lundi 28 septembre 2015

Mots dits

Tiens, un article.

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà, craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois, et donc c'est l'heure de vous raconter une histoire.

Il était une fois un type, appelons-le Leduc, qui ne pensait qu'à tirer des coups, partout, tout le temps. (Avec des filles. Peut-être aussi des brebis ou des laies, mais l'histoire ne le dit pas. Je laisse votre imagination faire le reste). Femmes mariées, pucelles en fleur, tout ça, hop, à la casserole.

Leduc était non seulement blindé mais en plus il devait dégager des phéromones de la muerte vu que TOUTES les femmes tombaient dans son slip à peine il les avait regardées. Et pourtant, il ne se donnait même pas la peine de faire semblant d'être fidèle (il était marié) et passait son temps à confier à son meilleur pote qu'elles se valaient toutes (confidence familiale: mon papa me disait ça aussi).

Donc le gars il est jeune, riche, beau, pas de MST déclarée (et ça c'est bien un miracle), il a une COUR (parce qu'il est noble), et de vils lèche-cul qui le suivent partout en ricanant quand il arrive à se taper une vierge par surprise.

Un jour le type, il est en train de faire une mégateuf avec ses potes, ses lèche-cul de service et son bouffon personnel (car il ne se refuse rien) quand ya un vieux monsieur tout ronchon qui débarque en mode "espèce de crapaud verruqueux t'as déshonoré ma fille, à qui je vais pouvoir la vendre la marier moi maintenant".

Là les lèche-cul ricanent, Leduc s'en tamponne (il pense à sa prochaine prise) et le bouffon en profite pour se foutre abondamment de sa gueule. "T'es gentil, on tolère que ta fille se fasse déshonorer par le boss, tu viens pas nous la jouer Trierveiler, tu remercies pour ce moment et tu t'en vas, hein".

Tout le monde se marre bien mais le vieux daron prend vapeur et là, horreur, il jette une MALÉDICTION sur le bouffon.

Or la malédiction, c'est un peu comme la peste bubonique: tu sais pas trop comment ça s'attrape mais tu sais que si tu fréquentes de trop près un gars qui a des pustules, ça va pas tarder à te gratter sous les bras.

Là les lèche-cul ils rigolent plus du tout. Le type non plus, et il fait carrément arrêter le vieux gars (non c'est pas Poutine, non). Et le bouffon flippe, mais vraiment.

Mais qu'est-ce que va-t-il donc se passer après? (Roulement de tambours, grincements de dents, passage de brebis paniquée).

Vous le saurez quand j'aurai cinq minutes pour raconter la suite.

En attendant vous pouvez voir la version officielle le 5 octobre au théâtre de la porte Saint Martin à 20h (je fais de la pub si je veux, je participe à cet opéra, ya MILLE places dans ce théâtre, autant dire que vous pouvez inviter vos potes tout le monde est bienvenu, yaura des cacahouètes et des boissons fraîches).









lundi 3 août 2015

Pfff.

J'ai beaucoup de boulot. C'est bien. Mais du coup j'ai pas de vacances, et c'est pas bien. Mais si j'avais pas de boulot j'aurais pas de vacances non plus vu que j'aurais pas de thunes pour prendre des vacances. Donc au final je sais pas si ça vaut vraiment le coup que je bosse douze mois sur douze et 6,99 jours sur 7.

Ah ben si, ça vaut le coup puisqu'il faut que je trouve 1200 euros pour payer mon bailleur. Tous les mois. (Pour les non-Parisiens, une note en passant: social, le bailleur. Certes j'ai 150 mètres carrés avec terrasse sur le toit et piscine commune. Meuh noooon je déconne. J'ai 65m2 au premier étage plein nord. Je me plains si je veux, je sais qu'il y a pire. Ils ont qu'à ouvrir un blog et se plaindre aussi, ils verront ça défoule).

Donc je bosse pour payer un appart que je suis condamnée à ne quasi-pas quitter puisque je dois bosser pour le payer (moi aussi je m'y perds).

J'en étais là de mes réflexions au bord de la désillusion épuisée et transpirante (je chialais en marchant dans la rue, quoi), quand tout à coup je vis au bord du trottoir des livres abandonnés, de toute évidence offerts à l'avidité littéraire des passants (et ça fait deux fois en deux jours, comme quoi ya pas que les chiens, les vieux et les traductrices qui se font abandonner l'été, ya aussi les bouquins).

Je me suis dit c'est chouette, voilà un signe qu'il faut que j'arrête de chouigner, si ça se trouve ya des bouquins géniaux, de ceux qui te changent la vie ou juste te distraient quelques heures, hein, on va pas chipoter, c'est toujours ça de pris, prends le cadeau que t'offre la vie ma fille.

Je me suis approchée, et voilà donc le message moralo-remontant que m'envoyait ma bonne étoile (avant de partir se bronzer le cul sur une plage des tropiques, sûrement, la salope):


Donc là je bouffe du Crunch en sanglotant, merci la vie.


samedi 18 juillet 2015

Bricolages

Je ne suis pas en vacances, les vacances c'est totalement petit bourgeois.

(Si vous changez deux ou trois lettres à cette phrase, ça fait "je suis tellement dans la dèche que je vais partir en vacances de 17h à 18h30 le 15 août, probablement dans l'Intermarché climatisé du boulevard Ornano".)

En ce moment je traduis un livre (et j'arrose des plantes et je nourris des chats -- je m'entraîne à être vieille et seule, quoi) sur un film de de Palma. Du coup j'ai dû regarder ce film qui a tout un tas de mérites et un bon paquet de ressorts comiques parfaitement involontaires. Je l'ai visionné juste avant de finir de bricoler dans la chambre de Gavroche avant son retour de vacances (= poser des étagères. Avec une perceuse. A percussion. Alors que ça devrait être interdit de me mettre ce genre d'outil entre les mains, déjà quand on me donne une cuillère je me coupe).

Dans ce film il y a une jeune femme très très belle qui se fait suivre par un bon paquet de vicelards (bon ils sont deux. Mais comme disait Brassens le pluriel ne vaut rien à l'homme, et comme disait moi il vaut pas grand chose à la femme surtout si elle n'est pas consentante). Yen a un des deux qui veut sa peau. Et pour lui prouver, il essaie de la tuer avec ça:


Oui, voilà, donc une perceuse GÉANTE avec une GROSSE mèche (pas du tout phallique non non) et il lui met des ptits coups, hop un ptit coup dans le ventre, et hop un ptit coup dans le dos, jusqu'à ce que finalement il la fasse tomber par terre et là

(Ma fille lit ce blog. Ma chérie s'il te plaît arrête de lire et regarde plutôt ça.)

(Oui je sais, ma fille a 14 ans et c'est peut-être un peu tôt pour lui faire découvrir ces histoires de lapins mais un jour il faut se colleter avec la réalité).


il lui transperce le ventre et emporté par son enthousiasme il transperce aussi le plancher, à la grande joie du deuxième vicelard occupé à se faire bouffer par un chien à l'étage du dessous qui voit la mèche de la perceuse traverser le plafond et une douche de sang tomber à deux mètres de sa tronche (évidemment il était amoureux de la fille au trou, ce qui ne fait que rendre la situation plus cruelle) (d'un autre côté c'est un peu le plus grand looseur de l'année donc on a du mal à s'apitoyer).

Bref ça aurait été un film pioché au hasard j'aurais arrêté dès le premier chatouillis à coup de perceuse mais là je DEVAIS regarder, j'ai donc tout vu, un coussin serré sur le ventre, en hurlant encore plus fort que la fille trucidée (et les filles trucidées des années 80 elles criaient fort).

Ensuite c'était fini, le héros-looseur avait un sursaut de lucidité et comprenait qu'on s'était foutu de sa gueule, et trois ou quatre incohérences plus tard (le méchant tue une autre fille qui se réveille au bord de sa tombe puis se rendort dans sa tombe puis se réveille quand le gentil lui tombe dessus et croit que c'est lui le méchant mais heureusement le chien du méchant saute sur le méchant alors que c'est son maître et qu'il y a un quart d'heure il voulait bouffer le gentil et tout finit par des chansons) (bon ça a l'air nul comme ça mais c'est pas mal dans l'ensemble, notamment parce que ça parle aussi beaucoup de sexe et de masturbation féminine ce qui est extrêmement rare dans le cinéma américain de l'époque--même si évidemment c'est vu uniquement sous l'angle du voyeurisme par un spectateur masculin, faut pas déconner avec ça), trois ou quatre incohérences plus tard donc (cette phrase est beaucoup trop longue) il se tape enfin la blonde.

Et moi je peux finir de bricoler dans la chambre de Gavroche. À la perceuse.


Et incidemment, tant qu'à baigner dans une marre de sang et puisqu'on ne se lasse pas de parler de règles, j'ai l'habitude de regretter que les pubs pour protections féminines soient connes et utilisent du liquide bleu, tout ça.


Et puis j'ai vu cette pub, et je me suis dit que finalement, c'était ptête mieux qu'on reste un peu sur le liquide bleu et les nénettes à qui le dérèglement hormonal donne des envies incoercibles de danser en justaucorps blancs sur la plage et de caresser des chats, plutôt que d'utiliser les règles pour humilier encore un peu plus les femmes et leur montrer à quel point leur corps est dégueulasse:


Ce post parfaitement aléatoire vous est offert par  Intermarché et l'association des amis des parenthèses.

mercredi 8 juillet 2015

oh les filles

Hier soir, à 22h30, entre le Red Castle district et Montmartre sur Boboland, je me suis fait accoster par un charmant quasi-jeune homme qui, après m'avoir expliqué en quelques mots l'effet que j'exerçais sur ses sens (hémadame zêtes charmante j'adore les femmes comme vous) (notez que j'ai passé le cap de Mademoiselle vous êtes charmante, ça fiche un coup), est allé droit au but et m'a demandé avec beaucoup de politesse et une subtilité de bison est-ce que je voudrais bien monter avec lui, là, tout de suite?

Je me suis détaillée avec étonnement, car il ne me semblait pas être accoutrée d'atours indiquant la putitude (et d'ailleurs pour une fois j'avais même pas de décolleté, comme quoi la beauté--ahem--est intérieure) (et j'ai vraiment rien contre la putitude, mais bon en général ya une vitrine, et là je l'avais pas) et j'ai répondu que non ça va, pas tellement envie d'aller me faire sauter à Château Rouge en milieu de soirée dans un appartement inconnu par un type qui ne l'était pas moins.

Vous allez dire que je suis difficile, et que si ça se trouve j'aurais passé un super moment, et quand on essaie pas on peut pas savoir si on aime (ou comment les platitudes d'une banalité affligeante qu'on sert à table à nos moutards nous reviennent dans la tronche façon boomerang).

Certes.
Mais j'ai le droit de pas avoir envie?

Là j'ai eu du bol, le gars n'a pas tellement insisté. Il m'est arrivé après avoir ainsi refusé de galantes avances du même tonneau de me faire copieusement insulter, ou culpabiliser (ouais tu me connais même pas, chuis pas assez bien pour toi, etc etc).

Et c'est curieux parce que parfois, ça marche. Je veux pas dire que je suis ce genre de type (sérieux ya des filles qui les suivent gratuitement?)  Mais dans la mesure où je ne trouve rien à répondre sur le champ au type qui m'ENGUEULE parce que je ne veux pas le suivre/le sucer/prendre un café, juste après je me trouve vaguement conne, bizarrement mal à l'aise, d'avoir dû envoyer chier un type que je ne connaissais pas.

Un peu comme le jour où je me suis retrouvée nez à nez avec un mec qui me voulait vraiment beaucoup de mal, et que je me suis dit Vas-y, frappe-le, maintenant, sinon tu y passes, et qu'une petite voix dans ma tête a dit hopopopo, hé, il ne t'a ENCORE rien fait. On tape pas la première, c'est pas poli. D'abord lui, et ensuite s'il t'a pas écrasé trop fort la tête contre le mur, tu protestes.

Mais BORDEL d'où elle vient cette voix? Pourquoi on ne peut pas être à moitié aussi agressive que les types qui nous emmerdent? Comment ils ont fait, nos éducateurs, les médias, la société, pour nous garder aussi passives devant les harceleurs? Aussi désarmées devant les connards qui nous tripotent, qui nous suivent, ou qui nous harcèlent dans la rue? Quand je m'improvise un mari pour qu'on arrête de me faire chier (j'invente rien, j'ai dû le faire cette semaine ça aussi, le type il m'a suivie pendant une demi-heure sans que je m'en aperçoive et après il est venu me dire tout ce que j'avais fait pendant qu'il me suivait, où je m'étais arrêtée, ce que j'avais regardé et acheté, ce qui n'était pas du tout anxiogène) après je me sens toujours un peu coupable d'avoir menti. Ce qui est doublement dingue: premièrement de me sentir mal à l'aise d'avoir eu un comportement d'autodéfense, et deuxièmement de me sentir conne...d'avoir été mal à l'aise.


On est pas rendues, hein.


dimanche 28 juin 2015

Agenda

Cette semaine j'ai vécu de grandes choses.

D'abord suite à une trad j'ai eu drôlement envie d'essayer une coupe menstruelle. C'était à la fois comique et terrifiant. Comique parce que une espèce de soucoupe volante en silicone c'est un truc que j'avais encore pas songé à me mettre dans le vagin. L'idée était plaisante en soi. Mais surtout, la chose a en fait une réelle autonomie (désolée si vous n'avez pas de vagin ça ne va pas vous chauffer la nouille mon histoire, allez lire un article sur les torsions testiculaires en milieu imposé et revenez dans trois paragraphes) et dès qu'elle est introduite dans son milieu naturel elle se tire vers l'inconnu et au-delà.

Ce qui fait que le soir, pour l'enlever, faut enfoncer le bras jusqu'au coude façon vétérinaire vérifiant la position du veau avant la poussée (je sais de quoi je parle, j'en ai vu en vrai). Et la première fois je me suis dit bon sang, elle s'est barrée dans les trompes je vais être siliconnée du follicule mais en fait non, car le col de l'utérus étant une divine invention, il fait barrage.

Invention divine, mais lointaine quand même. Du coup pour choper la coupelle faut quand même être assez souple et ne pas avoir les ongles trop longs (mais aïe). Et une fois qu'on l'atteint non non non, c'est pas fini, faut faire un APPEL D'AIR sinon ça fait ventouse.

(Je vous laisse une minute pour réfléchir aux conséquences d'une traction sur ventouse posée sur le col de l'utérus. Tirez un grand coup, et tout le paquet est livré en une fois. Stérilet? Check. Trompes? Check. Et le bout là c'est quoi? Ovaire gauche à vue de nez.)

Bon en vrai le prolapsus est peu probable (attention dernier appel pour les âmes sensibles, il est encore temps d'aller regarder un épisode de Candy plutôt), mais si on peut pas faire appel d'air parce que ça GLISSE bordel, alors ça sort en explosant.



Oui, voilà, Stephen King dans tes chiottes.

Donc que du bonheur.
Comme j'ai vachement aimé l'expérience, j'ai recommencé tous les jours (et investi dans un karcher).

Au final c'est quand même économique/logique et pratique et bref, j'ai décidé que je gardais le machin jusqu'à la fin de ma vie utérine active.

A la fin de mon cycle j'ai bien fait comme ils disent sur la boîte, je l'ai fait bouillir pour le stériliser.

Et comme je l'ai oubliée dans la casserole, la chose a totalement fondu.

Donc ça, c'est réglé.

Ensuite, je suis allée travailler pendant deux jours dans les locaux de Libé et pour une fois j'aurais pu avoir le journal gratuit mais c'est con, chuis abonnée, ça sert à rien. J'ai traduit des trucs top-secrets, j'avais l'impression d'être une James Bond girl mais pas en maillot de bain, avec vingt kilos de plus et une coupe menstruelle dans la chatte.

Ensuite je suis allée interviewer une dame trans qui en l'espace d'une heure de discussion a réussi à me montrer une fois son soutif et environ douze fois sa petite culotte (quand je dis petite c'est une façon de parler). Elle était charmante, hyper serviable et absolument exhibitionniste. Pour une première interview de ma vie j'étais pas du tout mal à l'aise.

Enfin j'ai failli me faire arnaquer par un potentiel client qui veut me payer une trad de plus de 200 pages en feuillets mais sans les espaces.
(NB: un feuillet c'est 1500 signes espaces comprises. (NNB: oui espace c'est féminin en typo. Ne me remerciez pas c'est cadeau).)
Donc j'hésite entre l'envoyer bouler et faire la trad en lui rendant 200 pages sans le moindre espace. Un seul mot, de 200 pages. Ça ferait un truc dans ce genre-là mais fois des millions:
bonjourjenaimarrequ'onmeprennepourunepoireessaieencoredemarnaqueretjeviensvidermacoupemenstruelledanstonpotàcrayons.

Jmetâte.

jeudi 28 mai 2015

Ça va être ta fête



"Donnez un coup de pelle à vos mômes pour leur apprendre à vous confondre avec la bonne."


En vous remerciant.


(Message sponsorisé par le comité de défense de l'avortement jusqu'au quatorzième mois).

mercredi 27 mai 2015

Chante et tais-toi

J'ai tenté une nouvelle chorale (dans celle d'avant je ne faisais pas le poids, quand le corps râle faut se faire une raison. Surtout quand c'est le mien).

Tout bien sur le papier: quasiment à proximité, répètes les jours idoines, répertoire hispano-russo-basque, un chef de choeur presque neuf et, cerise sur le gaspacho, une bouffe bien arrosée au moins une fois par mois après les vocalises.

Quand je suis arrivée ils n'étaient que cinq et ils étaient tous mâles. En entrant j'ai entendu comme des borborygmes: c'était leur reste de testostérone qui tentait quelques bulles, avant de retomber car c'était l'heure de la sieste.

Ils avaient tous cent ans.

Qu'importe me dis-je, je ne suis pas gérontophobe, on est tous le vieux de quelqu'un, j'ai beau être insensible au charme du papy qui se ratisse les quatre mèches qui lui restent en travers de l'occiput pour faire croire qu'il y a encore du monde, si ça se trouve il chante comme un dieu et je ne vais plus vouloir repartir.

Quand l'effectif fut au complet, trois dames nous avaient rejoints, dont une, au sourire angélique et aux yeux pétillants, devait être la grand-mère de Jane Calment.

Elle m'expliqua avec douceur qu'ici on était bien traitées, nous les dames, car on n'était pas nombreuses et que les hommes étaient bien galants et aux petits soins (miam). Ce qui un instant m'a laissé penser que chez elle, ça n'avait dû être le cas tous les jours.

Le chef de choeur, un bébé d'une trentaine d'années, nous fit chanter du basque à gorge déployée, le petit jeune de la bande (mon âge et quelques) dont l'étonnante tessiture m'accompagnait dans les aigus s'étant placé à côté de moi pour que je suive, et c'était bien.

(Quand même je jetais régulièrement des regards inquiets vers ma voisine, l'unique autre soprano, qui tanguait dangereusement à chaque projection vocale. Elle tenait bravement le coup.)

Ensuite on m'expliqua que pour les dîners, les femmes faisaient à manger et que les hommes apportaient à boire.

Enfin quand j'ai voulu ranger des chaises on s'interposa: il y avait des hommes pour ça. Quand j'ai répliqué que j'étais une femme moderne et que ça me donnait le droit de soulever une chaise ou deux (surtout étant donné que ma masse musculaire pourtant assez indigente dépassait de loin celle du papy suant qui tentait de défendre sa position de mâle dominant), j'ai eu l'impression d'avoir dit que non de dieu de bordel de bite tire-toi de mon chemin ou je te fais bouffer tes couilles (je vous jure que c'est pas DU TOUT ce que j'ai dit).

Moi qui croyais avoir fait une incursion dans le XVIe arrondissement, en fait je venais de m'égarer dans les années 1950.

J'ai donc pris congé de cette charmante compagnie bien décidée à ne pas y remettre les cordes vocales. Sans rancune, hein, car ils étaient tous absolument charmants et indubitablement fossilisés dans des coutumes d'un autre âge, d'une autre vie, que je ne connais que trop bien et que je n'ai de cesse de fuir. Celles qui veulent qu'une femme soit à la fois une petite chose charmante, fragile et douée pour la popote, cette mentalité rance qui prend le prétexte de la protection des unes par les autres pour les soumettre, se soustraire à toute empathie (ma femme n'a pas eu tellement mal en accouchant!!!), et ne surtout pas leur laisser la parole.

Bref j'ai bien rigolé et je suis retournée compulser les petites annonces de chorales qui cherchent des choristes.

J'en ai trouvé une de lesbiennes. A suivre.