ne t'a ENCORE rien fait. On tape pas la première, c'est pas poli. D'abord lui, et ensuite s'il t'a pas écrasé trop fort la tête contre le mur, tu protestes.

Mais BORDEL d'où elle vient cette voix? Pourquoi on ne peut pas être à moitié aussi agressive que les types qui nous emmerdent? Comment ils ont fait, nos éducateurs, les médias, la société, pour nous garder aussi passives devant les harceleurs? Aussi désarmées devant les connards qui nous tripotent, qui nous suivent, ou qui nous harcèlent dans la rue? Quand je m'improvise un mari pour qu'on arrête de me faire chier (j'invente rien, j'ai dû le faire cette semaine ça aussi, le type il m'a suivie pendant une demi-heure sans que je m'en aperçoive et après il est venu me dire tout ce que j'avais fait pendant qu'il me suivait, où je m'étais arrêtée, ce que j'avais regardé et acheté, ce qui n'était pas du tout anxiogène) après je me sens toujours un peu coupable d'avoir menti. Ce qui est doublement dingue: premièrement de me sentir mal à l'aise d'avoir eu un comportement d'autodéfense, et deuxièmement de me sentir conne...d'avoir été mal à l'aise.


On est pas rendues, hein.


jeudi 28 mai 2015

Ça va être ta fête



"Donnez un coup de pelle à vos mômes pour leur apprendre à vous confondre avec la bonne."


En vous remerciant.


(Message sponsorisé par le comité de défense de l'avortement jusqu'au quatorzième mois).

mardi 3 février 2015

Soyons pros

Cher client,

Toi qui m'as commandé une traduction urgente, très longue, très complexe, très pamacame, à faire en un temps record juste avant noël;

Et toi, qui m'as commandé une traduction vachement intéressante mais absolument pour ce soir, demain dernier carat (9 000 mots. Pour les non-initiés, en boulangerie ça représente 14 567 croissants à enfourner, en boucherie 47 veaux trop mignons à abattre, en musique 24 opéras à composer, en proxénétisme 8 987 putes à racketer),

Et toi là-bas dans le fond qui m'as filé un communiqué de presse à traduire en 24 heures top chrono,

Vous avez vu? I made it.

Par la présente je tiens à vous informer tous les trois que suite à votre non-paiement des diverses factures que je vous ai envoyées en décembre, j'ai tué 56 chatons, vendu deux reins (pas les miens, j'ai fait des mômes c'est pas pour rien) et couché avec la charcutière.

Là je dois aller chez le dentiste et j'ai peur qu'il ne soit pas preneur de ce que j'ai à lui proposer. Ce serait sympa de me donner des sous, il paraît que ça se fait. Ou des coupons alimentaires. Un ticket restaurant? Du savon, pour rester propre et digne?

Oui je sais, j'ai l'audace de demander à être payée pour mon travail, je suis une rebelle.

Une rebelle fatiguée, quand même.


lundi 26 janvier 2015

Comme plein de gens ont écrit de belles choses, et des moins belles, sur Charlie.
Ça notamment, c'est bien.

Je n'ose pas apporter ma pierre vaine à l'édifice.
Je pourrais tenter de raconter, de décrire par le menu l'indignation, la tristesse, la rage, la haine, tout ce qui me traverse depuis le mercredi de Charlie, et qui traverse tellement de gens. Mettre de jolis mots dessus, filer des métaphores, tout ça. Mais bof. Je n'arrive pas à me dire que ces mots auront un sens puisque cet événement n'en a pas, au fond.

(NB: le mois d'avant au Pakistan, les talibans sont entrés dans une école et ont tué à l'arme lourde, aussi, au moins 130 enfants. Et des profs. Vous vous en souveniez? Moi j'avais oublié.)

Voilà plutôt de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.

J'avais sept ans. Nous étions en voiture avec papa, maman et ma grande soeur. Personne n'était attaché, puisque c'était les années 1970 (oui je suis si vieille que ça). Ou alors 1980, allez, en tout cas Mitterrand n'était pas encore passé par nous, les téléphones avaient des fils et on fumait dans les bagnoles. Bref. La route des vacances. Mon père était médecin, alors il s'est arrêté. Il y avait une camionnette blanche, accidentée. Nous on est restées dans la voiture, maman, ma soeur et moi. J'ai vu, au milieu de la route, par terre, une couverture marron. Sur la couverture, un enfant totalement mort. Il y en avait trois autres, morts aussi, enfin deux morts et un qui mourrait le lendemain, mais ceux-là, je ne les ai pas vus.

Chaque fois que je revois ce garçon mort sur sa couverture, je retrouve le goût de la terreur dans ma bouche. C'est un mélange de terre et de sang, et d'égoïsme forcené. Comme s'il fallait s'avaler soi-même pour ne pas se vomir. Ce jour-là j'ai su que je mourrais aussi. Ca m'a fait peur.

Mais ce ne fut pas ça, le pire. Ce cadavre me fascinait, et la fascination est une expérience positive, quelque part. Je n'étais pas au fond du gouffre de l'horreur, il restait une marge. La curiosité m'empêchait de me faire happer.

J'y suis tombée de tout mon long quand en levant les yeux j'ai vu, assise au bord de la route, la mère, la tête entre les mains.

(35 ans plus tard je n'arrive toujours pas à conduire une voiture).

A ce moment-là j'ai vu du bout des yeux le visage du vrai désespoir, si profondément intolérable qu'il en est indicible. Les mains de cette mère ne pouvaient pas le dissimuler du tout.

Mais j'avais 7 ans et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures (en ce qui me concerne vers une colonie de vacances où des monitrices sadiques nous battirent et nous humilièrent pendant trois semaines. Mais je ne vais pas le raconter tout de suite, ce serait trop de bonheur d'un coup).

Il y a des moments comme ça dans la vie, qui sont juste moches.

Voilà de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.

jeudi 28 août 2014

Chantons sous la pluie

Cet été j'ai eu un an de plus (oui j'aurais dû m'y attendre finalement c'est assez récurrent comme événement).

Entre autres choses intéressantes j'ai pu constater que plus je vieillis, plus les gens ont tendance à mourir autour de moi et je vais finir par me demander s'ils le font exprès ou quoi.

Là c'est encore un papa qui a fermé son parapluie (façon de parler, il pleuvait pas ce jour-là), pas le mien direz-vous, l'avantage d'être orphelin c'est que ça n'arrive qu'une fois en principe.

Celui-là est également parti brusquement, sans prévenir, il est tombé et paf. Alors c'est pas très sympa pour ceux qui avaient prévu de faire une belote à quatre le soir, mais au final c'est quand même plus souhaitable que de finir en plusieurs mois à vomir son caca sur un lit d'hôpital (youpi c'est la rentrée je suis d'humeur badine). Je dis pas ça pour consoler la veuve et les orphelins, de toute manière rien ne les consolera, ils apprendront à vivre avec--ou sans plutôt (message personnel: oui on peut, ya que Mickey qui ne peut pas vivre sans Pluto).

Alors il faut faire le deuil (comprendre chialer sa race sur le mode "mon papa est mort je le verrai plus") et puis aussi, et franchement c'est la grande baffe que j'ai prise, moi, quand ça m'est arrivé, il faut faire le deuil du père qu'on n'aura jamais. Celui qui aurait pas tant merdé sur toute la ligne. Ben c'est autrement plus difficile à vivre hein. Comme disait Anouilh: "Mourir, ce n'est rien. Commence donc par vivre, c'est moins drôle et c'est plus long."

Sinon en ce moment je chante beaucoup l'histoire d'une fille de joie qui aime sincèrement un type mais finalement il lui jette son mépris à la tronche vu que son papa à lui a dit bof, ça se fait pas trop dans la famille de s'envoyer des courtisanes, et boum du coup méga-vexée (et pas mal tuberculeuse) elle meurt. (Tu as reconnu La Schroumpfette à Saint Tropez? Mange un marteau. Tu as reconnu la Traviata? Arrête de pleurer c'est pas une vraie histoire. Dans la vraie vie les amoureu(ses)x sont toujours réuni(e)s, et ceux qui les aiment chantent de joie autour d'eux en leur jetant des cacahouètes pendant que les papillons s'envoient allègrement en l'air dans des piscines trop chlorées). (Tu y as cru? Perdu).



Billet sponsorisé par Xanax et la Maison Borniol.


PS: pour applaudir le playback de la traductrice c'est .






samedi 16 novembre 2013

À toi à moi

Cher voleur de valise,

Toi qui as trouvé que mon sac de voyage rouge à fleurs était très à ton goût, je te félicite. De toute évidence on a les mêmes, et moi aussi je le trouvais très joli. Tu n'as peut-être pas remarqué que dans la poche intérieure, il y a le plan d'une capitale européenne, je l'avais laissé exprès, en souvenir, j'aimais bien tomber dessus sans m'y attendre et retourner en pensée, un moment, dans un coin de bien-être qui ne reviendra pas,

Toi qui vas pouvoir mettre ma jupe neuve que j'avais depuis une semaine et que j'ai mise sept fois car elle avait accédé violemment au statut de jupe préférée, sauf si tu es un gars auquel cas tu vas devoir la mettre en cachette le soir devant ton miroir pour voir ce que ça fait, pour pas qu'on te jette des pierres ou que ta femme appelle sa soeur en pleurant que tu veux changer de sexe et que t'oses pas lui dire et qu'elle se doutait bien qu'il y avait quelque chose vu que tu la touchais plus depuis des mois,

Toi qui vas pouvoir aller courir avec des baskets de compète si tu chausses du 41 ou à peu près, sache que tu seras le troisième à les user, tu verras c'est de la bonne came, avec ça on n'a pas mal au dos, contrairement à celles qu'on m'a offertes depuis, qui sont plus jolies certes mais qui amortissent moins,

Toi qui vas te demander quel genre de femme met dans la même valise un tanga en dentelle verte avec beaucoup plus de dentelle que de tanga, qu'on se demande à quoi ça sert autant ne pas mettre de culotte, et un slip en coton d'une affligeante banalité,

Toi qui vas pouvoir récurer tes chiottes avec ma brosse à dents, nourrir tes pompes avec ma crème Nivea, soigner tes complexes avec mes remèdes,

Toi qui vas pouvoir porter ou offrir mon joli pull noir offert par ma meilleure amie, porté par elle puis par moi depuis au moins quinze ans, et dont je venais juste de raccommoder un accroc au coude, super fiérasse parce que ça se voyait pas du tout (tu peux chercher mon vieux, il a l'air neuf et moi j'ai l'air bien con),

Toi qui vas porter, arborer, offrir, jeter un petit bout de ma vie qu'un jour de désespoir mon karma m'a suggéré d'abandonner dans un train qui partait plus loin que moi, trouvant avec raison que décidément, j'avais déjà assez de choses à porter comme ça, et qu'il fallait m'alléger un peu,

Je ne t'en veux pas. Un jour, toi aussi tu abandonneras dans un train ou ailleurs un petit bout de ta vie et tu te diras que c'est matériel, que l'essentiel on ne peut pas te l'enlever. Même si quand même, pour la jupe, j'ai bien les boules.



Post dédié à mon Boubou, dans la valise du fond de mon coeur depuis 25 ans, je te tiens la main en pensée mon chéri.





vendredi 7 octobre 2011

Cafard, deuze.



Certains cafards sont plus faciles à éliminer que d'autres.

Et malgré les profs de littérature qui vous assènent lors d'études (sûrement) trop longues que les agonies symboliques ont un pouvoir cathartique, parfois regarder, filmer, jouir? de la destruction d'un nuisible n'a aucune résonnance sur l'état de celui dont les antennes rayent l'intérieur de l'âme, et qui pète le feu.

samedi 11 décembre 2010

Sale type

Aujourd'hui j'ai reçu UNE réponse à la demi-douzaine de lettres que j'ai envoyées il y a dix jours pour protester contre les lettres-types dont je suis inondée.

En effet, quelle que soit la nature de ma demande, de mon grief ou de mon hystérie, la mairie ne sait que me renvoyer une lettre-type.

Contexte de ma dernière missive:
Un matin je me levai aux aurores (8h39) et j'allumai mon cerveau annexe (France Inter), seule manière efficace de me connecter au monde. Mal m'en prit puisque je tombai en pleine interview de Monsieur Jean-Yves Mano, autrement connu comme monsieur l'adjoint au maire responsable du logement de Bertrand D., voire Monsieur le président de l'Opac (tiens, ça me dit quelque chose). Ce gai-luron (voir photo) se défendait, agressé par des journalistes (sont méchants ces gens, n'importe quel membre du gouvernement vous le dira) refusant de faire comme s'ils ne savaient pas que certains HLM sont occupés par des gens riches. Ou juste assez aisés pour aller ailleurs. C'est La tribune qui a craché le morceau en preum's (enfin ya moi aussi mais personne ne lit mes lettres, c'est un scandale).

Monsieur Jean-Yves Mano est bien d'accord: c'est proprement scandaleux. D'ailleurs il va faire le ménage dans tout ça, et d'ailleurs les services concernés labeurent jour et nuit pour remédier au problème.

Ca m'a un tantinet agacée, dans la mesure où moi, j'écris régulièrement à l'univers entier que je gagne trop de sous pour justifier un logement HLM et que je suis volontaire pour aller ailleurs, non, même pas dans plus grand, juste dans plus cher (et évidemment, faut pas pousser l'iguane dans la cage d'escalier non plus, plus près de l'école pendant qu'on y est). Un PLI (logement intermédiaire), quoi.
Ce qui permettait de libérer mon FANTASTIQUE (dans mon pays les majuscules sont une marque d'ironie) logement en faveur d'une famille vraiment défavorisée, vu que c'est quand même trois pièces et quand même moins de 600 euros par mois (et dans mon immeuble vous n'imaginez même pas combien certaines familles arrivent à caser de membres dans trois pièces).

Donc, reprenons, j'étais agacée.
Étant donné l'heure matinale, ma légendaire timidité et le refus catégorique de mes cordes vocales de donner de la voix avant d'avoir avalé l'ami du petit déjeuner, hors de question d'appeler France Inter pour déverser ma faconde dans l'oreille de Monsieur Mano et des milliards d'auditeurs. Donc, j'ai fait comme d'hab: j'ai écrit. A monsieur le président de l'Opac, of course, mais j'ai un peu mis en copie la terre entière (l'autre jour à la Poste l'employé, qu'il soit béni jusqu'à la douzième génération, m'a indûment refilé un carnet de timbre. J'en profite). Dont la mairie, mon interlocuteur aveugle, sourd et muet favori.

En gros, ma lettre disait ça:
Cher Monsieur Mano, moi je suis dans le cas des gens dont vous causez, je peux payer plus que mon loyer actuel et filer mon appart à des pauvres, seulement quand j'écris à ma mairie socialiste pour leur dire ils ne font rien qu'à me répondre des lettres types. Quoi faire?

J'aurais pu rajouter "et c'est pas la mairie qui me contredira", car ce matin, donc, j'ai reçu la réponse de "Le secrétaire administratif Catherine Della Valle" (on est pas très féministe de la syntaxe à la mairie du XVIIIe semble-t-il), qui me renvoie une lettre-type pour accuser réception de ma lettre me plaignant de recevoir des lettres types.

Ubu maire, vous connaissez? Merdre alors!



jeudi 2 décembre 2010

Malédiction aquatique

Après des mois et des mois de plocs du plafond, c'est le radiateur de la cuisine qui se met à goutter. Les cafards ont enfin l'eau chaude dans la douche.


Illustration: la fuite de la cuisine (ou: Chérie, le chat! On a oublié le chat!)

vendredi 9 juillet 2010

J'irai cracher sur vos baux

Voilà.
Alors j'avais trouvé un super-plan dans le privé. Dix mètres carrés de moins qu'ici, et 800 euros de plus (DE PLUS!) par mois. Mais dans ma desespérance d'épargner le (double) kilomètre quotidien à mon Gavroche aux petites pattes, dans mon fol espoir de ne pas tomber sur un cafard en allumant la lumière de la salle de bain le matin, dans mon illusion naïve de fille qui croit qu'elle peut faire grandir ses mômes ailleurs que dans l'amiante et l'odeur de sardine grillée au petit-déjeuner, j'étais PRÊTE à ne plus bouffer que des pâtes à rien et à donner des cours de gouache sur boîte de conserve aux bobos montmartrois, et j'avais dit banco. Je prends.

Et puis la réalité m'est tombée sur la gueule.

"Madame, vous n'êtes pas salariée."

Autrement dit, "Vous puez de la gueule, Morue, et auriez-vous les revenus de Bill Gates lui-même, si ya pas la signature de votre seigneurémaître, aka le PATRON, au coin de la feuille de paie, vous pouvez vous la carrer dans l'échalote et faire la danse du cerfeuil mou, on vous louera point, c'est niet."

Ô rage, ô désespoir.

Un jour je serai riche, célèbre et propriétaire foncière, et j'irai pisser dans vos boîtes aux lettres de gestionnaires de patrimoines de mes deux.