Cher client,
Toi qui m'as commandé une traduction urgente, très longue, très complexe, très pamacame, à faire en un temps record juste avant noël;
Et toi, qui m'as commandé une traduction vachement intéressante mais absolument pour ce soir, demain dernier carat (9 000 mots. Pour les non-initiés, en boulangerie ça représente 14 567 croissants à enfourner, en boucherie 47 veaux trop mignons à abattre, en musique 24 opéras à composer, en proxénétisme 8 987 putes à racketer),
Et toi là-bas dans le fond qui m'as filé un communiqué de presse à traduire en 24 heures top chrono,
Vous avez vu? I made it.
Par la présente je tiens à vous informer tous les trois que suite à votre non-paiement des diverses factures que je vous ai envoyées en décembre, j'ai tué 56 chatons, vendu deux reins (pas les miens, j'ai fait des mômes c'est pas pour rien) et couché avec la charcutière.
Là je dois aller chez le dentiste et j'ai peur qu'il ne soit pas preneur de ce que j'ai à lui proposer. Ce serait sympa de me donner des sous, il paraît que ça se fait. Ou des coupons alimentaires. Un ticket restaurant? Du savon, pour rester propre et digne?
Oui je sais, j'ai l'audace de demander à être payée pour mon travail, je suis une rebelle.
Une rebelle fatiguée, quand même.
mardi 3 février 2015
mardi 27 janvier 2015
Sing sing
Ce jeudi venez à l'église Saint-paul Saint-Louis, rue de Rivoli, écouter ceci:
D'abord parce que ça va être très beau, ensuite parce que j'y serai et que j'aurai les poches pleines de chocolat, et enfin parce qu'il paraît que monsieur le curé a prévu un petit strip-tease pour clore le concert et que ce serait dommage de rater une si belle démonstration d'ouverture d'esprit.
(Achetez les places sur billetreduc, c'est moins cher qu'à la Fnac).
Des bises.
D'abord parce que ça va être très beau, ensuite parce que j'y serai et que j'aurai les poches pleines de chocolat, et enfin parce qu'il paraît que monsieur le curé a prévu un petit strip-tease pour clore le concert et que ce serait dommage de rater une si belle démonstration d'ouverture d'esprit.
(Achetez les places sur billetreduc, c'est moins cher qu'à la Fnac).
Des bises.
lundi 26 janvier 2015
Comme plein de gens ont écrit de belles choses, et des moins belles, sur Charlie.
Ça notamment, c'est bien.
Je n'ose pas apporter ma pierre vaine à l'édifice.
Je pourrais tenter de raconter, de décrire par le menu l'indignation, la tristesse, la rage, la haine, tout ce qui me traverse depuis le mercredi de Charlie, et qui traverse tellement de gens. Mettre de jolis mots dessus, filer des métaphores, tout ça. Mais bof. Je n'arrive pas à me dire que ces mots auront un sens puisque cet événement n'en a pas, au fond.
(NB: le mois d'avant au Pakistan, les talibans sont entrés dans une école et ont tué à l'arme lourde, aussi, au moins 130 enfants. Et des profs. Vous vous en souveniez? Moi j'avais oublié.)
Voilà plutôt de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
J'avais sept ans. Nous étions en voiture avec papa, maman et ma grande soeur. Personne n'était attaché, puisque c'était les années 1970 (oui je suis si vieille que ça). Ou alors 1980, allez, en tout cas Mitterrand n'était pas encore passé par nous, les téléphones avaient des fils et on fumait dans les bagnoles. Bref. La route des vacances. Mon père était médecin, alors il s'est arrêté. Il y avait une camionnette blanche, accidentée. Nous on est restées dans la voiture, maman, ma soeur et moi. J'ai vu, au milieu de la route, par terre, une couverture marron. Sur la couverture, un enfant totalement mort. Il y en avait trois autres, morts aussi, enfin deux morts et un qui mourrait le lendemain, mais ceux-là, je ne les ai pas vus.
Chaque fois que je revois ce garçon mort sur sa couverture, je retrouve le goût de la terreur dans ma bouche. C'est un mélange de terre et de sang, et d'égoïsme forcené. Comme s'il fallait s'avaler soi-même pour ne pas se vomir. Ce jour-là j'ai su que je mourrais aussi. Ca m'a fait peur.
Mais ce ne fut pas ça, le pire. Ce cadavre me fascinait, et la fascination est une expérience positive, quelque part. Je n'étais pas au fond du gouffre de l'horreur, il restait une marge. La curiosité m'empêchait de me faire happer.
J'y suis tombée de tout mon long quand en levant les yeux j'ai vu, assise au bord de la route, la mère, la tête entre les mains.
(35 ans plus tard je n'arrive toujours pas à conduire une voiture).
A ce moment-là j'ai vu du bout des yeux le visage du vrai désespoir, si profondément intolérable qu'il en est indicible. Les mains de cette mère ne pouvaient pas le dissimuler du tout.
Mais j'avais 7 ans et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures (en ce qui me concerne vers une colonie de vacances où des monitrices sadiques nous battirent et nous humilièrent pendant trois semaines. Mais je ne vais pas le raconter tout de suite, ce serait trop de bonheur d'un coup).
Il y a des moments comme ça dans la vie, qui sont juste moches.
Voilà de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
Ça notamment, c'est bien.
Je n'ose pas apporter ma pierre vaine à l'édifice.
Je pourrais tenter de raconter, de décrire par le menu l'indignation, la tristesse, la rage, la haine, tout ce qui me traverse depuis le mercredi de Charlie, et qui traverse tellement de gens. Mettre de jolis mots dessus, filer des métaphores, tout ça. Mais bof. Je n'arrive pas à me dire que ces mots auront un sens puisque cet événement n'en a pas, au fond.
(NB: le mois d'avant au Pakistan, les talibans sont entrés dans une école et ont tué à l'arme lourde, aussi, au moins 130 enfants. Et des profs. Vous vous en souveniez? Moi j'avais oublié.)
Voilà plutôt de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
J'avais sept ans. Nous étions en voiture avec papa, maman et ma grande soeur. Personne n'était attaché, puisque c'était les années 1970 (oui je suis si vieille que ça). Ou alors 1980, allez, en tout cas Mitterrand n'était pas encore passé par nous, les téléphones avaient des fils et on fumait dans les bagnoles. Bref. La route des vacances. Mon père était médecin, alors il s'est arrêté. Il y avait une camionnette blanche, accidentée. Nous on est restées dans la voiture, maman, ma soeur et moi. J'ai vu, au milieu de la route, par terre, une couverture marron. Sur la couverture, un enfant totalement mort. Il y en avait trois autres, morts aussi, enfin deux morts et un qui mourrait le lendemain, mais ceux-là, je ne les ai pas vus.
Chaque fois que je revois ce garçon mort sur sa couverture, je retrouve le goût de la terreur dans ma bouche. C'est un mélange de terre et de sang, et d'égoïsme forcené. Comme s'il fallait s'avaler soi-même pour ne pas se vomir. Ce jour-là j'ai su que je mourrais aussi. Ca m'a fait peur.
Mais ce ne fut pas ça, le pire. Ce cadavre me fascinait, et la fascination est une expérience positive, quelque part. Je n'étais pas au fond du gouffre de l'horreur, il restait une marge. La curiosité m'empêchait de me faire happer.
J'y suis tombée de tout mon long quand en levant les yeux j'ai vu, assise au bord de la route, la mère, la tête entre les mains.
(35 ans plus tard je n'arrive toujours pas à conduire une voiture).
A ce moment-là j'ai vu du bout des yeux le visage du vrai désespoir, si profondément intolérable qu'il en est indicible. Les mains de cette mère ne pouvaient pas le dissimuler du tout.
Mais j'avais 7 ans et nous sommes repartis vers de nouvelles aventures (en ce qui me concerne vers une colonie de vacances où des monitrices sadiques nous battirent et nous humilièrent pendant trois semaines. Mais je ne vais pas le raconter tout de suite, ce serait trop de bonheur d'un coup).
Il y a des moments comme ça dans la vie, qui sont juste moches.
Voilà de quoi, brièvement, ma tristesse fut cousine un instant.
mardi 13 janvier 2015
lundi 12 janvier 2015
dimanche 11 janvier 2015
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