Je dois battre ma coulpe à l'endroit du café Lomi à qui j'ai fait une vilaine pub dans mon post précédent (non que cela ait pu influer en rien sur sa clientèle, mais bon il me reste un vieux fond d'honnêteté intellectuelle dont je n'arrive pas à me débarrasser). Faute de pouvoir y travailler sur un projet duraille, j'y avais écrit un article pour Slate qui m'a valu les félicitations unanimes de ma fille (12 ans), d'un vague ex indécis et de deux ou trois traducteurs. La gloire. Il ne me restait plus que l'amour et la beauté et j'étais prête à aller pointer chez TF1. Forte de ces louanges je suis allée fêter ça dignement en achetant de quoi faire ripailles en famille, et j'ai été fort étonnée de constater que non seulement ma charcutière ne me demandait pas d'autographe, mais qu'en plus elle me faisait quand même payer les rillettes.
Il s'agissait de traduction, et du triste (non) statut social de ceux qui s'y adonnent de façon professionnelle. Le jour même de sa parution, j'ai reçu un mail du service traduction d'Amnesty International, m'expliquant qu'ils avaient bien reçu mon CV mais qu'il ne travaillaient "que sur la base du bénévolat". Ben voyons. Le lendemain, la même dame m'a réécrit qu'au fait, elle avait lu mon article et que comme j'écrivais bien! C'est chouette, je vais pouvoir mourir de faim auréolée de gloire bénévole, et comme je vis même pas dans un pays en guerre, j'aurai même pas droit dans mon agonie à un regard de la part des bénévoles d'Amnesty International. Passons.
Dans la même veine je suis allée voir "Les yeux jaunes des crocodiles" qui est un film tiré d'un livre à succès que je n'avais pas lu. C'est un joyeux mélange de vraie réflexion sur les relations soeur qui phagocyte/soeur cruche qui se fait avoir et de niaiseries sentimentalo-familales. Dans cette histoire, l'héroïne (la cruche) est une chercheuse au CNRS, spécialiste du XIIe siècle. Elle a aussi un diplôme (maîtrise ou DESS je sais plus) en anglais-russe-italien (ou anglais-ouzbèke-haut latin, à ce niveau de diplôme Bisounours c'est même plus important). Donc son beau-frère (Patrick Bruel) lui propose comme ça, entre la poire et le fromage, de faire des traductions pour son cabinet d'avocat. Car parler anglais et maîtriser les arcanes de la chevalerie périgourdine au haut-Moyen-âge c'est juste ce qu'il faut pour traduire un dossier juridique un peu pointu en 2014. Alors soit.
La cruche s'exécute et vient remettre sa traduction sous forme de FEUILLES DE PAPIER dans un gros dossier sur le bureau de Patrick Bruel.
Alors là deux solutions possibles: soit Julie Depardieu est comme moi, c'est-à-dire amoureuse de Patrick Bruel, et elle a par contrat exigé de tourner le plus de scènes possibles avec lui en se disant qu'à force il allait la remarquer (et je peux la comprendre), soit la réalisatrice habite en 1978 dans sa tête et ne connaît pas Internet.
Après ya aussi l'excuse que la Julie-médiéviste-cruche-traductrice n'a pas d'ordinateur, et que donc, elle a sûrement dû tout taper à la machine. (Attendez, je vais boire un grand verre de cigüe et je reviens).
Allez c'est pas grave. Ce qui était vraiment sympa c'est que du coup, la cruche elle se voit proposer la traduction d'un bouquin ("ça ne vous fait pas peur de traduire un livre?"), qu'elle expédie en deux coups de cuillère à pot et hop, à peine le chèque touché (évidemment elle touche le chèque en une fois genre le jour de remise du tapuscrit, qu'elle a sûrement écrit en hiéroglyphe à l'encre de Chine) elle court dévaliser Fauchon (vous reprendrez bien un petit verre de Destop?)
(À titre de comparaison, j'attends toujours le micro-chèque d'une maison d'édition pour qui j'ai traduit un livre pour enfants en -- restez assis -- février, maison dont je ne divulguerai pas le nom mais ça commence par Galli et ça finit par mard, mais peut-être que j'aurais dû aller leur porter en main propre le livre relié à la main en peau de chèvre et enluminé par de chastes nonnes du XIIe siècle au lieu d'envoyer le boulot par mail?)
Mais je ne suis pas si rancunière puisque le simple fait que Patriiiiick dise en gros plan "Tiens elle est pas venue finalement Bérengère?" m'a réconciliée avec toutes les approximations du film. (Devinez comment je m'appelle). Je suis futile.
jeudi 17 avril 2014
samedi 15 mars 2014
Non-pub et trad
Aujourd'hui j'ai voulu faire ma parisienne branchée de gauche et aller bosser au café. Pour écrire de vrais trucs qui font mal à la tête, des trucs sérieux qui demandent que je me plonge à l'intérieur de moi-même sans que le chat, le canapé, Breaking Bad ou autre inférence intempestive ne me donne un prétexte trop facile pour me livrer à la procrastination (le simple fait que je puisse utiliser ce mot me propulse automatiquement dans la catégorie bobo qui se la pète, je sais. J'assume).
Ca faisait un moment que j'avais envie d'aller dans un café qui était apparu dans une de mes traductions, et dont la description avait fait baver d'envie l'accro à la caféine qui vit ma vie à ma place.
J'ai donc traversé tout mon arrondissement (qui est vachement grand) à pied (qui sont vachement grands aussi mais ça fait pas avancer plus vite hélas), ordi sous le bras (c'est lourd) et vaguement inquiète à l'idée d'avoir laissé mon inspiration à la maison (où elle regarde peut-être le rugby avec mon fils) et je suis allée au café Lomi. Je m'attendais je ne sais pourquoi à une ambiance un peu intello, beaucoup bobo, tranquilou bilou, peut-être quelques familles à jeunes zenfants venues écluser leur samedi après-midi en buvant un moka cher avant d'aller voir un groupe indé au 104, le tout baignant dans de divins effluves de café.
En fait c'est pas du tout ça. C'est une espèce de cantine certes maxi-bobo avec quelques petites tables prises d'assaut et une grande où sont installés des accros à la tablette ou au mac, le moka est à 5 euros 50 (PUTAIN!) et la bande son est infâme. Ce qui ne serait pas si grave si elle n'était pas si forte. A fond en fait. C'est un genre de rap (je déteste le rap. Je trouve que c'est une mauvaise excuse utilisée par des non-chanteurs qui se roulent dans la joie enfantine de dire des gros mots que maman ne veut pas entendre à la maison) très TRÈS TRÈS FORT. Naturellement, on ne s'entend pas parler, du coup les clients sont obligés de crier. J'ai regretté tout de suite de m'être assise mais je n'ai aucun courage social et les serveurs sont hélas d'une grande rapidité. J'ai donc commandé un moka (qui est bof) et j'ai demandé au serveur prépubère venu me l'apporter si la bande son allait baisser un peu de volume à un moment?
Excuse me, do you speak English? Il m'a répondu. Demande plutôt cocasse entre Marcadet-Poissonnier et Marx Dormoy, vous en conviendrez. Il se trouve que yes I do, j'ai donc réitéré en anglais, et il m'a répondu que non non, on n'allait pas baisser le son pour un petit moment.
Je n'ai donc aucun espoir de travailler (là ya de la corne de brume dans la chanson, ok je le concède, les rappeurs ont de l'idée). Mon cerveau a commencé à saigner, mes oreilles pleurent des larmes de cire, mon estomac proteste contre le moka qu'il hésite à renvoyer en cuisine, bref j'étais en forme ya vingt minutes et là j'ai l'impression de sortir d'un concert de Sexion d'Assaut--ou plutôt de ne pas réussir à en sortir.
Sinon cette semaine je me suis renseignée sur les tarifs des agences de traduction. Ca fait déjà quelques années que j'ai compris que j'avais pas du tout pris la route du bonheur financier dans le choix de ma carrière, mais là je crois j'ai touché le fond de la fange du n'importe quoi esclavagiste. J'ai découvert des boîtes de trad qui proposent de payer rien moins que UN centime le mot (pour les non-initiés, en-deçà de 10 centimes le mot on peut commencer à parler de vol. Du traducteur, s'entend....). Sachant qu'un traducteur pro qui ne compte pas ses heures traduit en moyenne 2000 mots par jour, ça permet de gagner 20 euros la journée quand même. Soit 100 euros par semaine, ou 400 euros (et des brouettes!) par mois. Ma foi c'est bien honnête pour des journées de huit heures et des bac + 5....
(Ah, et c'est du brut, hein, évidemment. Hahaha. Achevez-moi).
J'imagine que ces boîtes proposent 1 centime le mot parce qu'elles ne peuvent pas payer moins? Un petit coup de main alors: pourquoi pas 1 centime les cinq mots? Pourquoi pas payer en cacahouètes directement?
Ca faisait un moment que j'avais envie d'aller dans un café qui était apparu dans une de mes traductions, et dont la description avait fait baver d'envie l'accro à la caféine qui vit ma vie à ma place.
J'ai donc traversé tout mon arrondissement (qui est vachement grand) à pied (qui sont vachement grands aussi mais ça fait pas avancer plus vite hélas), ordi sous le bras (c'est lourd) et vaguement inquiète à l'idée d'avoir laissé mon inspiration à la maison (où elle regarde peut-être le rugby avec mon fils) et je suis allée au café Lomi. Je m'attendais je ne sais pourquoi à une ambiance un peu intello, beaucoup bobo, tranquilou bilou, peut-être quelques familles à jeunes zenfants venues écluser leur samedi après-midi en buvant un moka cher avant d'aller voir un groupe indé au 104, le tout baignant dans de divins effluves de café.
En fait c'est pas du tout ça. C'est une espèce de cantine certes maxi-bobo avec quelques petites tables prises d'assaut et une grande où sont installés des accros à la tablette ou au mac, le moka est à 5 euros 50 (PUTAIN!) et la bande son est infâme. Ce qui ne serait pas si grave si elle n'était pas si forte. A fond en fait. C'est un genre de rap (je déteste le rap. Je trouve que c'est une mauvaise excuse utilisée par des non-chanteurs qui se roulent dans la joie enfantine de dire des gros mots que maman ne veut pas entendre à la maison) très TRÈS TRÈS FORT. Naturellement, on ne s'entend pas parler, du coup les clients sont obligés de crier. J'ai regretté tout de suite de m'être assise mais je n'ai aucun courage social et les serveurs sont hélas d'une grande rapidité. J'ai donc commandé un moka (qui est bof) et j'ai demandé au serveur prépubère venu me l'apporter si la bande son allait baisser un peu de volume à un moment?
Excuse me, do you speak English? Il m'a répondu. Demande plutôt cocasse entre Marcadet-Poissonnier et Marx Dormoy, vous en conviendrez. Il se trouve que yes I do, j'ai donc réitéré en anglais, et il m'a répondu que non non, on n'allait pas baisser le son pour un petit moment.
Je n'ai donc aucun espoir de travailler (là ya de la corne de brume dans la chanson, ok je le concède, les rappeurs ont de l'idée). Mon cerveau a commencé à saigner, mes oreilles pleurent des larmes de cire, mon estomac proteste contre le moka qu'il hésite à renvoyer en cuisine, bref j'étais en forme ya vingt minutes et là j'ai l'impression de sortir d'un concert de Sexion d'Assaut--ou plutôt de ne pas réussir à en sortir.
Sinon cette semaine je me suis renseignée sur les tarifs des agences de traduction. Ca fait déjà quelques années que j'ai compris que j'avais pas du tout pris la route du bonheur financier dans le choix de ma carrière, mais là je crois j'ai touché le fond de la fange du n'importe quoi esclavagiste. J'ai découvert des boîtes de trad qui proposent de payer rien moins que UN centime le mot (pour les non-initiés, en-deçà de 10 centimes le mot on peut commencer à parler de vol. Du traducteur, s'entend....). Sachant qu'un traducteur pro qui ne compte pas ses heures traduit en moyenne 2000 mots par jour, ça permet de gagner 20 euros la journée quand même. Soit 100 euros par semaine, ou 400 euros (et des brouettes!) par mois. Ma foi c'est bien honnête pour des journées de huit heures et des bac + 5....
(Ah, et c'est du brut, hein, évidemment. Hahaha. Achevez-moi).
J'imagine que ces boîtes proposent 1 centime le mot parce qu'elles ne peuvent pas payer moins? Un petit coup de main alors: pourquoi pas 1 centime les cinq mots? Pourquoi pas payer en cacahouètes directement?
© http://pinuptranslator.tumblr.com/
mercredi 26 février 2014
Une cuillerée pour Papa (II)
Le cercueil semblait tout petit—pourtant c’était pas un avorton.
Je n’aurais pas vu mon père mort. Ma sœur l’avait demandé aux pompes funèbres,
mais ils lui avaient déconseillé. Je l’ai su parce que c’est moi qui ai réglé
les détails des funérailles, et que le croque-mort approximatif et provincial que j’avais eu au téléphone
m’avait confié avec une touchante délicatesse « Vot’sœur elle a voulu voir
le corps mais j’y ai dit non, il est pas beau, c’est qu’il est tout bleu là»
juste avant de me dire «bon finalement pour le cercueil j’y ai mis la taille
au-dessus, parce qu’il est costaud l’papa ! ».
Ya pas à dire, cet homme-là savait parler aux orphelines.
On a posé des fleurs et des photos sur le cercueil premier prix où reposait mon père bleu et
on est sortis de la pièce. Et là, les portes du four vomissant les flammes de
l’enfer se sont ouvertes et l’ont avalé, faisant éclater le bois et exploser le
corps de mon père gorgé de whisky et de cachetons (non mais là j’invente, suivez un peu je
viens de dire qu’on était sortis de la pièce).
Après la crémation, le croque-mort en chef et sa mine de
circonstance se sont approchés de nous avec une boîte en carton. Là, il y a eu
comme un mouvement de groupe mais psychologique, quand tout le monde fait un
pas en arrière virtuel et qu’il n’en reste qu’un. Il s’est tourné vers moi et
m’a mis le carton dans les bras. Je portais mon père, tiède foncé, dans mes
bras, et il ne pesait rien.
Quelqu’un m’a dit il n’y a pas longtemps qu’on reconnaît
l’adulte dans une famille : c’est celui à qui on donne les cendres.
Quand nous sommes allés à la rivière, mon frère a plongé les
mains dans les cendres et jeté deux poignées à la flotte.
Chez lui, j'ai transvasé ce qu'il restait de mon père dans un pot à confiture parce que cette urne bordeaux (quelle couleur vous la voulez l'urne? Ah non rien à foutre on a pas comme couleur, bordeaux ça vous irait?) était vraiment trop moche. Et puis une urne sur la cheminée, c'est tellement convenu.
Dix piges plus tard, Papa encombrait donc encore nos
étagères mentales et surtout, de placard.
J’ai mis le pot de Nutella au fond de ma valise. Le flacon
en plastique dans un gant de toilette. Si on me confisque le pot à l’aéroport, il me restera toujours ça. Et j’ai pris deux avions.
Une soirée dans un port italien. Balade seule sur les quais. Il fait chaud. Je mange des pâtes aux coquillages, seule au restaurant de l'hôtel. Ca sent la mer et les vacances. Mais j'ai un macchabée dans ma valise.
Une nuit d’hôtel.
Un bateau à l'aube.
Et j'ai débarqué sur une île qui n’est en réalité qu’un cratère en érection au milieu de la mer.
C’est là que j’ai commencé à être malade.
Il fait trente degrés, le soleil tape. J’ai des chaussures
de marche toutes neuves, un sac à dos avec de l’eau, des biscuits, un gros pull et
un k-way. Et Papa dans son pot de Nutella. J’ai mal au ventre. Je suis restée
pliée en deux sur les chiottes pendant des plombes dans mon joli hôtel.
Exactement comme quand, petite, on me prévenait que j’allais aller chez Papa
pour le week-end. La peur. Qu’est-ce qu’il va encore se passer comme
catastrophe. Et tes tripes qui se tordent pour que tu n’y ailles pas, mais petite
c’est pas moi qui décidais. Fallait y aller.
J’ai 39 ans, et faut y aller. Le rendez-vous au pied du
volcan, la marche qui commence, le guide est obligatoire. Un devant, un
derrière, et un groupe hétéroclite au milieu. J’ai pas tellement envie de
parler, j’ai un dialogue intérieur avec mon père (« ta gueule c’est moi qui
décide maintenant ») et avec mes tripes (« vos gueules j’irai au bout même
si je dois gerber dans le cratère »).
Au début, balade. Au bout d’un heure ça devient sportif.
C’est marrant comme lever les genoux sur les cailloux ça peut être fatiguant.
Mais pas insupportable. Je m’en fous je monte. J’ai mal au bide. Papa ricane
dans mon dos. Ferme-la ou je te maudis jusqu’à la septième génération. Et
merde....
Trois heures plus tard, on est en haut. Sur une crête. Le vent souffle comme si
c’était l’hiver, le sol est en cendre, elle vole et cingle la peau, on devient
tous un peu gris. Je me sépare du groupe et pars à l’abri d’une grosse pierre.
Je sors mon pot de mon sac à dos. Je ne pleure pas, je ne tremble pas, je vide
la poussière de mon père sur les cendres du volcan qu’il a follement aimé et
gravi tant de fois. Les cendres claires se mélangent aux cendres gris foncé
du Stromboli. Et là, comme mon frère, je les mélange avec les mains, je
chuchote au revoir, Papa, je me redresse et je sors de derrière mon caillou
sous les yeux ébahis de mon guide qui doit penser que je suis allée pisser en
douce et ces Françaises n’ont pas de pudeur.
Je me suis assise à côté des autres devant les cratères
bouillonnant et crachant, j'ai regardé ce spectacle fou et je me suis rendu compte que la nuit était tombée, et qu'il faisait très froid.
Le lendemain matin, avant de reprendre un bateau pour ma
vie, je me suis baignée dans la Méditerranée. Je n’avais plus mal au ventre. J’avais
laissé dix tonnes de casseroles, de souvenirs dégueulasses, de larmes, de cris
et de terreurs d’enfants tout en haut du volcan. J’avais la sensation concrète d’avoir, seule, jeté à
la fois dans les enfers de lave mon cauchemar paternel, et d’avoir fait la paix
avec son souvenir en faisant un geste qu'il aurait aimé. Je nageais dans un liquide tiède et transparent,
apaisée après tant d’années de déchirures mentales et affectives, heureuse et
fière d’avoir gravi mon Everest personnel, et tout d’un coup une saloperie de
poisson de merde m’a piquée et collé une décharge électrique sans prévenir.
Parce que bon, les sentiments ça va bien cinq minutes.
lundi 20 janvier 2014
Feuilleton(s)
Une cuillère pour papa (I)
Assise devant la table recouverte d’une toile cirée, je
soulève le couvercle du pot de Nutella vide et le pose devant moi. Sur la nappe
fleurie trône aussi un grand pot de confiture en terre cuite, blanc, avec des
fleurs en relief, au joint en caoutchouc vieux et usé et à la charnière en
métal un peu rouillée par endroit. Le papier journal étalé sur la table affiche
une colère d’ostréiculteurs vieille de quatre ans.
Quand faut y aller faut y aller. Pour m’armer de courage,
j’ai l’habitude de faire le vide total dans ma tête. Comme pour me jeter à
l’eau à la piscine, me faire une piqûre toute seule, m’ouvrir le doigt avec une
aiguille pour retirer une écharde ou me livrer à des cabrioles sexuelles quand le
cœur n’y est pas. Ambiance ferme les yeux et pense à l’Angleterre. Sauf que dans
ce cas de figure, il va falloir assumer un tantinet et regarder les choses bien
en face.
Je plonge la cuillère à soupe dans le pot à confiture à
moitié rempli d’une poudre grisâtre. La cuillère s’enfonce avec un crissement
sourd. Je transvase la cuillère pleine à ras-bord de poudre dans le pot de
Nutella. C’est le premier pas le plus dur. Le reste va tout seul. Une cuillérée
pour papa. Une autre pour papa. Encore une autre. Une dernière.
Le pot de Nutella est plein à ras bord. Je le referme, constate qu’il reste de la
poudre un peu agglomérée au fond du pot de confiture. Je vais chercher un
flacon en plastique vide dans la salle de bain, de ceux qui servent à verser du
champoing ou du savon liquide à emporter à la piscine ou en voyage. Je racle le
fond du pot, et verse la poudre qu’il restait dans le flacon avec un entonnoir.
C’est bon. C’est fait.
Ce pot à confiture blanc dormait depuis quatre ans dans mon
placard. Il avait passé les cinq années précédentes sur une cheminée, entre une
boîte en fer pleine de papier à rouler et de bouts de shit et un masque
africain en ébène aux joues lisses et aux pommettes d’une hauteur improbable.
Ma sœur l’avait gardé chez elle pendant ces cinq années, avant de décréter
qu’il dégageait de mauvaises ondes et qu’elle n’en voulait plus. C’était
sûrement lui qui l’empêchait d’avoir une relation durable. Ou une relation tout
court à mon avis, mais on ne me le demande pas souvent. Je m’étais donc dévouée
pour prendre mon tour de garde du pot. Il avait atterri derrière la pile des
draps au fond d’un placard, où il dormait gentiment depuis plus de quatre ans.
J’aurais bien aimé lui coller sur le dos toutes les mauvaises décisions que
j’avais prises depuis qu’il était arrivé, mais dans ce cas j’aurais eu du mal à
justifier celles des 38 années précédentes sans être obligée de m’avouer que
j’étais tout simplement la dernière des crétines.
Au cours de ces quatre années, il était sorti une fois du
placard, au cours d’une conversation avec mon fils de cinq ans qui avait voulu
savoir où était enterré mon père.
- Il n’est pas enterré.
- Ben il est où ?
- Dans le placard de ma chambre. Tu veux le voir ?
J’avais alors descendu le pot à confiture et je l’avais
ouvert sous les yeux dégoûtés de ma fille de huit ans et curieux de son frère
encore intouchés par nos tabous.
- Beurk fit–elle.
Lui suivit son instinct de petit animal pas tout à fait
civilisé, plongea le doigt dans la poudre et commença à remuer.
- Bon chéri t’arrêtes de touiller papy. Ca va bien comme ça.
Et il avait réintégré le fond de l’armoire, pot à confiture
et papier journal et tout.
Pour le dixième anniversaire de sa crémation (où nous étions
neuf, sans compter le croque-mort), j’avais réalisé que j’allais me retrouver
toute ma vie avec mon père sur les bras si je ne m’en débarrassais pas une
bonne fois pour toutes. La moitié de ses cendres avaient déjà été déversées
dans la rivière qui coulait au fond de son jardin, juste retour des choses vu
le nombre de poissons qu’il y avait pêchés et bouffés. Nous y avions apporté
l’urne juste après la crémation. On peut apporter sa musique pour une
crémation. Pour les très prévoyants, je suggère de faire une petite compile
pré-mortem. Ca met de l’ambiance et c’est plus sympa pour les pauvres proches
qui vous survivent et qui doivent choisir vite fait un disque ou deux au hasard
dans votre discothèque. Remarquez c’est aussi l’occasion de leur pourrir la vie
une dernière fois en insistant pour qu’on écoute du Francis Lalanne ou du
Céline Dion pendant toute la cérémonie. Papa n’avait pas laissé d’instruction,
il était mort par surprise. La plus sordide ayant été pour son pote venu le
réveiller à l’aube pour partir à la pêche, et qui l’avait retrouvé raide comme
un piquet, à poil au fond de son lit. Nous avions donc pris deux disques en
vitesse, un Brassens et un Gainsbourg, ce qui nous avait permis, en attendant
qu’ils finissent de le cuire, d’écouter entre autres une chanson intégralement
interprété avec des bruits de pets. Connaissant l’esprit provocateur de mon
père, personne n’avait été ni choqué, ni surpris. Pas de quoi fouetter un
croque-mort.
(La suite un autre jour).
vendredi 3 janvier 2014
Des mots pour pas le dire
À la base, avant d'être blogueuse étaleuse de déboires perso-logistico-materno-immobiliers, je suis quand même, vaguement, linguiste. Passée par la case histoire anglo-saxonne, littérature, merveilles médiévales (le savais-tu? Au Moyen-Âge pour savoir si la Grosse rousse était une sorcière, il suffisait de la jeter à l'eau, ligotée dans un sac. Si elle s'en sortait, alors là oui vraiment, c'était une sorcière, yavait plus qu'à la brûler (éventuellement la sécher avant, sinon ça prend pas bien et ça fait de la fumée). Si malencontreusement elle mourait noyée, alors ce n'était pas une sorcière du tout, et yavait plus qu'à s'excuser platement avant de l'enterrer. C'est pas beau, les études médiévales?), découvertes du Nouveau Monde (le savais-tu? Les Aztèques parfois, non contents de zigouiller leurs ennemis perchés sur des pyramides en leur arrachant le coeur et en leur mettant sous le nez, revêtaient leur peau pour prendre leur force. D'où l'expression je t'ai dans la peau. C'est pas beau, les études mésoaméricaines?)
En gros les mots sont mon gagne-pain et si j'en ai beaucoup sur la planche, il est souvent bien sec et le blanc est derrière moi (le pain blanc. Pas le blanc sec. Suivez un peu vous serez mignons).
Si les petits mots de ma vie sont parfois doux, les gros sont durs à avaler, forcément. Et puis souvent, ils me manquent, les mots. Alors que les maux, eux, me manquent rarement. Ils se jettent à ma tête et me crient aux oreilles. Et les maux dits, c'est l'enfer.
Comme les dernières péripéties de ma vie privée vont servir de scénario au prochain épisode de Candy joue avec son caca dans la salle de shoot des Bisounours, et que j'ai juré de ne rien divulguer avant sa sortie sur les écrans du cinéma X de Rungis-sur-Marouflette en novembre 2018, j'inaugure une rubrique néologismes et dictons à la con en attendant de revenir dans notre galaxie.
Le mot du jour: Coprotéliste. De copro: caca, et téliste: qui fait des collections à la con (des collections de listes, par exemple. Je me demande si Titiou fait pas ça, tiens). Qui collectionne les emmerdes.
Exemple: En coprotéliste convaincue, Berthe, après avoir confondu un clou rouillé avec son suppositoire contre les hémorroïdes, se rendit compte que son vaccin contre le tétanos n'était pas à jour.
En gros les mots sont mon gagne-pain et si j'en ai beaucoup sur la planche, il est souvent bien sec et le blanc est derrière moi (le pain blanc. Pas le blanc sec. Suivez un peu vous serez mignons).
Si les petits mots de ma vie sont parfois doux, les gros sont durs à avaler, forcément. Et puis souvent, ils me manquent, les mots. Alors que les maux, eux, me manquent rarement. Ils se jettent à ma tête et me crient aux oreilles. Et les maux dits, c'est l'enfer.
Comme les dernières péripéties de ma vie privée vont servir de scénario au prochain épisode de Candy joue avec son caca dans la salle de shoot des Bisounours, et que j'ai juré de ne rien divulguer avant sa sortie sur les écrans du cinéma X de Rungis-sur-Marouflette en novembre 2018, j'inaugure une rubrique néologismes et dictons à la con en attendant de revenir dans notre galaxie.
Le mot du jour: Coprotéliste. De copro: caca, et téliste: qui fait des collections à la con (des collections de listes, par exemple. Je me demande si Titiou fait pas ça, tiens). Qui collectionne les emmerdes.
Exemple: En coprotéliste convaincue, Berthe, après avoir confondu un clou rouillé avec son suppositoire contre les hémorroïdes, se rendit compte que son vaccin contre le tétanos n'était pas à jour.
samedi 16 novembre 2013
À toi à moi
Cher voleur de valise,
Toi qui as trouvé que mon sac de voyage rouge à fleurs était très à ton goût, je te félicite. De toute évidence on a les mêmes, et moi aussi je le trouvais très joli. Tu n'as peut-être pas remarqué que dans la poche intérieure, il y a le plan d'une capitale européenne, je l'avais laissé exprès, en souvenir, j'aimais bien tomber dessus sans m'y attendre et retourner en pensée, un moment, dans un coin de bien-être qui ne reviendra pas,
Toi qui vas pouvoir mettre ma jupe neuve que j'avais depuis une semaine et que j'ai mise sept fois car elle avait accédé violemment au statut de jupe préférée, sauf si tu es un gars auquel cas tu vas devoir la mettre en cachette le soir devant ton miroir pour voir ce que ça fait, pour pas qu'on te jette des pierres ou que ta femme appelle sa soeur en pleurant que tu veux changer de sexe et que t'oses pas lui dire et qu'elle se doutait bien qu'il y avait quelque chose vu que tu la touchais plus depuis des mois,
Toi qui vas pouvoir aller courir avec des baskets de compète si tu chausses du 41 ou à peu près, sache que tu seras le troisième à les user, tu verras c'est de la bonne came, avec ça on n'a pas mal au dos, contrairement à celles qu'on m'a offertes depuis, qui sont plus jolies certes mais qui amortissent moins,
Toi qui vas te demander quel genre de femme met dans la même valise un tanga en dentelle verte avec beaucoup plus de dentelle que de tanga, qu'on se demande à quoi ça sert autant ne pas mettre de culotte, et un slip en coton d'une affligeante banalité,
Toi qui vas pouvoir récurer tes chiottes avec ma brosse à dents, nourrir tes pompes avec ma crème Nivea, soigner tes complexes avec mes remèdes,
Toi qui vas pouvoir porter ou offrir mon joli pull noir offert par ma meilleure amie, porté par elle puis par moi depuis au moins quinze ans, et dont je venais juste de raccommoder un accroc au coude, super fiérasse parce que ça se voyait pas du tout (tu peux chercher mon vieux, il a l'air neuf et moi j'ai l'air bien con),
Toi qui vas porter, arborer, offrir, jeter un petit bout de ma vie qu'un jour de désespoir mon karma m'a suggéré d'abandonner dans un train qui partait plus loin que moi, trouvant avec raison que décidément, j'avais déjà assez de choses à porter comme ça, et qu'il fallait m'alléger un peu,
Je ne t'en veux pas. Un jour, toi aussi tu abandonneras dans un train ou ailleurs un petit bout de ta vie et tu te diras que c'est matériel, que l'essentiel on ne peut pas te l'enlever. Même si quand même, pour la jupe, j'ai bien les boules.
Post dédié à mon Boubou, dans la valise du fond de mon coeur depuis 25 ans, je te tiens la main en pensée mon chéri.
Toi qui as trouvé que mon sac de voyage rouge à fleurs était très à ton goût, je te félicite. De toute évidence on a les mêmes, et moi aussi je le trouvais très joli. Tu n'as peut-être pas remarqué que dans la poche intérieure, il y a le plan d'une capitale européenne, je l'avais laissé exprès, en souvenir, j'aimais bien tomber dessus sans m'y attendre et retourner en pensée, un moment, dans un coin de bien-être qui ne reviendra pas,
Toi qui vas pouvoir mettre ma jupe neuve que j'avais depuis une semaine et que j'ai mise sept fois car elle avait accédé violemment au statut de jupe préférée, sauf si tu es un gars auquel cas tu vas devoir la mettre en cachette le soir devant ton miroir pour voir ce que ça fait, pour pas qu'on te jette des pierres ou que ta femme appelle sa soeur en pleurant que tu veux changer de sexe et que t'oses pas lui dire et qu'elle se doutait bien qu'il y avait quelque chose vu que tu la touchais plus depuis des mois,
Toi qui vas pouvoir aller courir avec des baskets de compète si tu chausses du 41 ou à peu près, sache que tu seras le troisième à les user, tu verras c'est de la bonne came, avec ça on n'a pas mal au dos, contrairement à celles qu'on m'a offertes depuis, qui sont plus jolies certes mais qui amortissent moins,
Toi qui vas te demander quel genre de femme met dans la même valise un tanga en dentelle verte avec beaucoup plus de dentelle que de tanga, qu'on se demande à quoi ça sert autant ne pas mettre de culotte, et un slip en coton d'une affligeante banalité,
Toi qui vas pouvoir récurer tes chiottes avec ma brosse à dents, nourrir tes pompes avec ma crème Nivea, soigner tes complexes avec mes remèdes,
Toi qui vas pouvoir porter ou offrir mon joli pull noir offert par ma meilleure amie, porté par elle puis par moi depuis au moins quinze ans, et dont je venais juste de raccommoder un accroc au coude, super fiérasse parce que ça se voyait pas du tout (tu peux chercher mon vieux, il a l'air neuf et moi j'ai l'air bien con),
Toi qui vas porter, arborer, offrir, jeter un petit bout de ma vie qu'un jour de désespoir mon karma m'a suggéré d'abandonner dans un train qui partait plus loin que moi, trouvant avec raison que décidément, j'avais déjà assez de choses à porter comme ça, et qu'il fallait m'alléger un peu,
Je ne t'en veux pas. Un jour, toi aussi tu abandonneras dans un train ou ailleurs un petit bout de ta vie et tu te diras que c'est matériel, que l'essentiel on ne peut pas te l'enlever. Même si quand même, pour la jupe, j'ai bien les boules.
Post dédié à mon Boubou, dans la valise du fond de mon coeur depuis 25 ans, je te tiens la main en pensée mon chéri.
samedi 12 octobre 2013
Réclame
Alors je suis allée au théâtre, parce que c'était offert, parce qu'il y avait un cocktail après, parce que Mimy Matthie rôde dans le coin et que, quand même, on n'a pas l'occasion de voir de grandes stars tous les jours.
(Oui, c'est facile. Si, j'ai le droit de me moquer. Moi aussi, j'ai des problèmes de taille).
J'y suis allée aussi parce que je connais l'auteure de la pièce et qu'elle écrit magnifiquement des mots qui reflètent souvent ma pensée sauf que chez moi c'est du goubli-boulga et chez elle c'est juste simple. ("Ce qui se conçoit bien s'exprime clairement, et les mots pour le dire vous viennent aisément" m'a fait apprendre un sinistre prof de français en seconde. Tu parles. Ce qui se conçoit bien est une boule de sentiments obscurs et douloureux qui sort en bégayant dans le meilleur des cas et que tout le monde comprend de travers, oui. Sauf pour elle.) En plus elle est belle et drôle (oui c'est agaçant. Je suis sûre qu'elle a un vice caché. Genre elle a foutu son poisson rouge aux chiottes quand elle avait trois ans, ou elle pique des sacs de petites vieilles pendant ses loisirs, c'est pas possible autrement.)
Spoiler: la metteuse en scène est également de mes connaissances, on a été séparées à la naissance et on s'est retrouvées un peu tard on avait déjà fait nos vies, mais on finira dans la même maison de retraite à faire exprès sous nous pour faire chier les infirmières (ou nos gosses)--on se rattrapera à ce moment-là. En attendant elle défoule ses névroses en dirigeant comme une folle des acteurs qui sont bien inspirés de lui obéir au doigt et à l'oeil, sinon elle menace de péter du cerveau. Et elle en est capable.
Donc bon autant dire que j'y allais avec un a priori positif et BINGO c'était bien. Quand on est en couple, ça nous conforte dans l'idée qu'on serait mieux célibataire, mais que quand même on est bien content d'avoir quelqu'un contre qui se serrer les nuits de cauchemars. Quand on est seul, en sort en soupirant que ça doit être agréable d'avoir quelqu'un sur qui cracher sa hargne, mais que le chat fait quand même moins chier quand on le vire pour assouvir un soudain besoin de solitude. Quand on aime le cul ça tombe bien, yen a plein. Quand on aime les beaux genoux alors là, là c'est l'orgasme assuré: Audrey Dana joue merveilleusement bien mais on s'en rend à peine compte tant il est dur de quitter ses magnifiques creux poplités du regard. Quand à l'homme--oui ils sont deux--Sami Bouajila, il a les genoux parfaitement à la hauteur.
Ca ne raconte pas l'histoire d'un couple qui, déçu de la défaite électorale de François Bayrou, décide de détourner le métro pour partir sauver les éléphants d'Amazonie. Malheureusement arrivés porte d'Orléans ils se rendent compte qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir éteint la lumière de la salle de bain (celle qui fait disjoncter le compteur) et à quoi bon sauver les éléphants si c'est pour tuer les baleines.
En revanche, ça égrène des situations d'amour, de désamour, de lutte, de sexe, de pintage, de rendez-vous à la con, de désillusion conjugale, le tout interprété avec les tripes les muscles et beaucoup de talent.
Je vous mets la bande annonce qui ne vous annonce pas grand-chose là:
Et je vous laisse réserver ici. Vous viendrez pas dire que je vous ai pas mâché le boulot, hein.
Allez, on éteint la télé et on sort s'ouvrir la tête.
Et puisque je suis dans la séquence pub, je vous recommande ce nouveau tumblr fort comique. Ta mère.
(Oui, c'est facile. Si, j'ai le droit de me moquer. Moi aussi, j'ai des problèmes de taille).
J'y suis allée aussi parce que je connais l'auteure de la pièce et qu'elle écrit magnifiquement des mots qui reflètent souvent ma pensée sauf que chez moi c'est du goubli-boulga et chez elle c'est juste simple. ("Ce qui se conçoit bien s'exprime clairement, et les mots pour le dire vous viennent aisément" m'a fait apprendre un sinistre prof de français en seconde. Tu parles. Ce qui se conçoit bien est une boule de sentiments obscurs et douloureux qui sort en bégayant dans le meilleur des cas et que tout le monde comprend de travers, oui. Sauf pour elle.) En plus elle est belle et drôle (oui c'est agaçant. Je suis sûre qu'elle a un vice caché. Genre elle a foutu son poisson rouge aux chiottes quand elle avait trois ans, ou elle pique des sacs de petites vieilles pendant ses loisirs, c'est pas possible autrement.)
Spoiler: la metteuse en scène est également de mes connaissances, on a été séparées à la naissance et on s'est retrouvées un peu tard on avait déjà fait nos vies, mais on finira dans la même maison de retraite à faire exprès sous nous pour faire chier les infirmières (ou nos gosses)--on se rattrapera à ce moment-là. En attendant elle défoule ses névroses en dirigeant comme une folle des acteurs qui sont bien inspirés de lui obéir au doigt et à l'oeil, sinon elle menace de péter du cerveau. Et elle en est capable.
Donc bon autant dire que j'y allais avec un a priori positif et BINGO c'était bien. Quand on est en couple, ça nous conforte dans l'idée qu'on serait mieux célibataire, mais que quand même on est bien content d'avoir quelqu'un contre qui se serrer les nuits de cauchemars. Quand on est seul, en sort en soupirant que ça doit être agréable d'avoir quelqu'un sur qui cracher sa hargne, mais que le chat fait quand même moins chier quand on le vire pour assouvir un soudain besoin de solitude. Quand on aime le cul ça tombe bien, yen a plein. Quand on aime les beaux genoux alors là, là c'est l'orgasme assuré: Audrey Dana joue merveilleusement bien mais on s'en rend à peine compte tant il est dur de quitter ses magnifiques creux poplités du regard. Quand à l'homme--oui ils sont deux--Sami Bouajila, il a les genoux parfaitement à la hauteur.
Ca ne raconte pas l'histoire d'un couple qui, déçu de la défaite électorale de François Bayrou, décide de détourner le métro pour partir sauver les éléphants d'Amazonie. Malheureusement arrivés porte d'Orléans ils se rendent compte qu'ils ne sont pas sûrs d'avoir éteint la lumière de la salle de bain (celle qui fait disjoncter le compteur) et à quoi bon sauver les éléphants si c'est pour tuer les baleines.
En revanche, ça égrène des situations d'amour, de désamour, de lutte, de sexe, de pintage, de rendez-vous à la con, de désillusion conjugale, le tout interprété avec les tripes les muscles et beaucoup de talent.
Je vous mets la bande annonce qui ne vous annonce pas grand-chose là:
Et je vous laisse réserver ici. Vous viendrez pas dire que je vous ai pas mâché le boulot, hein.
Allez, on éteint la télé et on sort s'ouvrir la tête.
Et puisque je suis dans la séquence pub, je vous recommande ce nouveau tumblr fort comique. Ta mère.
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