samedi 15 mars 2014

Non-pub et trad

Aujourd'hui j'ai voulu faire ma parisienne branchée de gauche et aller bosser au café. Pour écrire de vrais trucs qui font mal à la tête, des trucs sérieux qui demandent que je me plonge à l'intérieur de moi-même sans que le chat, le canapé, Breaking Bad ou autre inférence intempestive ne me donne un prétexte trop facile pour me livrer à la procrastination (le simple fait que je puisse utiliser ce mot me propulse automatiquement dans la catégorie bobo qui se la pète, je sais. J'assume).

Ca faisait un moment que j'avais envie d'aller dans un café qui était apparu dans une de mes traductions, et dont la description avait fait baver d'envie l'accro à la caféine qui vit ma vie à ma place.
J'ai donc traversé tout mon arrondissement (qui est vachement grand) à pied (qui sont vachement grands aussi mais ça fait pas avancer plus vite hélas), ordi sous le bras (c'est lourd) et vaguement inquiète à l'idée d'avoir laissé mon inspiration à la maison (où elle regarde peut-être le rugby avec mon fils) et je suis allée au café Lomi. Je m'attendais je ne sais pourquoi à une ambiance un peu intello, beaucoup bobo, tranquilou bilou, peut-être quelques familles à jeunes zenfants venues écluser leur samedi après-midi en buvant un moka cher avant d'aller voir un groupe indé au 104, le tout baignant dans de divins effluves de café.

En fait c'est pas du tout ça. C'est une espèce de cantine certes maxi-bobo avec quelques petites tables prises d'assaut et une grande où sont installés des accros à la tablette ou au mac, le moka est à 5 euros 50 (PUTAIN!) et la bande son est infâme. Ce qui ne serait pas si grave si elle n'était pas si forte. A fond en fait. C'est un genre de rap (je déteste le rap. Je trouve que c'est une mauvaise excuse utilisée par des non-chanteurs qui se roulent dans la joie enfantine de dire des gros mots que maman ne veut pas entendre à la maison) très TRÈS TRÈS FORT. Naturellement, on ne s'entend pas parler, du coup les clients sont obligés de crier. J'ai regretté tout de suite de m'être assise mais je n'ai aucun courage social et les serveurs sont hélas d'une grande rapidité. J'ai donc commandé un moka (qui est bof) et j'ai demandé au serveur prépubère venu me l'apporter si la bande son allait baisser un peu de volume à un moment?

Excuse me, do you speak English? Il m'a répondu. Demande plutôt cocasse entre Marcadet-Poissonnier et Marx Dormoy, vous en conviendrez. Il se trouve que yes I do, j'ai donc réitéré en anglais, et il m'a répondu que non non, on n'allait pas baisser le son pour un petit moment.

Je n'ai donc aucun espoir de travailler (là ya de la corne de brume dans la chanson, ok je le concède, les rappeurs ont de l'idée). Mon cerveau a commencé à saigner, mes oreilles pleurent des larmes de cire, mon estomac proteste contre le moka qu'il hésite à renvoyer en cuisine, bref j'étais en forme ya vingt minutes et là j'ai l'impression de sortir d'un concert de Sexion d'Assaut--ou plutôt de ne pas réussir à en sortir.

Sinon cette semaine je me suis renseignée sur les tarifs des agences de traduction. Ca fait déjà quelques années que j'ai compris que j'avais pas du tout pris la route du bonheur financier dans le choix de ma carrière, mais là je crois j'ai touché le fond de la fange du n'importe quoi esclavagiste. J'ai découvert des boîtes de trad qui proposent de payer rien moins que UN centime le mot (pour les non-initiés, en-deçà de 10 centimes le mot on peut commencer à parler de vol. Du traducteur, s'entend....). Sachant qu'un traducteur pro qui ne compte pas ses heures traduit en moyenne 2000 mots par jour, ça permet de gagner 20 euros la journée quand même. Soit 100 euros par semaine, ou 400 euros (et des brouettes!) par mois. Ma foi c'est bien honnête pour des journées de huit heures et des bac + 5....

(Ah, et c'est du brut, hein, évidemment. Hahaha. Achevez-moi).

J'imagine que ces boîtes proposent 1 centime le mot parce qu'elles ne peuvent pas payer moins? Un petit coup de main alors: pourquoi pas 1 centime les cinq mots? Pourquoi pas payer en cacahouètes directement?


© http://pinuptranslator.tumblr.com/




mercredi 26 février 2014

Une cuillerée pour Papa (II)



Le cercueil semblait tout petit—pourtant c’était pas un avorton. Je n’aurais pas vu mon père mort. Ma sœur l’avait demandé aux pompes funèbres, mais ils lui avaient déconseillé. Je l’ai su parce que c’est moi qui ai réglé les détails des funérailles, et que le croque-mort approximatif et provincial que j’avais eu au téléphone m’avait confié avec une touchante délicatesse « Vot’sœur elle a voulu voir le corps mais j’y ai dit non, il est pas beau, c’est qu’il est tout bleu là» juste avant de me dire «bon finalement pour le cercueil j’y ai mis la taille au-dessus, parce qu’il est costaud l’papa ! ».
Ya pas à dire, cet homme-là savait parler aux orphelines.

On a posé des fleurs et des photos sur le cercueil premier prix où reposait mon père bleu et on est sortis de la pièce. Et là, les portes du four vomissant les flammes de l’enfer se sont ouvertes et l’ont avalé, faisant éclater le bois et exploser le corps de mon père gorgé de whisky et de cachetons (non mais là j’invente, suivez un peu je viens de dire qu’on était sortis de la pièce).

Après la crémation, le croque-mort en chef et sa mine de circonstance se sont approchés de nous avec une boîte en carton. Là, il y a eu comme un mouvement de groupe mais psychologique, quand tout le monde fait un pas en arrière virtuel et qu’il n’en reste qu’un. Il s’est tourné vers moi et m’a mis le carton dans les bras. Je portais mon père, tiède foncé, dans mes bras, et il ne pesait rien.
Quelqu’un m’a dit il n’y a pas longtemps qu’on reconnaît l’adulte dans une famille : c’est celui à qui on donne les cendres.

Quand nous sommes allés à la rivière, mon frère a plongé les mains dans les cendres et jeté deux poignées à la flotte.

Chez lui, j'ai transvasé ce qu'il restait de mon père dans un pot à confiture parce que cette urne bordeaux (quelle couleur vous la voulez l'urne? Ah non rien à foutre on a pas comme couleur, bordeaux ça vous irait?) était vraiment trop moche. Et puis une urne sur la cheminée, c'est tellement convenu. 

Dix piges plus tard, Papa encombrait donc encore nos étagères mentales et surtout, de placard.

J’ai mis le pot de Nutella au fond de ma valise. Le flacon en plastique dans un gant de toilette. Si on me confisque le pot à l’aéroport, il me restera toujours ça. Et j’ai pris deux avions.

Une soirée dans un port italien. Balade seule sur les quais. Il fait chaud. Je mange des pâtes aux coquillages, seule au restaurant de l'hôtel. Ca sent la mer et les vacances. Mais j'ai un macchabée dans ma valise.
Une nuit d’hôtel.
Un bateau à l'aube.
Et j'ai débarqué sur une île qui n’est en réalité qu’un cratère en érection au milieu de la mer.

C’est là que j’ai commencé à être malade.
Il fait trente degrés, le soleil tape. J’ai des chaussures de marche toutes neuves, un sac à dos avec de l’eau, des biscuits, un gros pull et un k-way. Et Papa dans son pot de Nutella. J’ai mal au ventre. Je suis restée pliée en deux sur les chiottes pendant des plombes dans mon joli hôtel. Exactement comme quand, petite, on me prévenait que j’allais aller chez Papa pour le week-end. La peur. Qu’est-ce qu’il va encore se passer comme catastrophe. Et tes tripes qui se tordent pour que tu n’y ailles pas, mais petite c’est pas moi qui décidais. Fallait y aller.

J’ai 39 ans, et faut y aller. Le rendez-vous au pied du volcan, la marche qui commence, le guide est obligatoire. Un devant, un derrière, et un groupe hétéroclite au milieu. J’ai pas tellement envie de parler, j’ai un dialogue intérieur avec mon père (« ta gueule c’est moi qui décide maintenant ») et avec mes tripes (« vos gueules j’irai au bout même si je dois gerber dans le cratère »).

Au début, balade. Au bout d’un heure ça devient sportif. C’est marrant comme lever les genoux sur les cailloux ça peut être fatiguant. Mais pas insupportable. Je m’en fous je monte. J’ai mal au bide. Papa ricane dans mon dos. Ferme-la ou je te maudis jusqu’à la septième génération. Et merde....

Trois heures plus tard, on est en haut. Sur une crête. Le vent souffle comme si c’était l’hiver, le sol est en cendre, elle vole et cingle la peau, on devient tous un peu gris. Je me sépare du groupe et pars à l’abri d’une grosse pierre. Je sors mon pot de mon sac à dos. Je ne pleure pas, je ne tremble pas, je vide la poussière de mon père sur les cendres du volcan qu’il a follement aimé et gravi tant de fois. Les cendres claires se mélangent aux cendres gris foncé du Stromboli. Et là, comme mon frère, je les mélange avec les mains, je chuchote au revoir, Papa, je me redresse et je sors de derrière mon caillou sous les yeux ébahis de mon guide qui doit penser que je suis allée pisser en douce et ces Françaises n’ont pas de pudeur.

Je me suis assise à côté des autres devant les cratères bouillonnant et crachant, j'ai regardé ce spectacle fou et je me suis rendu compte que la nuit était tombée, et qu'il faisait très froid.

Le lendemain matin, avant de reprendre un bateau pour ma vie, je me suis baignée dans la Méditerranée. Je n’avais plus mal au ventre. J’avais laissé dix tonnes de casseroles, de souvenirs dégueulasses, de larmes, de cris et de terreurs d’enfants tout en haut du volcan. J’avais la sensation concrète d’avoir, seule, jeté à la fois dans les enfers de lave mon cauchemar paternel, et d’avoir fait la paix avec son souvenir en faisant un geste qu'il aurait aimé. Je nageais dans un liquide tiède et transparent, apaisée après tant d’années de déchirures mentales et affectives, heureuse et fière d’avoir gravi mon Everest personnel, et tout d’un coup une saloperie de poisson de merde m’a piquée et collé une décharge électrique sans prévenir.

Parce que bon, les sentiments ça va bien cinq minutes.




lundi 20 janvier 2014

Feuilleton(s)


Une cuillère pour papa (I)

Assise devant la table recouverte d’une toile cirée, je soulève le couvercle du pot de Nutella vide et le pose devant moi. Sur la nappe fleurie trône aussi un grand pot de confiture en terre cuite, blanc, avec des fleurs en relief, au joint en caoutchouc vieux et usé et à la charnière en métal un peu rouillée par endroit. Le papier journal étalé sur la table affiche une colère d’ostréiculteurs vieille de quatre ans.

Quand faut y aller faut y aller. Pour m’armer de courage, j’ai l’habitude de faire le vide total dans ma tête. Comme pour me jeter à l’eau à la piscine, me faire une piqûre toute seule, m’ouvrir le doigt avec une aiguille pour retirer une écharde ou me livrer à des cabrioles sexuelles quand le cœur n’y est pas. Ambiance ferme les yeux et pense à l’Angleterre. Sauf que dans ce cas de figure, il va falloir assumer un tantinet et regarder les choses bien en face.

Je plonge la cuillère à soupe dans le pot à confiture à moitié rempli d’une poudre grisâtre. La cuillère s’enfonce avec un crissement sourd. Je transvase la cuillère pleine à ras-bord de poudre dans le pot de Nutella. C’est le premier pas le plus dur. Le reste va tout seul. Une cuillérée pour papa. Une autre pour papa. Encore une autre. Une dernière.
Le pot de Nutella est plein à ras bord.  Je le referme, constate qu’il reste de la poudre un peu agglomérée au fond du pot de confiture. Je vais chercher un flacon en plastique vide dans la salle de bain, de ceux qui servent à verser du champoing ou du savon liquide à emporter à la piscine ou en voyage. Je racle le fond du pot, et verse la poudre qu’il restait dans le flacon avec un entonnoir.
C’est bon. C’est fait.

Ce pot à confiture blanc dormait depuis quatre ans dans mon placard. Il avait passé les cinq années précédentes sur une cheminée, entre une boîte en fer pleine de papier à rouler et de bouts de shit et un masque africain en ébène aux joues lisses et aux pommettes d’une hauteur improbable. Ma sœur l’avait gardé chez elle pendant ces cinq années, avant de décréter qu’il dégageait de mauvaises ondes et qu’elle n’en voulait plus. C’était sûrement lui qui l’empêchait d’avoir une relation durable. Ou une relation tout court à mon avis, mais on ne me le demande pas souvent. Je m’étais donc dévouée pour prendre mon tour de garde du pot. Il avait atterri derrière la pile des draps au fond d’un placard, où il dormait gentiment depuis plus de quatre ans. J’aurais bien aimé lui coller sur le dos toutes les mauvaises décisions que j’avais prises depuis qu’il était arrivé, mais dans ce cas j’aurais eu du mal à justifier celles des 38 années précédentes sans être obligée de m’avouer que j’étais tout simplement la dernière des crétines.

Au cours de ces quatre années, il était sorti une fois du placard, au cours d’une conversation avec mon fils de cinq ans qui avait voulu savoir où était enterré mon père.
- Il n’est pas enterré.
- Ben il est où ?
- Dans le placard de ma chambre. Tu veux le voir ?
J’avais alors descendu le pot à confiture et je l’avais ouvert sous les yeux dégoûtés de ma fille de huit ans et curieux de son frère encore intouchés par nos tabous.
- Beurk fit–elle.
Lui suivit son instinct de petit animal pas tout à fait civilisé, plongea le doigt dans la poudre et commença à remuer.
- Bon chéri t’arrêtes de touiller papy. Ca va bien comme ça.
Et il avait réintégré le fond de l’armoire, pot à confiture et papier journal et tout.


Pour le dixième anniversaire de sa crémation (où nous étions neuf, sans compter le croque-mort), j’avais réalisé que j’allais me retrouver toute ma vie avec mon père sur les bras si je ne m’en débarrassais pas une bonne fois pour toutes. La moitié de ses cendres avaient déjà été déversées dans la rivière qui coulait au fond de son jardin, juste retour des choses vu le nombre de poissons qu’il y avait pêchés et bouffés. Nous y avions apporté l’urne juste après la crémation. On peut apporter sa musique pour une crémation. Pour les très prévoyants, je suggère de faire une petite compile pré-mortem. Ca met de l’ambiance et c’est plus sympa pour les pauvres proches qui vous survivent et qui doivent choisir vite fait un disque ou deux au hasard dans votre discothèque. Remarquez c’est aussi l’occasion de leur pourrir la vie une dernière fois en insistant pour qu’on écoute du Francis Lalanne ou du Céline Dion pendant toute la cérémonie. Papa n’avait pas laissé d’instruction, il était mort par surprise. La plus sordide ayant été pour son pote venu le réveiller à l’aube pour partir à la pêche, et qui l’avait retrouvé raide comme un piquet, à poil au fond de son lit. Nous avions donc pris deux disques en vitesse, un Brassens et un Gainsbourg, ce qui nous avait permis, en attendant qu’ils finissent de le cuire, d’écouter entre autres une chanson intégralement interprété avec des bruits de pets. Connaissant l’esprit provocateur de mon père, personne n’avait été ni choqué, ni surpris. Pas de quoi fouetter un croque-mort.


(La suite un autre jour).

vendredi 3 janvier 2014

Des mots pour pas le dire

À la base, avant d'être blogueuse étaleuse de déboires perso-logistico-materno-immobiliers, je suis quand même, vaguement, linguiste. Passée par la case histoire anglo-saxonne, littérature, merveilles médiévales (le savais-tu? Au Moyen-Âge pour savoir si la Grosse rousse était une sorcière, il suffisait de la jeter à l'eau, ligotée dans un sac. Si elle s'en sortait, alors là oui vraiment, c'était une sorcière, yavait plus qu'à la brûler (éventuellement la sécher avant, sinon ça prend pas bien et ça fait de la fumée). Si malencontreusement elle mourait noyée, alors ce n'était pas une sorcière du tout, et yavait plus qu'à s'excuser platement avant de l'enterrer. C'est pas beau, les études médiévales?), découvertes du Nouveau Monde (le savais-tu? Les Aztèques parfois, non contents de zigouiller leurs ennemis perchés sur des pyramides en leur arrachant le coeur et en leur mettant sous le nez, revêtaient leur peau pour prendre leur force. D'où l'expression je t'ai dans la peau. C'est pas beau, les études mésoaméricaines?)

En gros les mots sont mon gagne-pain et si j'en ai beaucoup sur la planche, il est souvent bien sec et le blanc est derrière moi (le pain blanc. Pas le blanc sec. Suivez un peu vous serez mignons).
Si les petits mots de ma vie sont parfois doux, les gros sont durs à avaler, forcément. Et puis souvent, ils me manquent, les mots. Alors que les maux, eux, me manquent rarement. Ils se jettent à ma tête et me crient aux oreilles. Et les maux dits, c'est l'enfer.

Comme les dernières péripéties de ma vie privée vont servir de scénario au prochain épisode de Candy joue avec son caca dans la salle de shoot des Bisounours, et que j'ai juré de ne rien divulguer avant sa sortie sur les écrans du cinéma X de Rungis-sur-Marouflette en novembre 2018, j'inaugure une rubrique néologismes et dictons à la con en attendant de revenir dans notre galaxie.

Le mot du jour: Coprotéliste. De copro: caca, et téliste: qui fait des collections à la con (des collections de listes, par exemple. Je me demande si Titiou fait pas ça, tiens). Qui collectionne les emmerdes.
Exemple: En coprotéliste convaincue, Berthe, après avoir confondu un clou rouillé avec son suppositoire contre les hémorroïdes, se rendit compte que son vaccin contre le tétanos n'était pas à jour.

samedi 16 novembre 2013

À toi à moi

Cher voleur de valise,

Toi qui as trouvé que mon sac de voyage rouge à fleurs était très à ton goût, je te félicite. De toute évidence on a les mêmes, et moi aussi je le trouvais très joli. Tu n'as peut-être pas remarqué que dans la poche intérieure, il y a le plan d'une capitale européenne, je l'avais laissé exprès, en souvenir, j'aimais bien tomber dessus sans m'y attendre et retourner en pensée, un moment, dans un coin de bien-être qui ne reviendra pas,

Toi qui vas pouvoir mettre ma jupe neuve que j'avais depuis une semaine et que j'ai mise sept fois car elle avait accédé violemment au statut de jupe préférée, sauf si tu es un gars auquel cas tu vas devoir la mettre en cachette le soir devant ton miroir pour voir ce que ça fait, pour pas qu'on te jette des pierres ou que ta femme appelle sa soeur en pleurant que tu veux changer de sexe et que t'oses pas lui dire et qu'elle se doutait bien qu'il y avait quelque chose vu que tu la touchais plus depuis des mois,

Toi qui vas pouvoir aller courir avec des baskets de compète si tu chausses du 41 ou à peu près, sache que tu seras le troisième à les user, tu verras c'est de la bonne came, avec ça on n'a pas mal au dos, contrairement à celles qu'on m'a offertes depuis, qui sont plus jolies certes mais qui amortissent moins,

Toi qui vas te demander quel genre de femme met dans la même valise un tanga en dentelle verte avec beaucoup plus de dentelle que de tanga, qu'on se demande à quoi ça sert autant ne pas mettre de culotte, et un slip en coton d'une affligeante banalité,

Toi qui vas pouvoir récurer tes chiottes avec ma brosse à dents, nourrir tes pompes avec ma crème Nivea, soigner tes complexes avec mes remèdes,

Toi qui vas pouvoir porter ou offrir mon joli pull noir offert par ma meilleure amie, porté par elle puis par moi depuis au moins quinze ans, et dont je venais juste de raccommoder un accroc au coude, super fiérasse parce que ça se voyait pas du tout (tu peux chercher mon vieux, il a l'air neuf et moi j'ai l'air bien con),

Toi qui vas porter, arborer, offrir, jeter un petit bout de ma vie qu'un jour de désespoir mon karma m'a suggéré d'abandonner dans un train qui partait plus loin que moi, trouvant avec raison que décidément, j'avais déjà assez de choses à porter comme ça, et qu'il fallait m'alléger un peu,

Je ne t'en veux pas. Un jour, toi aussi tu abandonneras dans un train ou ailleurs un petit bout de ta vie et tu te diras que c'est matériel, que l'essentiel on ne peut pas te l'enlever. Même si quand même, pour la jupe, j'ai bien les boules.



Post dédié à mon Boubou, dans la valise du fond de mon coeur depuis 25 ans, je te tiens la main en pensée mon chéri.





samedi 12 octobre 2013

Réclame

Alors je suis allée au théâtre, parce que c'était offert, parce qu'il y avait un cocktail après, parce que Mimy Matthie rôde dans le coin et que, quand même, on n'a pas l'occasion de voir de grandes stars tous les jours.
(Oui, c'est facile. Si, j'ai le droit de me moquer. Moi aussi, j'ai des problèmes de taille).

J'y suis allée aussi parce que je connais l'auteure de la pièce et qu'elle écrit magnifiquement des mots qui reflètent souvent ma pensée sauf que chez moi c'est du goubli-boulga et chez elle c'est juste simple. ("Ce qui se conçoit bien s'exprime clairement, et les mots pour le dire vous viennent aisément" m'a fait apprendre un sinistre prof de français en seconde. Tu parles. Ce qui se conçoit bien est une boule de sentiments obscurs et douloureux qui sort en bégayant dans le meilleur des cas et que tout le monde comprend de travers, oui. Sauf pour elle.) En plus elle est belle et drôle (oui c'est agaçant. Je suis sûre qu'elle a un vice caché. Genre elle a foutu son poisson rouge aux chiottes quand elle avait trois ans, ou elle pique des sacs de petites vieilles pendant ses loisirs, c'est pas possible autrement.)

Spoiler: la metteuse en scène est également de mes connaissances, on a été séparées à la naissance et on s'est retrouvées un peu tard on avait déjà fait nos vies, mais on finira dans la même maison de retraite à faire exprès sous nous pour faire chier les infirmières (ou nos gosses)--on se rattrapera à ce moment-là. En attendant elle défoule ses névroses en dirigeant comme une folle des acteurs qui sont bien inspirés de lui obéir au doigt et à l'oeil, sinon elle menace de péter du cerveau. Et elle en est capable.

Donc bon autant dire que j'y allais avec un a priori positif et BINGO c'était bien. Quand on est en couple, ça nous conforte dans l'idée qu'on serait mieux célibataire, mais que quand même on est bien content d'avoir quelqu'un contre qui se serrer les nuits de cauchemars. Quand on est seul, en sort en soupirant que ça doit être agréable d'avoir quelqu'un sur qui cracher sa hargne, mais que le chat fait quand même moins chier quand on le vire pour assouvir un soudain besoin de solitude. Quand on aime le cul ça tombe bien, yen a plein. Quand on aime les beaux genoux alors là, là c'est l'orgasme assuré: Audrey Dana joue merveilleusement bien mais on s'en rend à peine compte tant il est dur de quitter ses magnifiques creux poplités du regard. Quand à l'homme--oui ils sont deux--Sami Bouajila, il a les genoux parfaitement à la hauteur.

Ca ne raconte pas l'histoire d'un couple qui, déçu de la défaite électorale de François Bayrou, décide de détourner le métro pour partir sauver les éléphants d'Amazonie. Malheureusement arrivés porte d'Orléans ils se rendent compte qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir éteint la lumière de la salle de bain (celle qui fait disjoncter le compteur) et à quoi bon sauver les éléphants si c'est pour tuer les baleines.

En revanche, ça égrène des situations d'amour, de désamour, de lutte, de sexe, de pintage, de rendez-vous à la con, de désillusion conjugale, le tout interprété avec les tripes les muscles et beaucoup de talent.

Je vous mets la bande annonce qui ne vous annonce pas grand-chose là:



Et je vous laisse réserver ici. Vous viendrez pas dire que je vous ai pas mâché le boulot, hein.

Allez, on éteint la télé et on sort s'ouvrir la tête.

Et puisque je suis dans la séquence pub, je vous recommande ce nouveau tumblr fort comique. Ta mère.



jeudi 19 septembre 2013

Oncle Sam in your pussy

On sait qu'il y a tout un tas de trucs que nos amis les Américains ne voient pas comme nous. Je ne parle pas de la bouffe, de la liberté d'inciter à la haine raciale, de brûler des croix en pleine campagne youkaïdi youkaïda, ou de produire des séries géniales en payant correctement des scénaristes créatifs...j'ai un grand respect pour l'Amérique qui a inventé Laura Ingalls, sans qui mon enfance eut été bien morne (je parle des livres bande d'ignares, pas de la série indigente du même nom).
Ce qui m'épate c'est leur tendance à traiter avec le plus grand sérieux des campagnes partisanes dont la bêtise ferait passer la culture de Sarah Palin pour celle d'une académicienne.

L'Obamacare est une mesure adoptée sous l'égide de comme son nom l'indique, et qui vise à couvrir un peu plus et un peu mieux la population américaine en termes de sécurité sociale (Wiki vous donne les détails si ça vous intéresse). Yen a toujours qui sont pas contents, notamment ceux qui y voient une fois de plus l'ingérence d'Oncle Sam, le Big Government, qui en les obligeant à payer moins cher le toubib les prive de la liberté individuelle de crever plus vite de leur obésité morbide (oui ben moi aussi je peux être de mauvaise foi si je veux).

Voici la jolie campagne de pub dont ces adorables conservateurs viennent d'accoucher (je pèse mes mots).
On y voit une jeune fille qui se rend pour la première fois dans une clinique gynécologique pour se faire examiner (routine on imagine). Lorsqu'elle confie à l'infirmière qu'elle a choisi l'ObamaCare, on sent la raideur de la praticienne (c'est vrai ça quelle idée, se faire soigner sans payer! Elle manque pas de toupet la morue. Ah ces jeunes. Je parie qu'elle ne se garde pas intacte pour le mariage en plus.)

Jetez-y un oeil, on en discute après:



Alors déjà on remarque dans la première scène que dans les cliniques américaines, l'intimité c'est pas ça hein. Ya la caméra de surveillance qui mate TOUTES les pièces. Bon, la machine à café je dis pas, les couloirs ok, on sait jamais au cas où yaurait des malades qui voleraient la moquette, mais ils filment aussi DANS LES CHAMBRES:


Là la pauvre nénette heureusement pour elle, elle dort mais imaginez si elle était en train de vider sa poche à caca ou de vérifier que son épisio n'a pas craqué, hein, joli travail, bonjour le droit à l'image.
Et comme les médecins américains sont vraiment de gros sadiques, ya aussi une caméra dans la salle d'auscultation:
Alors là on est en droit de se dire que le toubib palpe les glandes du jeune homme, encore une fois quelle chance, c'était pas aux couilles qu'il avait mal.

Donc c'est ambiance Big Brother à la clinique, déjà ça commence bien.

On fait ensuite la connaissance de la jeune innocente venue se faire examiner le minou et qui déjà suscite la désapprobation de l'infirmière chargée de son dossier (notez la mimique):

Ca ça veut dire "Ma cocotte tu fais confiance à ce communiste d'Obama, t'es mal partie dans la vie".
Du coup l'infirmière lui montre négligemment la porte et lui dit de mettre une blouse, que le docteur va arriver bientôt.
Digression culturelle.
En France quand on va chez la/e gynéco on se met à poil. Pour celles qui n'y sont pas encore allées (c'est mal) et ceux qui n'auront jamais la chance de chausser d'autres étriers que ceux d'un étalon, en gros ça consiste:
- À poser ses fesses tout au bord tout au bord de l'espèce de lit obstétrical, les jambes en l'air et bien écartées (non c'est pas aussi sexy que ça en a l'air), avec entre son cul nu et le skaï un espèce de PQ géant dont les pointillés craquent forcément à tous les coups pour qu'on se retrouve le bas du dos bien collé.
- A voir une dame (souvent) un monsieur (parfois) qu'on vouvoie, dont on ne connaît même pas le prénom ni les goûts musicaux, regarder notre abricot offert et mettre un paquet de trucs dedans (doigt/sonde/spéculum/gant en sac poubelle/grattoir (sisisi j'ai bien dit grattoir)) genre pour voir tout ce qu'on peut y coller sans que ça déborde.
- A subir la chouette expérience "une main dedans, une main dehors" où la dame (disons que c'est une dame) se touche les deux majeurs (et les index pendant qu'on y est, quand yen a pour un yen a pour deux) dont un est DEDANS ta chatte et l'autre SUR ton ventre. Magie!
- À s'assoir les mains derrière la tête, nue toujours (oui ça fait très Histoire d'O) et à se faire palper fermement les nichons tout en se demandant si la dame n'a rien oublié à l'intérieur.
- À se peser (le pire).

Quand on est passée par tous ces caps, autant dire que l'idée même de dignité ou de pudeur est comparable à celles de Jean-Marie Bigard après trois mojitos.

A priori aux États-Unis les filles sont faites comme nous (en gros nichons+minou = cancer du col de l'utérus à gogo) donc on leur fait tout pareil MAIS avec une blouse parce que faut pas déconner, je veux bien me faire racler le fond de la chatte mais je veux pas que le toubib me regarde le piercing.
(A moins que la gynéco ne touche à rien pour ne pas se faire taxer d'ingérence ou d'atteinte à la liberté individuelle de la moule.)

On retrouve la demoiselle en blouse et en tête à tête avec son toubib, qui après les questions d'usage (PAS: êtes vous réglée régulièrement? Ni vous avez mal quelque part? Ni avez-vous des rapport sexuels, et si oui est-ce que tout se passe bien? Mais "Des changements de régime ou d'activité sportive?" Parce que c'est vrai que c'est important, l'exercice et les big macs. Pas comme les pertes vaginales qui ne sont qu'un détail) lui dit "OK! On va regarder tout ça!" et SE TIRE. La laissant en plan, les jambes écartées. Et là BOUUUUUH qui c'est qui va regarder la jolie demoiselle entre les deux cuisses yeux ? Le vilain Oncle Sam! (Comprendre l'horrible Obama, mais ils n'ont pas osé, curieusement, mettre sa tête). et là on atteint le sommet du ridicule avec un affreux pantin brandissant un spéculum (oui messieurs ça ressemble donc à ça) d'un air sadique (car c'est bien connu, le frottis de dépistage c'est le MAL).



Et le slogan qui tue:
"Ne laissez pas le gouvernement jouer au docteur".

Yaurait des pages et des pages à écrire sur le système de santé américain. Sur leur façon d'aborder la sexualité féminine, la contraception et le droit à l'avortement. Ici il ne s'agit pas de ça: il s'agit de prendre pour des connes les femmes qui connaissent l'importance de la surveillance médicale en tentant de faire passer le message que subventionner les dépistages est une mauvaise idée. Il s'agit de faire peur aux gamines qui n'y sont jamais allées et qui vont entamer leur vie sexuelle sans filet (mais avec papillomavirus). Et il s'agit de montrer à quel point le gouvernement est malfaisant (le plan final où on ne voit que les jambes de la jeune femme s'agiter a une petite connotation "viol" fort sympathique. D'un autre côté elle l'a bien cherché, tu vas payer tes soins en nature ma cocotte). Avec des images dont le ridicule tranche avec le sérieux du message. Un mélange de Muppet-show et de film d'horreur gynécologique.



Tout de suite, ça prend une autre saveur.