lundi 27 mai 2013

C'est dans la tête

Allongée sur le dos la tête dans la machine. Dans mon bras le tentacule pénètre ma veine. Je suis prévenue: je vais avoir chaud. Ben pour l'instant j'ai plutôt froid dans ce troisième sous-sol à la lumière de salle d'autopsie, ça tombe bien. Pas de panique, je suis tranxénisée à mort, donc détendue du système nerveux central, périphérique et orbital. Je ferme les yeux, ziiiim, bouuuum, ouiiiiz, ça bruisse, je sens rien, ça va on va pas en faire un plat. Et puis tout d'un coup le micro se déclenche, ici Houston madame, j'injecte hein, ça va bien se passer. Et là mon bras explose. Je sais que je dois pas bouger et je m'étais promis d'être sage, mais la douleur dans le bras me laisse échapper un aïe. Parce que ça fait mal, certes, mais aussi, un peu, pour prévenir qu'au cas où le fait d'avoir mal dès le départ était un signe que mon bras allait tomber, ou moi devenir vert anis, me mettre à braire ou à baver de la mousse radioactive, ben c'était le moment de se mettre à paniquer.

En fait le robot du micro ne dit rien, j'en déduis pendant un quart de seconde qu'il s'en fout/qu'il est mort /qu'il rigole/qu'il me trouve douillette. Voire tout à la fois (qu'un mec meure en rigolant et en me trouvant douillette, je suis quand même un tantinet humiliée, là). Et un quart de seconde plus tard, ma tête se met à cuire, je sens mon cerveau qui fait des bulles, c'est très chaud, trop chaud.... C'est un film d'horreur et de science-fiction à la fois. Il m'a injecté des cafards dans le bras, ils courent dans mes veines jusqu'à ma tête, il font un feu de joie, ils sont tout fous. Et puis à la vitesse de l'éclair il se ruent le long de ma colonne et sortent par la fouffe, en un nuage chaud et liquide. Mon corps entier bout et se tend, je ne suis pas attachée mais je suis immobile, ils m'ont eue, les vaches. C'est fini madame dit le robot du micro. Ta mère c'est fini! J'ouvre les yeux, je vois un jeune homme à l'air soucieux, qui me ça-va-madamise en boucle, parce que non, je çavamadamise pas du tout. Il reste deux petits cafards derrière mes paupières qui les ferment de force et qui éteignent mon cerveau. Madaaaaaaameçàavamadaaaaaaame vous arrivez à respirer madaaaaaaame.......fermez pas les yeuuuux....
Suit une lutte acharnée entre le cafard de ma tête et le monsieur. Je ne suis que l'instrument de leur communication, l'enjeu de leur affrontement. Ca va madame? Non. Vous arrivez à respirer? Oui. Je lui réponds dans ma tête, ma bouche refusant obstinément de s'ouvrir. Je vais secouer la tête à la place, tiens. Ah ben non je peux pas non plus, je vais plutôt fermer les yeux et dormir en vomissant, ça me paraît vachement plus attractif soudain comme option. Madâââââme.

Et puis mes yeux s'ouvrent, ma bouche aussi, mon menton se met à trembler et une petite cohorte de cafards sortent de mes lèvres entrouvertes et de mes yeux qui luttent pour pas pleurer. De leurs petites pattes ils descendent de mon visage à la queue-leu-leu, dégringolent de la machine en ricanant, on l'a bien eue, prennent la porte et vont coloniser une autre poche d'iode, pour la prochaine qui viendra s'allonger là.

dimanche 5 mai 2013

Rêve ordinaire



Maman ya des bêtes dans ma chambre.



(photo Walter Beasley, NG) (Ben oui vous croyez que je prends mes cauchemars en photo? Alors qu'ya des gens qui font ça si bien à ma place?)

mercredi 27 mars 2013

Ça s'arrange

Le piège à cafards a attrapé deux cacahouètes.



lundi 4 mars 2013

Lavage

Debout dans la douche, je regarde le sang qui coule le long de mes jambes. Rouge vif, il se dilue grenadine avec l'eau et disparaît dans le trou en longs sillons gore. Ca gicle comme si à l'intérieur quelqu'un pressait des mains mon utérus à intervalle régulier. C'est joli et ça donne le vertige à la fois.
Dans le sillon rouge clair, un caillot tombe. Un autre.
Ils s'étirent, vrillent et se tortillent, emportés par l'eau qui coule sur moi. Ils sont petit, oblongs, petits haricots rouge foncé qui tombent de moi.
Tout d'un coup des pattes leurs poussent. Des antennes surgissent. Ils prennent pied au fond de la baignoire, et c'est en courant qu'il se jettent dans le drain pour rejoindre la horde.
Un par un, de mon sexe nu, tombent des milliers de cafards.
Et je hurle.

lundi 25 février 2013

Miam

Cafard
Amer
Fatigue
Assez
Ras le bol
Débarras



Ils ont envahi le placard à bouffe pourtant quasi-désertique. Il faut agir ou craquer.


Ou les deux.

Premièrement, la capture.








Deuxièmement, la cuisson.





(Oui, au barbecue, c'est mieux).




Ya plus qu'à déguster.







Not convinced?






vendredi 15 février 2013

Plat de résistance

Je fais comme s'il n'y avait pas un cafard tout plat collé sur la tranche de mon placard.
J'ouvre mon placard, je prends une casserole, je rince la casserole (pour la débarrasser des éventuels œufs de cafards collés. Je veux bien manger du cheval 100% pur boeuf, mais des larves de cafard non, merci. J'ai déjà goûté des sauterelles en 1993, j'ai rempli mon contrat-insectes pour cette vie-là), et je referme la porte du placard. Comme si j'avais rien vu.


D'habitude les cafards je fais exprès de les tuer (et pas exprès de les rater) mais celui-là j'ai même pas fait exprès dites. Un jour il devait passer par là, tralalilalère, c'était son tour de terroriser la ménagère, ses potes lui ont dit "vas-y Roger, c'est à toi, fais-la crier et trépigner dans sa nuisette", il a dû répondre "rôô non les gars déconnez pas c'est pas mon tour c'est le tour à Fernand pis moi j'ai piscine ce soir dans le lave-vaisselle" mais ses potes ont rien voulu savoir, ils lui ont dit que s'il y allait pas c'était pas un vrai mâle, ils avaient un ptit coup dans le nez (j'avais renversé du Jurançon à côté de l'évier la veille) et il a dit bon c'est bon j'y vais d'accord zêtes lourds les gars et paf, le cafard. C'est à ce moment-là que j'ai pris la casserole, et refermé la porte avec ma violence coutumière d'énervée de la vie.

Les potes en sont restés coi et con, la veuve a bien pleuré, ses larves sont devenues pupilles de la nation, et moi j'ai rien vu.
Et pendant des jours et des jours, j'ai ouvert-refermé la porte du placard pour prendre des casseroles, aplatissant chaque fois un peu plus le macchabée ratatiné.

Et puis je l'ai repéré. J'ai poussé le cri de la mort, vite avorté quand j'ai constaté qu'il ne bougeait plus.
Sur la photo ya pas l'échelle mais je vous jure qu'il est très grand--parce que très plat. Mon cafard il est tellement plat on pourrait le faxer.

Je l'ai laissé une journée. En faisant comme s'il n'était pas là. Mais il était dans un coin de ma tête, alors j'ai pris mon courage et du sopalin à deux mains pour l'enlever.
Il était collé.

Collé grave. J'ai dû gratter, il partait par morceaux. On aurait dit un vieux reste de cendres au fond d'un pot à confiture dix ans après la crémation.

Mais haut les coeurs! La vie continue. les nouvelles générations prennent le relai, les larves éclosent, en ce moment ya plein de bébés cafards qui courent partout dans la cuisine et dans les chiottes. C'est trop mignon à écraser.




dimanche 20 janvier 2013

2013, année de la chaise.

Les voisins sont bruyants. Tous. Sauf la Mamie d'en dessous, qui est un fossile silencieux à la vie moquetée, et dont je n'entends parler que quand l'un des mes diaboliques appareils ménagers déborde, inonde et fait pleuvoir chez elle. Ou quand j'arrose mon basilic, que ça coule sur sa fenêtre et qu'elle est pas contente (ça doit mouiller la moquette). Le basilic ests tombé lors de la dernière tempête, donc nos rapports sont plutôt neutres.

En revanche la voisine d'à côté hurle en polonais environ tout le temps. Sur son fils ou sur personne. Comme notre cloison commune est celle du salon, ça ne m'empêche pas de dormir.
Les voisins du dessus crient beaucoup, et font tomber pas mal de trucs. C'est surtout le père qui gueule, éventuellement le fils aîné, qui doit avoir dans les 15 ans.  Parfois des meubles tombent. Les chaises doivent voler bas. La mère je l'entends moins, et la fille, qui a onze ans, je ne l'entends pas. Sauf lorsqu'elle pleure.

Un soir de janvier, vers 22heures et des brouettes, moi je travaillais à mon bureau, Mozart dans les oreilles. Et la petite du dessus s'est mise à hurler. Elle a l'âge de la mienne, mes tripes maternelles ne peuvent s'empêcher de faire des comparaisons. Sauf que la mienne, elle n'a jamais hurlé comme ça. Une fois peut-être quand un bout de son doigt est resté dans l'encadrement de la porte et que la porte a claqué, elle a passé le mur du son. Ya longtemps.

La petite se met à hurler, mon coeur se serre, la fonction culpabilité de mon cerveau se met sur "on," je dis à Mozart de jouer plus fort, je bosse. Ce n'est pas la première fois. Qu'est-ce que je peux faire? Monter avec mon costume de justicière bien-pensante occidentale, tambouriner à la porte et leur hurler qu'on n'assomme pas une gamine de onze ans à l'heure où les braves gens dorment, quoi qu'elle ait fait? Je le prendrais comment, moi, si la voisine d'à côté venait me faire la morale quand je hurle sur mon fils ou qu'il se prend une fessée?

Mais elle ne s'arrête pas. Elle hurle et elle proteste. Pas comme quand on se prend une paire de baffes, que le choc est violent et soudain s'arrête, non, comme si on lui faisait quelque chose.

Je ne travaille plus. J'ai étouffé Mozart. La boule de mon ventre est montée à la gorge.

Elle ne s'arrête pas. Ca doit faire quoi, une minute? C'est long, une branlée d'une minute non?

Qu'est-ce qu'ils lui font?

Brusquement je passe en mode "extinction cérébrale." c'est insupportable d'entendre cette gamine hurler, et tant pis pour ce qui pourrait m'arriver à moi, si je monte, seule, femme, nuitamment, chez ces gens.

Parce qu'aussi lâche et indigne que cela paraisse, c'est bien pour protéger notre peau que le plus souvent, on ne défend pas celle des autres, fussent-ils des enfants. Pour agir, il faut neutraliser son côté pensant, celui qui dit mais tu vas t'en prendre une aussi!!! Que ce soit pour la gamine du dessus, le clodo qui se fait emmerder, souvent, trop souvent, le cerveau a raison des tripes et trouve la bonne excuse pour pas y aller.

Bon là mes tripes me sont montées à la gorge, et moi je suis montée au cinquième après avoir enfilé des sabots et attrapé mes clés au passage.

Je suis devant leur porte, la petite hurle toujours. Je mets le doigt sur l'oeilleton, et je sonne. Les hurlements s'arrêtent immédiatement. On chuchote. On approche. On n'ouvre pas. Je sonne. je re-sonne. Je re-re-re-sonne. Je laisse le doigt sur la sonnette. Ils m'énervent. Ils peuvent quand meme pas faire semblant de pas être là, non seulement ils tapent leur gamine mais en plus ils me prennent pour une conne.

La porte s'ouvre, c'est le grand ado de 15 ans. "Elle va bien ta soeur? Je l'entends crier qu'est-ce qu'il se passe?"

Et là, la réponse qui tue:

"Elle est tombée de sa chaise".

Ah ouf. J'ai eu peur, à un moment j'ai cru qu'ils la tabassaient dites-donc. Mais si elle est juste tombée de sa chaise, c'est normal qu'à onze ans elle hurle comme si on lui arrachait une dent sans anesthésie. C'est vrai, yen a qui en sont morts il paraît.

"Je peux la voir?"

J'avance dans le couloir, la petite est là, dans l'encadrement de la porte d'une chambre, en larmes, la tête basse.
"Ca va? Qu'est-ce qui t'est arrivé?"
"..tombée de la chaise."
"Quelle chaise? Où ça?"
Elle me désigne la direction du salon du bout du menton. Le grand frère a disparu, les parents ne jugent pas intéressant d'être là, ils restent dans le salon. Ca doit être normal qu'une parfaite inconnue rentre chez vous le soir poser des question à votre gamine.
"T'as mal où?"
Elle me désigne le milieu de son dos. Je le touche, elle ne réagit pas. Je lui prends le bras, lui montre une cicatrice bizarre, qui pourrait être une brûlure--ou une tache de naissance un peu croûteuse. "C'est quoi ça ma puce?" "Je sais pas."

"Alors t'es tombée de ta chaise? Mais ça t'arrive souvent de tomber d'une chaise comme ça?"
Elle garde la tête baissée. Murmure.
"Oui."

Je lui dis que je suis en dessous. Qu'elle peut venir quand elle veut. Si elle a un problème. Ou pas. Je repars, le fils qui m'entends ouvrir la porte vient la refermer derrière moi.

Je rentre chez moi, les vannes s'ouvrent, je chiale dix minutes et..j'appelle le 119. Où une dame m'explique après que je lui ai tout raconté que chaque famille a ses méthodes d'éducation. Que tant qu'il n'y a pas de violence conjugale (sic) manifeste, et étant donné qu'ils m'ont laissée entrer, tout va pour le mieux. Sinon ils ne m'auraient pas laissée pénétrer chez eux. Pas moyen de lui faire comprendre qu'à 11 ans on ne se fait pas mal en tombant d'une chaise au point de hurler de douleur pendant des plombes, que j'ai une fille de onze ans, j'ai une vague idée du fonctionnement de la machine, et que je vois bien que quelque chose ne va pas. Mais non; elle m'assure que tant que je n'ai rien vu, il ne s'est rien passé. Alors quels sont les signes, lui demandé-je? Quels indices justifient qu'on appelle ce fameux 119? Eh ben c'est trèèèèèès simple: "Si vous voyez des parents être violents en public, par exemple".

Ah ben oui suis-je bête. Si la mère lui colle un coup de ceinture devant l'école ou que son père la viole dans l'ascenseur devant moi, je rappelle.

Il paraît qu'on ne peut rien faire.